XXIV
« Par ma vie ! voilà le vaillant lord Marmion , s'écria Surrey ; toujours fidèle et de bienvenue à l'heure du danger ! Ma félicitation sera courte , le temps me presse. Écoutez seulement mon plan de bataille. Moi-même je commande le centre, le brave Stanley commande la droite, et mon fils l'avant-garde, avec Brian Tunstall, le chevalier sans tache (12). Lord d'Acre, avec sa cavalerie légère , formera l'arrière-garde et portera secours partout où il sera nécessaire. Pour vous, noble Marmion, je sais trop bien que vous aimerez mieux marcher à l'avant-garde ; Edmond, l'amiral Tunstall partageront volontiers leur commandement avec vous : déjà vos propres vassaux sont rangés sous les ordres de Burg votre lieutenant. »— « Je vous remercie, noble Surrey,» répondit Marmion ; et sans en dire davantage, il partit comme l'éclair pour aller se mettre en tête de l'avant-garde , et dès qu'il arriva on s'écria de tous les côtés : « Marmion ! Marmion ! » Ce cri pénétra jusque sur la hauteur de Flodden et fit tressaillir les rangs écossais.
Blount et Fitz-Eustace demeurèrent] sur le monticule auprès de la belle Clara. Les rayons du soleil couchant doraient la colline -, car le jour était déjà très-avancé. Le cri perçant qu'il venait d'entendre leur fit trop bien connaître qu'jl partait du lieu où
9e trouvaientleurs compagnons. Eustace dit tristementà Blount
m MARKIGN.
«Indigne office que de rester ici ! plus d'espoir; d'éperons dorés 1 Mais regarde sur te flâne de la montagne, les Écossais ont mis le fou à leurs tentes. » Et soudain, lorsqu'il venait de parler da haut de la eotline au pied vers les bords du Till , une fumée noire s'élevait dans les airs. Les soldats écossais, enveloppés de ce brouillard épais, vaste et tourbillonnant, descendaient dans la plaine. Aucune acclamation guerrière, aucun chant du ménestrel n'annonce leur marche, le seul bruit de leur pas , et parfois une fanfare du clairon annoncent aux Anglais que le roi Jacques descend de la montagne et se précipite à leur rencontre. Ils ne peuvent entendre ou voir leurs ennemis qu'au moment où ils en sont à portée de lance. Des nuages de famée et de poussière se confondent, Tépée croise Pépée, un cri sauvage s'élève, cri de sinistre augure, comme si des hommes allaient combattre des démons. Oh ! la vie et la mort se mêlent, la faite et le Tallietiient , la charge et la déroute, le triomphe et le désespoir. De loin les écuyers promènent leurs regards inquiets, et ne distinguent rien dans les ténèbres qui les environnent.
~ Enfin le vent frais du couchant chassa le nuage qui dérobait le futur champ de bataille 5 on put alors découvrir une forêt de lances qui brillaient au-dessus de ce nuage ; les étendards se déployaient au milieu de la fumée , comme les ailes blanches de la riiouette pendant l'orage. Les deux écuyers remarquèrent , resplendissant au loin, les vagues brisées de la guerre, les panaches flottants des chevaliers semblables à l'écume sur le sein agité de l*.mer. Les apprêts du combat redoublaient partout, que dis-je ! le carnage régnait dans ta plaine ; les lances se heurtaient , les épées étinceiaiettt comme ré clair , les flèches agiles de l'Angleterre tombaient comme la grêle; des bataiHons chargeaient, recalaîmt, changeaient et reculaient encore ea un affreux désordre*
CHANT VI. i&
Suis le fracas de la mêlée ila reconnurent le faucon de tord Marmû» , la blancbe bannière de Tunstall et le fier lion d'Edmond Howard, qui combattaient bravement, quoiqu'ils eussent à lutter antre les vaillants Gordon et le» clans intrépides des montagnards écossais, ou des hommes .des frontières avec le vaillant Home et le terrible Huntl ey .
xxvn.
