‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 360 sur 445 · L*IL[ADE TRAVESTIE · texte numérisé non relu

L*IL[ADE TRAVESTIE

cette expression polissonne qu'il possédait au suprême degré, je doute fort qu'ils parussent divertissants par eux-mômes '.

Il laisse entendre que sa méthode, à lui, est bien meilleure, et il Texpose :

J'ai tâché de divertir par une combinaison de pensées qui fût comique et facétieuse, et qui, sans le secours des termes, eût un fond plaisant, et fît une image réjouissante. Cette sorte de comique, quand on l'attrape, est bien plus sensible à l'esprit qu'un mot bouffon, qui ne fait rire qu'une fois ; car, en riant de la pensée présente qu'on lit, on rit encore par réflexion à la phrase passée qui donne occasion à la phrase suivante ; de sorte que le comique est toujours présent à l'esprit ; ce ne sont plus les termes que l'on cherche et que Ton souhaite : c'est comme un dénouement d'intrigue qu'on attend, et dont la suite, que l'on ne sait pourtant pas, divertit par avance, par les rapports plaisants que l'on sait qu'elle aura avec le commencement^.

En dépit de cette théorie ambitieuse , VIliade travestie échoua misérablement. Jamais plaisanterie ne fut moins plaisante ; c'est d'une bouffonnerie lugubre, d'une monotonie et d'une platitude fastidieuses, d'une lourdeur empâtée. Aucune imagination, aucune trace d'esprit, aucune gaieté. En revanche, une grossièreté étalée comme à plaisir, une basse trivialité de termes, une débauche de descriptions ordurières. On est tout étonné de voir une plume si réservée, si chaste môme, se livrer à de pareils écarts ^. Bornons-nous, en dehors des passages dont rien ne peut être cité, à détacher deux courts morceaux,

1. Préface de Yliiade travestie. — Voy., sur Vhistoire du burlesque on France, l'étude de M. V. Fourne), dans la Littérature indépendant a^ chap. vi. On y trouvera, p. 278-279, de très exactes déflnitions de ces termes souvent regardés, à tort, comme synonymes, burlesque^ hou If on ^ Itéroî-comique, parodie.

2. Préface de VIliade travestie. Marivaux est injuste pour le burlesque de Scarron, qui a son mérite, son excellence même, malgré la bassesse du genre, et qui du moins est plein de franche gaieté. (Voy. , outre les études sur Scarron de Gui£0t (Corneille et son temps), Gérusez (Essais rf*Awtoire littéraire), et Th. Gautier (les Grotesques), celle de M. V. Fournel, op. cit,, p. 305 etsuiv.

3. Cette parodie est le seul ouvrage de Marivaux qui permettrait de faire des réserves sur cet éloge d*un contemporain : « On ne peut lui refuser le mérite d*avoir assujetti partout Timagination aux principes de la sagesse, le bel esprit à la décence et de n'avoir été prodigue de Tun et de Tautre qu'au proAt des bonnes mœurs. » (De La Porte, Préface de 1765, p. xiii.)

pour justlHer une sévérité nécessaire. Voici comment le parodiste traduit les adieux d'Hector à Ândromaque :

Mon Dieu! que vous saves bien braire!

Mais quand vous brairiez mieax encor, Un roc est moins ferme qu'Hector; Et de vos plflors il se soucie Gomme en hiver d'une roupie.

Et le tableau charmant du héros prenant son fils dans ses

bras:

// veut l'embrasser : mais en casque // prend son papa pour un masque.

Et semblait dire en sa frayeur :

Mon Dieu ! que vous me faites peur !

Sieur Hector Tôte et dit ensuite :

Dieux, si notre ville est détruite, Du moins que ce mien successeur Pnisse un jour vivre avec honneur > !

Ce n'est point là de la parodie, mais de l'avilissement. Voici qui est plus mauvais encore et plus attristant. Le vieux Priam demande à Achille le cadavre de son fils :

Or ça, reprit le roi de Troie, Tenes, voilà de la monnoie, Et rendes-moi mon fils Hector, Que je n'ose dire être mort.

Tel que me voit là Votre Altesse, Si je vous parle avec bassesse, La faute en est au seul destin.

Qui me laisse à peine du pain.

Je n'eusse avant votre arrivée Jamais fait pareille corvée '.

L'indignation des c homéristes > fut vive ^ ; le public, au contraire, témoigna une indifférence plus pénible pour un

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