‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 343 sur 445 · L'i Spectateur français, cinquième feuille · texte numérisé non relu

L'i Spectateur français, cinquième feuille

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Marivaux, abandonnant le roi régnant, 6*adresse au Dauphin Louis, alors âgé de vingt>cinq ans, et qui, résistant à la corruption de Versailles, vivait à i écart, livré aux devoirs de la famille, à réludô et à la piété. Ce n'est plus Teffusion chaleureuse de 172:2, mais plutôt un souhait mélancolique, un avertissement contre les mauvais conseillers et les flatteurs qui perdent les rois.

Théophile, gouverneur du jeune prince Théodose, lui donne, avant de le quitter, ses derniers avis. En dépit des formes respectueuses du langage, ce court morceau est plein de vérités hardies. Théophile a beau dire : < Je ne fais point Je philosophe ; » il parle le langage de la « philosophie, t II commence par mettre sou élève en garde contre la liberté de tout faire, dangereuse chez un homme qui dispose de la liberté de tous :

il n'eu est pas de vous, lui dit-il, comme d'un particulier de votre ùge; votre liberté tire à de bien autres cooséqueuces. On saura bieu ciupécber ce particulier d'abuser longtemps et à un certain point de la sienne; mais qui est-ce qui vous empêchera d'abuser de la vôtre?... Quel secours aura-t-on contre vous que vos vertus, votre raison, vos lumières? Et quoique, aujourd'hui, vous ayez de tout cela, étes-vous sur d'en avoir assez pour ne pas appréhender d'être parfaitement libre ?

11 le prémunit aussi contre Torgueil, cet orgueil effréné du pouvoir absolu, la plus funeste et aussi la plus commune des maladies morales qui peuvent atteindre un roi. 11 ne craint pas de rappeler l'exemple odieux de Caligula, qui voulait se faire adorer, et, comme Théodose se récrie :

La religion, reprend Théophile, nos principes, nos lumières ont rendu un pareil oubli de soi-même impossible; il n'y a plus moyen de s'égarer jusque-là : mais tout le danger n'est pas été, et, si l'on n'y prend garde, il y a encore des étourdissements où l'on peut tomber et qui empêchent qu'on se connaisse. On ne se croit pas une divinité, mais on ne sait pas trop ce qu'on est, ni pour qui l'on se prend ; on ne se délinit point. Ce qui est certain, c'est qu'on se croit bien diflérent des autres hommes; on ne se dit pas : je suis d'une autre nature qu'eux; mais, de la manière dont on l'entend, on se dit à peu près la valeur de cela^

1. Marivaux n'exagère pa», à preuve Louis XIV : «Ce n'est point trop de dire que, saub la crainte du diable, que Dieu lui lai&sa jusque dans ses plus

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