‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 342 sur 445 · THÉORIES POLITIQUES; LÀ ROYAUTÉ. W · texte numérisé non relu

THÉORIES POLITIQUES; LÀ ROYAUTÉ. W

pas encore été discuté ^ Il a pour la grandeur et la noble élégance du siècle de Louis XIV une sincère admiration ', et, au sortir de la Régence, partageant les espérances de la France entière, il fait les vœux les plus sincères pour celui qui sera Louis XV ^. Le jour où l'infante d'Esf)agne entre à PariSy il s'attendrit en entendant les acclamations qui saluent le jeune roi :

C'était, dit-il, plus qu'un roi, plus qu'un maître qui paraissait. Ce peuple, dans ses transports, semblait revêtir ce jeune prince de titres moins superbes, mais plus aimables, plus touchants, et peut-être plus augustes; c'était le bienfaiteur, l'ami de chaque homme de la nation ; c'était le protecteur, l'espérance, l'amour et les délices du peuple, que l'on voyait passer.

Lui-même^ dans un élan d'enthousiasme, prononce un véritable acte d'amour monarchique :

Comptez tous les sentiments de vénération, de respect, d'admiration, tous les mouvements de tendresse, de dévouement, de confiance, dont l'homme est capable ; voilà de quoi se compose l'amour qu'on a pour un mattre dans qui l'on est charmé de trouver un roi, enfin voilà les trésors du rang suprême \

Mais on n'est pas impunément de son époque. Peu à peu les idées du dix-huitième siècle, les théories de libre-examen qui sont dans l'air, pénètrent les esprits les plus respectueux. Marivaux en subit l'influence. Dans un curieux petit article publié par le Mercure en 1754, V Education d'un prince, il croit nécessaire de donner des conseils aux rois ; il les met en garde contre les dangers de toute sorte qui menacent leur esprit et leur cœur. Il a sous les yeux, en effet, le résultat de ces tentations. En 1754, Louis XV a décidément fait banqueroute aux espérances qui saluaient le début de son règne ; il n'y a plus d'illusion possible à son égard : c'est un triste homme et un mauvais roi. On dirait donc que la pensée de

1. Voy., sur les sentimenls monarchiques, encore très vifs, de la France à cette époque, Aubertin, VEsprit public au dix-huUième siècley p. 52 et suiv

2. Voy. le portrait allégorique de Louis XIV, daus le Speclaleur français^ sixième feuille.

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