DÉMÊLÉS AVEC VOLTAIRE
Enfin, à ses yeux. Voltaire était le bel esprit par excellence, au mauvais sens du mot, le « bel esprit fieffé* ».
Eq 1135, Voltaire publie ses Lettres philosophiqtAeSj qui lui valent une condamnation du Parlement et déchaînent ses ennemis*. Un libraire, désireux de profiter de l'occasion, et connaissant l'antipathie de Marivaux contre Voltaire, lui demande nue réfutation des Lettres. Malgré le prix, considérable pour l'époque, qui lui est offert, cinq cents livres, MarivawL refuse : il lui répugne de saisir, pour attaquer son ennemi, le moment où tout semble conjuré contre lui. Voltaire, alors k Cirey, apprend la proposition ; aussitôt, craignant qu'elle ne soit acceptée, il veut désarmer par des compliments celui qa*il avait blessé, et il écrit une lettre des plus flatteuses pour Marivaux, espérant bien qu'elle lui sera montrée.
Je serais très fâché de compter parmi mes ennemis un homme de son caractère, et dont j'estime Tesprit et la probité. Il y a surtout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d'humanité et d'indépendance, dans lequel j'ai trouvé avec plaisir mes propres sentiments. 11 est vrai que je lui souhaite quelquefois un style moins recherché et des sujets plus nobles, mais je suis bien loin de l'avoir youlu désigner en parlant des comédies métaphysiques. Je n'entends par ce terme que ces comédies où l'on introduit des personnages qui ne sont point dans la nature, des personnages allégoriques, propres tout au plus pour le poème épique, mais très déplacés sur la scène, où tout doit être peint d'après nature. Ce n'est pas, ce me semble, le défaut de M. de Marivaui. Je lui reprocherais au contraire de trop détailler les passions, et de manquer quelquefois le chemin du cœur en prenant des routes un peu détournées. J'aime d'autant plus son esprit, que je le prierais de ne le point prodiguer. Il ne faut pas qu'un personnage de comédie songe à être spirituel, il faut qu'il soit plaisant malgré lui, et sans croire l'être ; c'est la différence qui doit être entre la comédie et le simple dialogue ^.