Le Spectateur français, vingt-troisième feuille
3. Quelques années plus tard, Voltaire se plaint comme Marivaux de la prédilection dont les {géomètres et les philosophes sont Tobjet; voy. sa lettre à CidevUle du 16 aviil 1735. Les femmes, qui, au siècle précédent, avaient clé cartésiennes déterminées, s'occupaient volontiers de haute géométrie. Au moment où Voltaire écrivait, Maupertuls avait pour disciples la duchesse de Richelieu, la duchesse de Saint-Pierre, surtout la marquise du Châtelet
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messieurs sembleal faire des productioDft de seiUimenl et de goût, aussi bien qu'à la distinction avantageuse que le public fait d*eux. > II proteste contre ce dédaia» et s'eSorci^ de prouver qu'il faut au littérateur des qualités d'esprit au moins aussi hautes que celles dont le géomètre a besoin; que le premier c s'élève à une sphère d'idées dont non seulement les rapports^ mais la simple vue passent le géomètre ^ i U n'admet pas davantage la supériorité dont se targuent les philosophes; il constate, une fois de plus, Ipur impuissance à expliquer les secrets de la nature, et ajoute :
Qu'a pu penser sur l'homme un philosophe, qu'un bel esprit excellent ne nous puisse dire, et plus ingénieusement, et avec des préceptes plus accommodés à nos façons non réfléchies de connaître et de sentir ? A entendre fastueusement prononcer le nom de philosophe, qui ne croirait que son esprit est d'un autre genre que celui du belesprit? L'homme, pour Tordioaire, est cependant leur sujet commun. En quoi diffèrent-ils donc? C'est que l'un traite ce sujet dans un poème, dans une ode ; l'autre, dans un corps de raisonnements qu'on appelle système. L'un glisse l'instruction à la faveur du sentiment, et l'on dirait un maître caressant, qui vous fait des leçons utiles, mais intéressantes ; l'autre est un pédagogue, qui vous régente durement, et vous commande un triste^silence^.
Longtemps après, en 1749, il revient sur ce sujet et non plus cette fois par une simple remarque jetée en passant; c'est par un plaidoyer en forme qu'il prend contre les sciences et la philosophie la défense des lettres menacées ou plutôt détrônées. En 1718, en eflet, la faveur des géomètres et des philosophes commençait à peine; en 1749, ils sont toutpuissants. Déjà même se forme enti'e les sciences et les lettres une alliance tout au profit des sciences ou du moins de l'esprit scientifique. UEnq/clopédie va paraître ^.
(voy., sur cet engouement, Sainte-Beuve, Causeras du Lundis t. XJV, p. 92). Quant à Marivaux, il voyait sans doute avec humeur l'inCÀrèt mondain qu'excitaient les discussions acharnées dont les Bernouilli étaient Târoe (voy. Bossut, Histoire générale des maUiématiques, période quatrième, chap. I, section vi). Voy. encore, de la même époque, le portait satirique du géomètre par Montesquieu (ïjettres persanes, CXXIX).