LES LETTRES ET LES SCIENCES
Ils étaient en nombre à TÂcadémie ; s'il n avait tenu qu'à eux, Marivaux n'y serait pas entré ^.
Ailleurs les réunions de beaux esprits ainsi classés sont décrites et mises en scène avec un art qui sent bien son auteur dramatique. Dans le particulier, ces beaux esprits sont c de fort honnêtes gens, de la plus aimable société du monde, raisonnables autant que spirituels; se trouvent-ils ensemble, vous ne les connaissez plus ; ils sont à l'instant saisis de la fureur d'avoir plus d'esprit les uns que les autres. » Le récit d'une de ces discussions, où chacun, échauffé par la contradiction, grisé par sa propre parole, étale naïvement sa vanilé pour le plus grand plaisir du spectateur, est une excellente scène de comédie *.
Malgré ces plaisanteries, et d'autres du même genre, contre les ridicules des beaux esprits, Marivaux n'entendait nullement discréditer et rabaisser la littérature elle-même. Au contraire, il avait de celle-ci une très haute idée et ne voyait rien qui lui fût supérieur. Dès 1718, à une époque où les savants, mathématiciens, physiciens, etc., ne laissaient nullement prévoir qu'ils dussent un jour prendre la direction exclusive des esprits et imprimer leur marque à toute la seconde moitié du siècle, mais où ils détournaient déjà à leur profit une part considérable de l'attention publique ^ et ne cachaient pas leur dédain pour les littérateurs, Marivaux s'élève avec une certaine vivacité contre leurs prétentions.
« J'ai quelquefois pensé, dit-il, au peu de cas que ces
nombre en diminue trop et c^est un malheur pour les lettres. » {Considéra^ tions sur les mœurs ^ chap. xi.)
1 . D*OlWet répondait au président Bouhier, qui le sollicitait pour Marivaux, « qu'il ne manquerait pas de lui faire politesse, mais qu'il n'aurait jamais sa voix, à moins d'abjurer son diabolique style. » (Lettre du 18 décembre 1732, dans la Correspondance du président Bouhier^ t. X, mss de la Bibliothèque nationale.) il ne disait pas tout : il n'avait pas seulement contre Marivaux une antipathie de puriste, mais aussi une rancune de traducteur et de partisan des Anciens.