‹ MARMION SUIVI DE LA DAME DU LACChapitre 26 sur 33 · LA BALLADE · texte numérisé non relu

LA BALLADE

ALICE BKAND.

Oli ! qu'il est dota* d'errer dans la verte forêt Lorsque ohantent la grive et le merle indiscret, Lorsque le dainriéger fuit la meute aboyante, Et que le cor y joint sa musique bruyante !

< «Ma tendre Alice, c'est pour toi *

Que, loin de ma natale rive, J'ai toujours, certain de ta foi, Promené ma douleur plaintive :

Devons-nous, comme des proscrits Troublés d'un éternel qui vive, N'avoir que les bois pour abris ?

«{le taft ift.UMide chéwlm», Ce fut l'éclair de tes beaux yeux Qui, pendant une nuit obscure,

Çojrtrt tytfoirfe, 4a& ce* iim,

chant rr. - fcA

Guidèrent m ad asefce trep «ire En lai fermas* foin* des deux f

« Cette main, à regret cruelle, Jouet du destin infidèle, Doit couper le bé*rd de» bois, Doit nous fifre v» lit de fouRInge, Et contre la béte enavage Nous dresser de rustiques tenu Que souvent pénètre Reràfjn.

«Il faut que tes doigts délicats, Qui sur la harpe harmonieuse Ont de ta voix mélodtewse Accompagné les dowt éclats, Dépouillent la biehe timide De sa foormre encore numide Pour bous garantir des frimas.»

ttO Richard, du trépas d'un père, Je ne puis «cctner ta main ; Le seul destin lui fof contraire, Et l'ombre te fit inhumain ; Le hasard dirigea -ta tance De qui l'jwevgto violence, Malgré toi lui perça le «eta !

« Si d'une parure éclatante Je ne puis plu» me revêtir, Si de sa pourpre étincelanle Ton plaid ne peert plus m'ébtoulr, Nous chérirons la cevléar (auve Et la cime velue ou chauve Des bois où le four vient mourir.

« Cruelle est notre destinée :

Tu perdis le natal séjour ; Mais ton Alice infortunée, O Richard, pour toi semble née; Pour toi seul vit tout sa» aaoomr.

Sttiie^ê Ut bâWtdê*

Oh ! qu'il est doux d'errer dans l'épaisseur des boia Quand d'Alice on entend l'harmonieuse voix, Quand sur le hêtre allier et le superbe chêne La hache de hichard frappe à perte d'haleine.

Toute coaBf-d»eei des esprits Dont laaajoor est ta colline, La Yoix jeta4»>spniae0 atîa,

Gomme tous les triste* lambris - D'an vieux monastère en ruine Le vent do toir ébranle et mise Ses murs à moitié démolis.

Qui frappe et le hêtre et le chêne, De qui les vieux trônes consacrés Forment les dômes révérés, Où dans cette forêt prochaine L'amour pieux qui nous enchaîne Se mêle à nos rites sacrés?

Qui vient chasser le daim rapide Que de nos Sylphes bocagert Chérit la reine aux pieds légers?

Quel est le mortel intrépide Qui, sans redouter de malheurs, Ose de la féerie avide En porter les vertes couleurs (8;?

Urgan, pars, {oins le téméraire, Car, en un jour solenuisé, De Peau pieuse et salutaire Ton front «aissant fut arrosé (6).

La croix ne peut te mettre en fuite, Tn ne dois pas craindre la suite D'un vieux symbole exorcisé.

Appelle alors sur le coupable L'anathème au poignard vengeur Qui perce et déchire le coeur, Défend au sommeil favorable De visiter le misérable Qui sur sa couche de douleur Invoque une mort secoureble Sans pouvoir hâter sa rigueur.

Suite de la ballade.

Qu'il est doux d'habiter à l'ombre des bois verts Encor que les oiseaux aient cessé leurs concerts! Le soir, AHce apprête un repas de famille, Et son amant nourrit le foyer qui pétille.

