‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 389 sur 445 · Causeries du Lundi, t. IX, p · texte numérisé non relu

Causeries du Lundi, t. IX, p

558 L*ÉGRIVÀIN.

reporte pas Thonueur à Técrivain qui les créa et les mit en circulation. Au contraire, bien des gens croient volontiers que Marivaux a plus gâté qu'enrichi notre idiome; l'erreur se dissiperait vite si Toti dressait Tinventaire dont nous parlons. On reconnaîtrait que si Marivaux violenta quelquefois le français de son temps, bien plus souvent il contribua à le perfectionner en l'assouplissant.

 ses qualités diverses, Marivaux enjoint une autre, exquise et rare^ qui est son plus grand charme ; il n'en est jamais entièrement dépourvu; elle relève d'un trait, d'un mot, d'un tour particulier, fugitif et insaisissable, les moindres de ses ouvrages, certaines de ses pages les plus mal venues. iNous voulons parler de ce don particulier, qu'on ne peut caractériser qu'en renonçant à le définir, le je ne sais quoi, ce mélange de grâce légère et de facilité, de simplicité et d'artifice, don naturel que n'avait pas toujours le dix-septième siècle, et que le dix-huitième possédait au plus haut degré. C'est lui qui relève d'un attrait si vif les œuvres artistiques ou littéraires de ce temps, les plus élevées comme les plus frivoles, les croquis prodigués par les Saint-Âubin ou par Moreau d'Une pointe rapide, comme les fêtes italiennes de Watteau ou les scènes intimes de Chardin, les petits vers, les lettres, les romans de Voltaire comme ses grandes études historiques, les Lettres persanes comme la Pluralité des mondes y Vert-Vert comuïe la Métromanie. Marivaux l'a caractérisé avec bonheur dans une allégorie digne d'être comparée aux plus gracieuses fictions d'Addison. Le seul moyen de le faire sentir et goûter, était, il l'a bien compris, de montrer l'impression qu'il produit sur nous.

Il suppose donc qu'un jour, dans une promenade champêtre, il rêve à l'eOet singulier que produit sur nous la plus iurontestable beauté; il se demande pourquoi l'admiration qu'elle inspire tourne si vite à l'indillêrence. Tout en songeant, il continue sa promenade et se trouve bientôt dans ce pays de l'imagination et du rêve, où le poète et le philosophe (il était Tun et l'autre) arrivent si aisément, lorsqu'ils se laissent conduire par la folle du logis. Deux jardins s'offrent à sa vue, € dont l'un lui paraissait superbe et l'autre riant; » l'un est la demeure de la Beauté^ l'autre colle dix Je ne sais quoi.lï entre

Page 1