TABLEAUX
1 . C'est encore à la Comédie-Française que se trouve le seul portrait original de Marivaux. 11 est dans la salle du Comité, au-dessus de la porte qui s'ouvre à gauche de la cheminée, à côté de celui de Ducis, par Taunay. Toile de 0'',65 de haut sur 0°',54 de large, signée^ au bitume, en bas et à droite, L. M. Vanloo, 1753^.
Ce portrait est d'un dessin large et soigné en même temps. La tète, très colorée, se détache en vigueur sur un fond sombre, légèrement vert ; les yeux, grands, humides, aux prunelles châtain clair, sont admirables ; la bouche, égayée d'un demi-sourire, rend avec un naturel parfait cette expression indéfinissable, faite de bonté, de malice et d'esprit, particulière i Marivaux. Le bas du tableau, corps et meuble, est largement traité ; l'habit de soie est d'une exécution très habile, avec des effets de lumière qui font illusion. On remarquera l'altitude, le corps presque de dos et la tète de face. Le meuble sur lequel porte le bras gauche est l'écran grillé d'une loge. Le
1. M"* Dttbois-Davesne est encore l'auteur du buste de Scribe, qui se trouTe dant la même galerie.
3. Louis-Michel Vanloo, fils aînë de Jean-Baptiste, qui, lui-même, était Crère de Carie, naquit à Toulon en 1707 et mourut en 1771. On trouTe sur lui, dans la Comt" jHmdance de Grimm, où la partie artistique, comme on sait, fut souvent traitée par Diderot, et dans les œuvres de ce dernier, un certain nombre de jugements qui se complètent les uns par les autres. Voy. notamment la Correspondance de Grimm, t. Vil, p. 2S3, et les Œuvrei complétée de Diderot, édition Tourneux, t. VI, p. 405, t. X, p. 9i, 107, et 256, et t. XI, p. 20. Ce dernier passage est la description fameuse du portrait de Diderot lui-même. Voy., sur ce même porUtdt, la lettre à M"* VoUand du 11 octobre 1707.
modèle est donc au IbéÂtre et se retourne pour parler à quelqu'un près de lui, le doigt encore dirigé ^ers la scène. Ce portrait, entre autres mérites, a celui de nous montrer Marivaux dans son milieu.
Marivaux avait alors soixante-cinq ans. Il n'était plus dans la force de rage et du talent, et cependant, de tous les portraits qui le représentent, celui-ci est assurément le plus séduisant et le plus vivant; c'est le seul qui Boit d'un grand artiste ; c*est enfin le seul dont nous ayons l'original. Ajoutons qu'il n'avait pas encore été reproduit. M.EmilePerrin, administrateur général de la Comédie -Française, a bien voulu nous autoriser aie faire graver pour notre travail'.
2. On voit, au musée de Versailles, aile du nord, salie des académiciens, n® 2985, une copie du précédent tableau, sans nom d'auteur, avec la date de 1743 '.
Cette copie est médiocre, d'un coloris froid et terne; la main, si vivante dans l'original de Vanloo, manque ici. Mêmes dimensions que l'original. Le catalogue du musée et le texte descriptif des Galeries de Versailles^ publiées par Gavard, ne donnent aucun renseignement sur cette toile, désignée par la simple mention « ancien tableau. » M. J. Pingard, cbef du secrétariat de l'Institut, nous en a indiqué la provenance. Depuis la fin du dix- septième siècle environ, l'Académie française avait Thabilude de faire peindre les portraits de ses membres, et la suite de ces portraits ornait la salle de ses séances, au Louvre. Quelque temps avant la suppression des académies par la Convention, l'abbé Morellet, directeur, remplissant les fonctions de secrétaire perpétuel en l'absence de Marmontel, résolut de sauver les registres, titres, médailles, jetons, etc., de la compagnie, il les emporta chez lui, après la dernière réunion des académiciens (5 août 1 793). Quant aux portraits, au nombre de quatre-vingt, il les enferma dans une des tribunes do la salle des assemblées publiques ^. Lorsque, après le 26 octobre 1 795
i. On troave la première mention de ce tableau aux arehivcs du Théâtre- Français, dans un « État des statues, portraits, glaces et antres objets appartenant à rancicnno Comédie- Française ou acquis depuis la réunion, > dressd en 1813; il était alors au foyer des acteurs. II Ggure, sous le n* 14, dans le IWrct du Salon de 1753, p. 10.
L'appréciation do Grimm (t. I, p. 59, 15 septembre 1753), rendant compte de l'exposition, est aussi courte et méprisante que possible : c U. Louis-Michel Vanloo, dit-il, a expose quelques portraits fort médiocres, entre autres ... colui de M. de Marivaux. * Bien différentes sont celles des autres critiques du temps : « Parmi (les portraits), dit Fréron, celui de M. de Marimux attire tous les regards, parce qu'il est plus connu, et que la ressemblance frappe davantage. > {Éloge du Salon et des Peintres, p. 14.) Cependant le même Fréron s'étonne qu'un de ses confrères « donne la palme entre tous les portraits > à celui de Marivaux, « malgré le ton gris (?) qui y domino. » L'abbé Le Blanc, parlant d'un autre portrait du même peintre, celui de M. Wall, ambassadeur d'Espagne en Angleterre, ajoute : « On ne peut douter que ce portrait ne ressemble, si l'on en juge par celui de M. de Marivaux qui est du même peintre, qui a su exprimer tout l'esprit et toute hi finessedela physionomie de cet^Iustro académicien.» {Observations sur les ouvrages de MM. de l'Académie de peinture, 1753, p. 51.) Enfin, La Font de Saint-Yenne: « Son portrait (de Marivaux) est à mon sens un chefd'qenvre de l'art du portrait, si le sublime de cet art est l'expression vraie et vivante du caractère. Tout y est vie et parole; tout est âme dans ce visage. » (Sentiments sur pUlques ouvrages de peinture, etc., p. 158.)