Loin vers la gauche, Stanley rompait les phalanges commandées par Lennox et Argyle. C'est en vain que les montagnards de l'Ouest se précipitent en désespérés sur les lances , jettent de côté leurs boucliers , et à deux mains frappent de leurs larges épées. Cependant la fortune, avec un souris volage , regarde sur l'aile droite l'armée écossaise. La bannière sans tache de Tunstall roule dans la poudre, le lion de Howard tombe avec elle ; le seul faucon de lord Marmion reste debout et flotte au-dessus du carnage. Le slogan 1 , le slogan des frontières fencTla plaine du ciel ! Home et Gordon ! s'écrie-t-on de toutes parts , les clameurs se propagent plus haut, la mêlée devient plus terrible : on avance, on recule, on avance et l'on recule encore -, la bannière tombe et se relève, comme le mât d'un vaisseau battu par l'orage s'abaisse et se relève, lorsque déjà les agrès, les haubans et les voiles flottent déchirés, dispersés sur les vagues. Blount ne put pas supporter plus long-temps cette vue. « Par le ciel et par tous les saints , je jure, dit-il, que je ne verrai pas tomber notre bannière. Tu peux, Fitz-Eustace, dire ton Pater et ton rosaire avec lady Clara ' pour moi, -je cours à l'ennemi ;» et il se précipite dans la plaine suivi de ses archers. Le vaillant jeune homme, par une charge désespérée, s'ouvrit d'abord un passage à travers les rangs ennemis. La bannière reprise se relève ; mais de nouveau s'élève un noir nuage, et, comme un pin déraciné , retombe aux mains des Ecossais.
4 Cr W« f»«rre des «lao» fetwrfs, eoanne il a Otyk été dit. a. m.
ISS MARMION.
Alors Eustace monte achevai. Cependant il hésite et regrette de laisser la jeune GHe sans secours, lorsque, rapide comme la flèche, les yeux rouges de sang , les narines ouvertes , les rênes pendantes , la housse et la selle rouges de sang , arrive au galop le coursier de Marmion JEustace, furieux à cet aspect jette un signe et un regard à Clara, comme pour lui dire qu'il reviendra bientôt, et il se précipite dans la mêlée.
Ne me demandez point ce qu'éprouve la jeune fille , laissée seule dans cette heure d'épouvante : peut-être sa raison s'égare , peut-être un courage surnaturel la soutient et lui fait surmonter un affreux désespoir. La première ligne des Anglais tourne, mise en déroute ; Clara dit seulement au milieu du tumulte :« Wilton est-il par là ?» Ils fuient ou ne combattent plus dans leur désespoir que pour mourir... « Wilton est-il par là ?» En ce moment deux cavaliers couverts de sang apportent sur la colline et dans leurs bras un fardeau délaissé, un chevalier blessé. Sa main tient encore le tronçon de son épée ; son bras est souillé de sang et de fange ; il a été tiré de dessus son cheval avec son bouclier criblé de bosses , et son casque froissé ; le faucon et le panache ont disparu. Est-ce bien là l'orgueilleux Marmion ! Le jeune Blount délace son armure, et considérant son visage pâle et défait, s'écrie : « Par saint George , il n'est plus ! un coup de lance a tranché le destin de ce bon maître : regarde la blessure profonde qui se voit à son front! Que Marmion repose en paix!» — «Maladroit Blount! cesse ton babil, il rouvre les yeux, dit Eustace ; paix ! »
Lorsque , débarrassé de son masque , Marmion sentit la libre impression de l'air, il promena autour de lui des regards effarés : * Où est Henri Blount , où est Fitz-Eustace ; que faites-vous ici,
cœurs de lièvre? allez ressaisir ma bannière. Chargez , criez : « Mannion à la rescousse !... Vaines paroles ! le dernier de ma race finitavec moi, mon nom ne retentira plus sur le champ de bataille ! toutefois ma dernière pensée est pour l'Angleterre. Volez, portez mon anneau à lord d'Acre ; dites-lui d'amener ici ses escadrons.Toi, Fitz-Eustace, cours vers lord Sumy, annonce-lui que Tunstall est étendu sans vie dans la plaine, et que son sang rougit le bouclier sans tache. Edmond a succombé. . . ma vie est épuisée... il ne reste plus que l'amiral. Que lord Stanley charge avec son coursier de feu , avec ses braves guerriers de Chester et de Lancastre, le centre de l'armée ennemie : autrement la victoire va rester à l'Ecosse. Eh bien , faut-il le dire deux fois ? Partez vite, laissez Mannion icimourir seul. » Ils obéirent. Clara s'éloigna de cette vue ; mais la douleur lui arracha un soupir étouffé, et lui, il murmura comme à demi-voix : « N'y a-t-il donc personne ici de tous ceux que ma maison a nourris , pages , écuyers , valets , pour m'apporter une coupe d'eau de la fontaine , et étancher la la soif qui me tue?»
