‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 47 sur 445 · février · texte numérisé non relu

février

4. Dans la Puceile (chant VI, vers 335, de l'édition de 1756, car les édiiioni sont loin de se ressembler ; voy. à ee snjet Tavertissement de l'édition Beuchot). Le poème, commencé dès 1725, est très avancé en 1734 (Voltaire, lettre i Fourmont, juin 1734) ; au commencement] de 1735, huit chants étaient terminés (lettre à Cideville, 8 février 1735). Dès lors, Voltaire en laissait prendre ou en faisait lui-même des copies distribuées à profusion. Voici les vers qui visent Marivaux, et plusieurs autres avec lui :

La Renomma m toujours deux trompettes :

L'une, à u bouche appliquée à propof,

Vm eé\ébnat les exploits des héros ;

L'autre est au c...» puisqu'il faut tous lé dire;

C'est celle-U qui sert i nous iostruire

De ce fatras de Tolumes nouteaux,

Vers de Danchet, prose de MariTaux,

ffouveau Cyrus (de Ramaay), Voyage de Séthoê (deTerrasson),

Tous fort loués, et qu'on ne saurait lire,

Qui, par l'un l'antre éclipsés tour à tour.

Faits en un mois, périssent en un jour,

BnseTBiis dans le fond des collèges,

Rongés de vers, eux et leurs pnTilèges.

Un poète irascible et caustique par excellence. Le Brun, que ses contemporains appelaient le Pindare français , animé contre les gazetiers littéraires, surtout contre Kréron, d'une haine violente, imagina d'exercer à leur égard des représailles avec leurs propres armes, et fonda la Renommée iitté' raire, pamphlet rédigé avec beaucoup d'esprit, mais qui fut supprimé au bout de douxe numéros. Dn frontispice gravé servait d'armes parlantes à ce journal et traduisait avec fidélité les vers de Voltaire; la Renommée, sur un nuage, embouche ses deux trompettes. Celle d'en haut annonce l'Esprit des lois, Vert-Vert, t* Histoire naturelley Alzire et Atrée^ celle d'en bas Polyxéne, V Année littéraire. Mes dix-neuf ans, le Roi des Pradons^ le Journal des Darnes^ Caliste et les Odes de Sabat, On peut voir une reproduction de cette curieuse gravure dans la Bibliographie de la presse, de M. E. Hatin, p. 49.

Disons, à la décharge de Voltaire, que nous ne trouvons nulle part dans

Marivaux, nous apprend d'Aiembert, était très sensible à ces attaques ; il « s*en souvenait avec amertume et ne parlait jamais de sang- froid de son détracteur; il n'entendait même pas de sang-froid les éloges qu'on en faisait quelquefois en sa présence * ».

Il aurait pu se venger en ripostant, rendre coup pour coup ; mais il n*aimait point ces attaques personnelles ; il s'en prenait aux doctrines, jamais aux personnes, et l'on ne trouve dans ses œuvres ni le nom de Voltaire, ni celui d'aucun autre de ses ennemis. Il se contentait de lancer contre lui, dans les conversations, des traits piquants, * dont quelques-uns nous ont été conservés : < M. de Voltaire, disait-il, est la perfection des idées communes ; » ou bien : « M. de Voltaire est le premier homme du monde pour écrire ce que les autres ont pensé ^;> ou bien encore ce mot moins connu, et qui, dit M. Ed. Fournier, auquel revient, croyons-nous, Thonneur de Tavoir remis en lumière, « est mieux dans la nature de son esprit, presque bienveillant, môme lorsqu'il attaque » : « Ce coquin-là a un vice de plus que les autres ; il a quelquefois des vertus *. »

ses œuvres le mot cruel et tout à fait injuste qve lui attribue, nous ne savons d'après qui, M. Paul Lacroix : o l\ (Voltaire) appelait son style « le poison de M. de Marivaux. » {Le dix-huitième siècle, — Lettres, sciences et arts, p. 163.)

1. Pa^e 619, n. 28. D'Alembert remarque {ibid.)que les railleries de Voltaire à l'adresse de Marivaux venaient peut-être d*une « tentation de poète, qui ne méprise pas toujours celui dont il paraît se moquer. » C*est laisser entendre que la jalousie n*était pas étrangère à cette petite guerre. M. Paul Lacroix nous semble entièrement dans le vrai lorsqu'il dit : c Une bonne comédie ne réussissait pas sans désoler Voltaire, qui n'avait pas le génio comique et qui s'obstinait à faire des comédies que les comédiens refusaient de jouer. Il gardait rancune à Ptronet à Gressetpour avoir fait les meilleures comédies en vers de son temps. » {Op. dt.y ibid.)

2. Tout au plus pourrait-on trouver dans les osuvres de Marivaux une allusion contre Voltaire, et encore bien anodine : ce serait, selon Duviquet {Œuvres de Marivaux, t. I, p. 205), le portrait satirique du poëte, dans Vile de la Raison, Ktmême ce portrait nous sembie-t-il trop général pour que Voltaire ait pu s'y reconnaître. Au surplus, Marivaux se défend avec tant d'énergie, dans la préface de cette pièce, d'une allusion dont on l'accusait contre un autre de ses confrères (voy. ci-après, p. 98 et n. à) qu'on peut écarter l'hypothèse de Duviquet.

3. Ed. Fournier, p. xxxv. Selon M. Desnoiresterres {Voltaire et la société française au dix-huitième siècle, t. II, p. 356), le mot serait de La Beaumelle, dans la Vie de Maupertuis, p. 59.

4. Jamet, Stromates, aux mss. de la Bibliolh. nat., p. 1030 bis, cité par M. Ed. Foumier, p. xxxv.

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