2. G«tt« date ne saurait être celle où fut peinte cette copie, puisque l'original est de 1753. Elle désigne l'année de la réception do Morivaux à l'Académie.
8. Récit fait à la seconde classe de Vlnetitut de la manière dont les titres et les registres de V Académie française ont été conservés durant la Révolution, par
578 À^l>Ë^p1Clv
(8 brumaire an V), l'iMlitut reeoMtitué foi iiutaUé daas les b&timenft^ collège des Uttatre-Natioos, on ontaMa les fiertnnis dass «n fremer d« nouveau local, et ils y restèrent oubliés jusqu'en 18d<, A celle époque. M. de Montalivet, intendant de la lisie eivile, les obtint de rAcaôéoife pour le musée de Versailles, où ils formèrent la salle des
3. Portrait peint par Pougin de SainNAubin, et qa'il ne doqs a pas été possible de retrouver. Date inconnue. Voy. ci-après, D, c,l.
A. Miniature peinte par John Stephen Liotard, c célèbre miniaturiste et dessinateur anglais, » contemporain de UariTaux. (Gunnîngfaam, éd'ii, des Lettres d'Horace Walpole, t. II, p. 291, note.)
Dans une lettre du 27 juillet 1752 n Horace Man, Son intime atni, Walpôle exprime le désir d'avoir pour sa bibliothèque de Strawberry Hill, les portraits de CrébiUon ftls et de naritaux {roy. ci dessus, p. 82A, n. 2). U dit, BU sujet deee dernier : « M« Ghurebill m*a écrit que le prix de Liotord était de seize guinées (424 frvnes); ifue Marivanoc était intiiHe avee Hû, ec qu'il consentirait cerlainement à poser, v (Sdit. €nmiitogliam, foc. e»t.) N. Cunniogham ajoute en noie que « la miniature de Martrauz fu4 vendue, à la vente de SWawberry Hill, 2 livres 15 scbeHiugi » (tMI fr. 80 e.}. Nous n'avons pas d'autres tenseignements sar oe porirak.
Tous les |)ortrai(s gravés de Mai^Tam, dérivent, ^tif deut, de frob originaux, et, par suite, peuvent se diviser en trois classes :
a. Portraits d'après Gartiid';
b. Portnerif» d'après Miger';
c. Portt*ails d'après Pougin Je Safnt-Aubin.
Nous décrivons successivement ces trois classes, en sntaoU autant que possibles pour diacune, Tordre ebronologiqne :
a, — PdRTnAiTS d'après garand
1. Garand del.y Chenu Sf(rî//jj.., Hauteur, 0*,Ï3 ; îat:geur, '0*,(J8. Eau-forte.
U. Vabbé MoreUêt, lu ianê U Uance jnibkkiKe eu U kmMm; ^Vm XIH (6 arts MOi>. de rëcU, copié, par ordre de rAcadëmie, « IvHa d«s regitim éis ddUMnOMs calérimves à 1789, a été imprimé dans le Recueil et Dkc9urêr'KàpptU et PUtméimnm lui dans Ui séancâê ^liqueê ^t furtieulUréè ée 'fAêaMtHkê M^tfwtêe, a* partie, p. 875 à 870.
1. Pour dresser ce catalogue, nous n'atom ea que le saMÉrt de no» mlm ihai psrsonneltes chcK lea marchand» d'estaaipeaw Au Mbilfoi de «h Bii»aelliè<|ile naflMttle. il n'y a, sur Marivanx, (pi'uiie série de gravure» trbi iboawpMte, ihid blatte, A %«» indication d'origine. On noua pardonnera <ldfic les «ffenrt ms les 6nîiti0DS é^ta Ira- Yail que noue aitriMs voola rendre plue OMct ei plan ceaplel.
MédaUlon ovale, en relief sur un plan rectangulaire, et reposant sur un socle, qui porte cette inscription : «Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, de rÂcadéiDie françoise. » Bnste de treis quarts tourné de droite à ^ucbe ; costume du temps ; tèle de face, le regard dirigé droit. Figure moins pleiie que dans le portrait de la Comédie- Française, double menton plus légèrement accusé, nez plus fin, front plus haut, les yeux, très noirs et sans beaucoup d'expression, ressortant sur une figure très pâte ; la bouche mince et spirituelle, mais sérieuse : dans Tcnsemble, comme un parti pris de pousser à la distinction et à la flnesse. Exf^cution habile, mais froide ; la (ôte surtout n'est pas modelée avec assez de relier. Se trouve en tète de Tédition des Œuvres de Uiéàlre de M. de Marivaux^ publiée en i75& par Dael^iDe. Marivaux avait alors soizauie et dix ans ^.