SOUPLESSE KT VARIÉTÉ DU STYLE
milieu de Paris, la mort de M. de Climat, celle du fils de M"'' Dursan, tantôt dans ces courts et vifs passages^ si nombreux dans rhistoire de la Religieuse, par exemple. Un lecteur qui ne connaîtrait Marivaux que par la définition de La Harpe et une ou deux comédies, croirait difficilement, s'il lisait sans nom d auteur l'interrogatoire de Marianne chez le ministre, Texplication de la jeune fille avec Valville, etc., que ces morceaux sont de la même plume que la Surprise de V Amour ou les Serments indiscrets. Ailleurs le persiflage prolongé, la raillerie filée et comme caressée, les coquetteries de la pensée et de l'expression font place au comique naturel et fi*anc, aux répliques rapides, aux récils lestement enlevés : ainsi dans l'entrevue de M. Bouo et de M"* d'Orville, dans les explications de Jacob avec M. Doucin, dans ses conversations avec Geneviève, avec M"* Habert aînée, avec M"" de Fécour et de Ferval, etc.
Dans les œuvres morales, le marivaudage ne reparaît guère que sous une forme, l'abus de la finesse dans la pensée. Les expressions aiïeclées sont rares, mais les dissertations tournent trop à l'analyse des infiniment petits. En revanche, quelle variété de tons et quelle souplesse de forme! C'est ici surtout qu'éclatent les qualités dont nous parlions tout à l'heure, si différentes du marivaudage, l'énergie, le pathétique, l'élan généreux, traduits dans un style simple ou élevé, concis ou ample, rapide ou majestueux. Jamais on n'a écrit langue plus saine, plus ferme, plus sobre d'épithètes, plus éloignée de l'alTectation et de l'enflure, plus française, qu'en bien des pages du Spectateur et du Cabinet du Philosophe.
Le sens du mot marivaudage ne saurait donc suffire à caractériser le talent de Marivaux comme écrivain ; il dit trop et trop peu, et Sainte-Beuve trouve avec raison que notre auteur € considéré dans l'ensemble, vaut mieux que la définition
à laquelle il a fourni occasion et sujets > Bien plus, si l'on entreprenait sur la langue de Marivaux un travail de même nature que celui de Somaize sur la langue des Précieuses, on prouverait aisément que la langue française lui est redevable, comme à celles-ci, d'un grand nombre de tours ingénieux, d'expressions heureuses, consacrés par l'usage, et dont on ne