O femme ! dans nos jours de prospérité, capricieuse , indécise, et difficile à émouvoir, changeante comme l'ombre produite par le léger feuillage du peuplier tremblant ; toi qui deviens un ange secourable quand la douleur et l'affliction nous déchirent!... A peine il avait élevé ses plaintifsaccents, que la jeune fille, prenant le casque du baron , courut au ruisseau voisin. Sa haine , ses outrages et ses craintes sont oubliés ; elle n'écoute plus que la voix plaintive, elle ne voit plus que l'homme mourant. Elle se penche au bord du ruisseau, et recule d'horreur; car, courant doucement du sein de la montagne où la bataille avait eu lieu, une eau rouge foncé se mêle en flots caillés à l'eau pure du ruisseau. Où ira-telle ? Elle aperçoit une petite fontaine où une onde claire comme
l'étincelle dudiamant tombait dans un bassin de pierre. Au dessus on lisait celte inscription à demi effacée : « Viens te désaltérer, pèlerin fatigué, viens, te désaltérer et prier pour l'âme tendre de Sibylle Grey, qui éleva cette croix- et cr eusa cette source. » Clara remplit le casque , se hâta de revenir, et vit avec une joyeuse surprise un moine soutenant la tête de Marmion , homme pieux que son devoir conduisait au milieu des hasards de la guerre pour confesser les mourants et bénir les morts.
Lord Marmion but de cette eau limpide, et comme elle se baissait pour lui en humecter le front : «Est-ce la main de Clara, dit-il, ou celle de Constance outragée qui rafrafchit ma tête ?»Puis la mémoire de ses tortalui revenant :«Ne me parlez pas de repentir ni de prière: je dois réparer ces malheurs. Je n'ai plus que quelques instants à vivre , peu do mots suffiront ; pardonnez et écoutez mes dernières paroles, douce Clara !»—-« Hélas ! dit-elle , ne songezplus qu'au salut de votre âme, puisque votre zèle serait vain pour Constance : elle est morte à l'ile sainte.» Lord Marmion tressaillit à ces mots, comme s'il n'eût point senti de blessures; cependant dans l'action une veine s'ouvrit et le sang coula par torrent* Elle n'est donc plus m est donc vrai ! dit-il^ j'avais toujours pensé que ce noir présage n'annonçait que trop la vérité. Je voudrais que le démon à qui maintenant appartient la vengeance due aux affronts qu'elle a soufferts m'accordât seulement un jour ^ le feu dévorant qui consumerait le cloître, les derniers soupirs des prêtres égorgés sur l'autel de pierre lui paieraient ce léger retard. Hélas! il n'en peut être ainsi !... Le vertige me saisit... malédiction sur la lame du vil maraudeur qui m'a percé là-bas ! double malédiction surmon glaive qui m'a trahi ! Un cœur criminel 1 rend
I A Sinful heart makes feeble hand.
^Vm énerçiçne et titone vérité consotaite pour le faible innocent, à. m.
CH4NT TL i»
la nain fri Me.» Alors s'évanouissant , il tomba sur la terre, soutenu par le moine tremblant.
Clara fait d'inutiles efforts pour bander et étancher la blessure saignante ; le moine répète sans succès toutes les prières de son église : Marmion dit que de proche en proche arrive à son oreille la voix d'une femme, et que le prêtre ne pourrait l'entendre, elle chante ces vers :
Le brait do fer s» mêle «ni sentira des movraals Ecrasés saos pitié par les fuyards errants
« .Retire-toi, spectre «nacrai, dit le moine , ne viens pas de ta marn cruelle secouer le sablier du pécheur expirant ! Oh ! regarde, mon fils, ce signe de la grâce divine du Rédempteur ; pense à la foi et à l'espérance... J'ai bien des fois prié au lit de la mort, j'ai souvent assisté au départ de l'âme du pécheur pour un monde meiHear, mais je n'ai jamais rien vu de pareil à ceci. » Le fracas de la guerre qui avait dmmoé un moment redouble par une triple décharge de l'artillerie ; et le cri de Stcwfey se bit entendre. Il répand un léger éclat air te visage de Marmion, et ranime ses regards flétris. Portant sa main mourante à son front, il secoue aadeeras de sa tête le tronçon de son épée et s'écrie : « Victoire ! chargez , Ghester ! chargez 1 en avant Stanley ! en avant !» Ce forçât les derniers mots de Marmion.
