La Provinciale
On a vu ci-dessus (p. 587 et 615) que Marivaux avait composé pour le tàéàtre de Berny une pièce tntitolée la Frovtneiale, Or, on trouve dans le ÂÊeretanf d'avril i76d une comédie en un acte q«ri porte fe^roérae titre. Ellie est précédée de cette note : « Gett» pièce n'a été de.»ernée à aifcun théâtre et iv'a jameis été jouée qu'à la eampagpne; elle est pourtantf d^'air anrteur comin par quelques pièces justement applaudies, et nous avons cnr ne pas déplaire au publie en l*insérant dons notre recueil. »> Cet autenr esl-if Merfveux? Sn «'délicatesse d'annonr-propre » lie se fût certainement pa9 contentée d'an éiege aussr mesuré, à peine sufllsant pour on débutant. 9tr pfer, 3 y auraR e» (faelqne ironie à désigner evmme' « autenr de queftyies pièees » Tauteiir fécond d'un théâtre si considérable. Mais, ce qui pent le moine être rapporté à Marivaux, c'est la pièce elle-même. D'abord, il avait pour ses personnages ua certaia nombre de noms, toujours les mêmes, dont aucun ne se retrouve ici ; jamais, en revanehe, il ii>'a appelé persenee HL"^ Lépine, la Ramée, M^ la TbibaiiKlière', Cathee, M. Lermeau, M. Derval. Ces nens-là, surtout la Ramée et Cathos, appliqués au valet et à la soubrette, ne s'expliqueraient df aucune manière. Le sujet n'est pas davantage dans Te genre habituel à Marivaux : c'est l'histoire d'un chevalier d'industrie et d*une intrigante cherchant à dépouiller une riche provinciale nou;velUmeat arrivée À Paris. Le style, enfin, lourd ei maladroit, sans gràee el esprit, eit taut à fiûl indil ib Marisiauz, néme vieilli et iafiériiar à hti^aènee'.
& Ld TéUmaquâ treauii est-il de MarivMB? Noi» awoas déjè m fpi'rl le ^avoctair. Ce désaTcrr fut îa cause d'une qtierrffc assez vive
1. Quelques phrases pn^cicuszs du chevalier ol le phébus des deux valets ne doheni pas abuser. Nous avons ru pins haut (p. 564-555) que roxa^ëralloo prëtenUeoM d% ce tangage dlait propre aux arUquinades.
BIBLIQGItÂPRIE. 6\9
raeofltée, avec pièces à Tappui, dans un recneiî périodique de Hollande, la Bibliothèqwe française, ou Histoire littéraire de la France, AnBlerdam, H. Iki Sanzet, in- 12. Nous empruntons â ce recueil l'exposé des faits.
À peme Te Téiémafiie travesti a-l-iî paru que Ufarivaux proteste. La BîbtiothèqHe donne sa lettre de nh^aniation avec les réffexîons smvaMes (t. XXfl, deuxième partie, 1736, p. 3i9 et suiv.)' :
Cet ouvrage, annoncé depuis assez longtemps sur 1» gaiettes comme une {«oriuAlioD de M. de Marivaux, avait exeilé la curiosité du public, (pie plusieurs autres ouvrages ont justement prévenu en £a«eiir de tout ce qui peut sortir de la plume de cet ingénieux écriva/n. On ne fut pas peu surpris de voif à U tète de la troisième partie de la Vie de Mariaimey éditien <ie la Uafe, une Uttra de L'aakir aa lAcain ée Paris, (Abm lamelle il téfuvigne ^'oa lui aftciboe naà à pvopee, à AnKterdaB, le Téiéma^me trfivestr.
€ Ce livre, dit il, n'est point de moi ; et voici apporeinMefit de qwelOe: cir* esnatances on aboae po«i nui l'ainibver. Il y a eovirom dtx-hfut an» que Taiifteur de ce manuaecit, jeme homme de Iretagae, étadûml en droit avee moi, me le montra; il y avait déjà quelques années qu'il était iiit et même approuvé, je ne sais plus par qui , et comme ce Jeune homme savait que je connaissais quelques libraires, il me pria de préposer son livre à quelqu'un 4*eux : ce que je fis, et ce fut un libraire delà me Saint-lacques, et dont le nom ne me revient point, qui s'en accorocBoda. Voilà toute La part qoe j'y ai; et celui qui le donne sous mon nom veut ou m'obliger, ou me nuire ; et pourra même m'en attribuer encore un autre du même auteur, qui est mort, et de qui j'en ai encore lu et fait jouer un dont je ne me rappelle pas le titre. »
D'autre part, l'imprimeur du Télémaque trav^Mi prétend que cette lettre est supposée pour décrier l'ouvrage avant qu'il ait paru, et il produit les preuves, pour l'honneur de M. de Marivaux et de sa production, qu'il ne croit pas indigne de cet auteur, et pour sa propre justification. Il soutient que le fabricnteur de cette lettre ne fait guère d'honneur à la mémoire et à la probité de M. de Marivaux, en lai faisant assurer d'une manière si positive des faussetés avérées :
c Car premièrement (dit celui qui parle poiu* le libraire d'Amsterdam), je suis en état de prouver que tout le manuscrit du Télémaque travesti est de fa main de M. de Marivaux, sans aucune addition ou correction étrangère. En second lieu, je puis produire ses quittances, qui font foi qull a vendu, cuoime ée lui, le mmuaerfC au Hlnraire de la me Saint-Jacques, dont if dit atteir «ubtié le aoa« On peut attester ausn que M. de Marivaux »'est ellbrt plusieurs fois de mettre sen TéUmaqtÊe travesti ea vers burlesque», mayc»nant une juste rétribution. Si tous ces témoignages ne suflament pee, je do»nerais à la fois celui de l'approbateur, tel qu'il l'a donné par écrit après avoir paraphé toute la page. •
Nous nous conlealaus de rapporter ee qu'on allègue de port et d'autre, imia entrer daoe ua» psieille querelle, qui regarA* M. de Marnuux. Que l'ouvrage sett de hn ou qu'on le lut attribue mal à propos, il neue parait à tes» égards peu digne d'un homme de sa réputatioi*.
Dans une lettre communiquée au rédacteur, un anonyme s'efforce de concilier le désaveu de Marivaux et les dires du libraire, en sup-
!.. ISous n'avons pvsMis premmi' tetU éditÎMi.
posant que ni Je livre, ni la lettre ne sont de Marivaux. Du moins, tel semble être lé sens de celte lettre, fort obscure.
Dans le tome XXXIII, première partie, p. 165 et suivantes, un autre correspondant anonyme revient à la charge. Cette lettre, après avoir fait allusion à divers incidents de la querelle et à Tintervention d'un personnage que nous ne connaissons pas, et que nous ne, voyoas nommé dans aucun autre recueil contemporain, conclut que le désaveu de Mai*ivaux doit suffire pour qu'on ne lui attribue pas un livre tout à fait. indigne de lui. .
Enfin, dansie tome XXXI11, deuxième partie, on lit, à la page 360, sous la rubrique < nouvelles de Paris, > la note suivante :
Didot débile .depuis peu un asseï méchant livre, sous le titre de TéU-' moque travesti. Il en a été parlé au long dans ce journal. Le but de cet ouvrage est de tourner Homère en ridicule. M. de Marivaux, dont le nom est à la tète de ce livre, a désavoué cette mauvaise production dans la quatrième partie de sa Marianne. Le public, qui s'intéresse à la gloire de cet au leur, aurait souhailé que les preuves qu'il allègue pour se justifier eussent été plus convaincantes.
La Bibliothèque no brillait pas, on le voit, par la constance de ses jugements. On a -déjà vu (ci-dessus, p. 85, n. 2) d'autres variations de sa part au sujet de Marivaux ^