Cependant la chute du jour ne ralentit point le carnage; les Ucessais, autour de leur monarque, non encore entamés, combattent comme des désespérés. « Où est donc maintenant le vain-
queur de l'aile gauche ? ouest Buntley ? où est Home ! Oh ! que ne peuvent-Us entendre ce clairon formidable , doitf. te bruit fut ré-
pété par les éobos de Fontarabie, quand Charlemague vint et que
succombèrent le brave Roland, et Olivier, et tant de fameux paladins dont la vallée de Ronceveaux reçut le dernier soupir? Ce clairon avertissait les clans d'Ecosse de renoncer au butin qu'ils font sur les cadavres pour décider une seconde fois une victoire douteuse, pendant que du côté de Flodden flotte encore l'étendard royal, et qu'autour du monarque s'épuisent et meurent les braves , orgueil de notre Galédonie ! Ces souhaits étaient formés en vain ; marquant au loin leur passage par le dégât et le pillage, les soldats, avides de butin, se répandent jusque dans les environs de la Croix de la Sibylle.» Oh ! madame, s'écria le moine, partons.» Il la plaça sur son coursier, et la conduisit à la belle chapelle de Tilmouth , sur la Tweed. Là , ils passèrent toute la nuit en prière , et , à la pointe du jour, elle se trouva avec son parent , lord Fitz-Clare.
Mais au moment où ils quittaient la plaine de bruyère sur laquelle la nuit commençait à descendre, le combat devint plus acharné, et le bras de la mort redoubla ses coups. Les Anglais font pleuvoir une grêle de traits, leur cavalerie charge tête baissée, leurs escadrons volent comme l'air, et prennent de front, de flanc et sur ses derrières ce cercle profond d'Écossais , combattant autour de son roi , et qu'ils cherchent à enfoncer. Mais , quoique leurs flèches tombent aussi épaisses que la neige chassée par le vent du Nord , que des masses de leurs chevaliers se précipitent comme la tempête, et que la hache frappe dans leurs mains ses coups terribles , cette ceinture de braves ne peut être rompue. Présentant leurs lances serrées les unes contre les autres, ils tiennent ferme, la place où vient de tomber un camarade étant à l'instant même occupée par un autre. Point de pensée d'une lâche fuite ; unis et serrés l'un contre l'autre dans cette phalange , semblable à une muraille, le varlet combat comme le
noble, récayer comme le chevalier, déployant autant cPintréptdité que d'adresse, jusqu'à ce que la nuit close étendit ses noires ailes sur la poignée de braves qui restait de cette année et sur leur roi blessé. Alors les ordres prudents de l'habile Surrey rappelèrent du combat ses bandes mutilées , et elles abandonnèrent le champ de bataille comme les vagues amoncelées refluent vers le sein azuré de l'Océan, abandonnant les terres qu'elles viennent de balayer. Alors leur ennemi connut les pertes qu'il avait faites : son roi, sa noblesse, ses plus braves chevaliers gisent sur le champ de bataille : ils ont disparu comme la neige qui, fondue par les vents du Midi, va se perdre en silence dans les ruisseaux gonflés par lesqpux qu'elle leur apporte. Les. échos de la Tweed retentirent du bruit continuel de ses vagues battues par les bandes dispersées qui la traversaient pour gagner la terre d'Ecosse. Le récit de la bataille désastreuse de Flodden pénétra avec elle dans les villes et dans les châteaux* sur les collines et dans les vallées, et y porta partout le deuil. La tradition, les légendes, les airs et les chansons prolongeront ce deuil pendant des siècles ; le fils apprendra de son vieux père la terrible mêlée et le carnage affreux de la bataille fatale de Flodden-Field, où la belle Ecosse vit sa lance rompue et son bouclier brisé.
Le jour commence à poindre sur le penchant de la montagne. Là, ô Ecosse ! glt la fleur de tes braves, une foule de chefs, de chevaliers et de nobles barons , leurs tristes survivants ont tous disparu.— Ne conserve point de.doiites sur ce cadavre, quelque défiguré et mutilé qu'il soit 1 } ne jette point un œil de dédain sur les tours élevées du château de Norham , et n'entretiens point la vaine espérance de retrouver après avoir voyagé au loin dans les
l Allusion aux doute» qui ont existé sur le sort du roi Jacques après la bataille de Floddeu. a. X.
Mft MARMION.
|«y s étrangers le royal pèterm (13) retournant dans ses états. Il vit tes malheurs préparés par sa témérité ; impatient de la vie, il se battit m désespéré, et tomba dans la plate, de Floddan. Et aa fidèle épée, fortement serrée après sa mort dais sa main vîgoiv» reuse, indiquait assez le monarque mort au champ d'hoaneav. Mais, hétos! qu'il était changé depuis cette nuit d'allégresse où vous le vttes ! Je détourne avec joie les yeux de ce spectacle pour revenir à mon sujet.
Ge que j'ai à dire sera court. — Par les soins de Fitz-Eustace , un corps percé et mutilé fût transporté dans la eathédrale éïetée de Liehâeld, qu'entouraient de larges fossés* et sous Faite du Sud une belle tombe gothique porta long-temps l'image de tord Marmion. Maintenant vous en chercheriez en vam les traces : elles ont disparu lorsque le fanatique Breek prit d'assaut ce superbe monument; mais, grâce au ciel et au bon saint Chad,le spoliateur reçut sa récompense. Jadis on y voyait le brave Marmion , les pieds appuyés sur un limier, les mains levées au ciel ; et tout autour de sa tombe son riche écusson , une tablette sculptée , une niche,, dont le travail était à jour, effraient à l'œil ses armes et ses exploits. Et cependant, quoique tout fût si bien sculpté, et qu'un prêtre y murmurât des prières pour Marmion , le dernier lord Marmion ne s'y trouvait pas. Un jeune berger de la forêt dTîttrick avait suivi son maître à la bataille de Flodden : c'était une de ces fleurs que la ballade plaintive regrette en Ecosse corniûe disparues. Grièvement blessé, ce berger aperçut la croix de la Sibylle, se traîna jusqu'à elle, et tomba mort tout auprès du noble Marmion. tes pillards dépouillèrent et mutilèrent les cadavres : voffà pourquoi le corps de l'un fut pris pour celui de l'autre ; et ainsi, dans la tombe de l'orgueilleux baron, descendit la dépouille mortelle de l'humble habitant des bois.
CHANT VT. f*S
Il serait moins facile de montrer la place où fut creusée la tombe sans nom de Marmion. Elle fut creusée à l'endroit même où l'on trouva son corps sans vie; mais toutes les marques en ont disparu. Le bras destructeur du temps a renversé la simple croix delà Sibylle Grey, et a brisé sa fontaine de pierre : cependant de la faible source descend encore en gazouillant le ruisseau de là colline. Souvent l'étranger s'y arrête afin de promener un œilcurieux sur ce champ mémorable ; les jeunes bergers y vont chercher le jonc et l'iris aquatiques; ils ajoutent l'ombrage du coudrier, et ils tressent leurs guirlandes sans se douter qu'ils sont assis sur le tombeau dépositaire de la dépouille du vaillant Marmion. toi qui viens dans cette humble colline, apportes-y un silence religieux et un cœur réfléchi. Si jamais, dans un moment d'erreur, tu as quitté le droit chemin pour le mauvais, ah ! crains de porter mr jugement présomptueux sur la modeste tombe du noble Marmion ; mais dis : « II mourut en brave chevalier, l'épée à la main et pour là cause de l'Angleterre. »
Je n'écris point pour ces esprit» lourds qui ne pourraient se faire une idée de la terrible bataille de Flodden , et qui ne pourraient croire sans moi que Wilton fut le plus intrépide dans le combat v que lorsque le courrier du brave SUrrey fut tué , ce fut Wilkmxjui lui donna le sien ; quewfutla vaiilanteépée de Wiltoa qui éclaircit les rangs des cavaliers écossais; qu'enfin , quoique Hollinsched et Holl n'en disent rien , Wilton fut l'aine de la bataille.. À près la victoire, il prouvai fidélité-, il recouvra son rang
et ses biens, et orna le vieux bouclier de ses pères des devises qu'il venait de conquérir au champ de Flodden. Je ne monte pas non plus ma lyre pour cette simple fille à laquelle il fautappren-
161 MÀRMION.
dre que le roi et la famille de la belle Clara couronnèrent sa constance ; qui ne peut pas, à moins que je ne lui apprenne , se figurer la cérémonie nuptiale de cette intéressante beauté ; et qui veut, en un mot , savoir de moi que lé fameux Wolsey bénit les deux amants ; que More Sands et Deny se chargèrent de bons mots ; que le roi au gros ventre * tira les rideau du lit, et que la main de Catherine jeta elle-même les bas de la mariée 2 . Pendant long-temps , depuis le jour nuptial , c'était souhaiter assez de bonheur à deux jeunes époux que de les engager à s'unir comme Wilton et Clara.