Urgan paratt, ce nain hideux

Devant lord Richard se présente ;

Et comme sa main diligente

Ee croix fait le *igne pieux :

« Je ne crains pas du fils des deux

Cette marque ailleurs plus fervente,

Car elle est formée a met yeux

Par une main lèche et sanglante.»

Mais an fantôme redouté Alice, impassible et sans crainte, Répondit avec fermeté :

« Si cette main de sang fut teinte, C'est dn sang de la biche atteinte Par le plomb sur elle ajusté.»

« Tu mens, femme pleine d'audace :

Le sang qui teignittette main Cest le propre sang de ta raee, Celui d'Ethert qui sur ta trace Crie : Opprobre au vil assassin J •

Vers le fantôme Aliee avance Et fait le signe du saint :

« Sur la main de Bftehard sll fut Bu sang qui demande vengeance, La mienne est vierge à ta présence; Contre moi donc dis-moi ton but.

« Sylphe ou démon je te conjure ''

Par celui que tous les démons Craignent le plus dans la nature, De nous apprendre de quels monts, Grottes, rochers, antres, vallons, Ta yiens, et quel est ton augure.»

Svitê de la ballade.

Terre de la féerie il est doux de te voir, D'ouïr de tes oiseaux la musique enchantée, D'assister à tes jeux quand à cheval montée Ta cour avec son rot se promène le soir.

Elle brille gaîment la terre de féerie,

Mais son éclat est faible, impuissant, mensonger ; (7)

De décembre tel est le rayon passager

Qui jette sur la glace une chaleur tarie.

Comme cette faible clarté, Notre forme si fugitive, De nous dans sa variété Fait un cavalier redouté, Ou bien une fille craiotive, Un nain, un sioge empaqueté.

Ce fut entre le jour et l'ombre, On le roi-fée est tout-puissant, Que, dans mes querelles sans nombre, Je succombai comme un enfant.

£Ç4 LA DAJUG ©V LAC.

On m'emporta jmliié.i»oiMNaÉ .

An pays dangereux .ei«qmVro- Dea lutins que le soir attend Cft)

Si quelque beauté courageuse

Sur mon fret* osa* par trois foH

Tracer le signe de la erolx, '

Déposant ma forme «douteuse

Je reprendrais mes .premiers droite

Et cette forme jgraeienae Qu'aujourd'hui .même Je te -.▼oia,

Alice a montré ton tonraçe :

Ceux fois son intrépide nrahi Marque le signe an f pooi du «tain Qui se rembrunit davantage, Et dans la caverne soudain t a n uit veut régner «ont (parts**.

Une troisième fois sans "peur Alice osa feiutorle «igné.

Quel aspect «plus doux à -son cœur !

D'Ecosse un chevalier insigne Lui montre la face plus digne ; C'est Éthert auprès de sa sœur 1

Il est doux de goûter d'ombre fraîche dea bois Quand la grive etlemerle ont'élevé ta *«ix ; tl est plus doux encore d'ouïr de Dunfermline Les cloches annoncer l'hymen- à, la colline.

Au moment où le ménestrel venait de cesser sas «chants, un étranger parut dans la clairière : son aspect martial , sa haute stature, son cortège formé de chasseurs du comté de Lincoln, son coup d'œtf d'aigle font reconnaître en toi le ohevalier du Snowdoun , James Fitz- James. Hélène , en le voyant , crut rêver ; elle tressaillit , et put à peine s'empêcher de pousser un cri d'effroi : « O étranger! dit-elle, à mre heure si' fan es te et si pleine de danger , quelle infortune 4,'amène ici? » — « Quel malheur pourrait exister quand je puis te revoir? Lié par une promesse, mon premier guide m'a rencontré ce matin et ma conduit le long du rivage et de la frontière vers «et heureux «entier de mon retour » — « L'heureux sentier ! dit-elle - t eh quoi ! n'a-t-il point

CHUNT IV. •

priéde girafe i irta-t-ii point a*wmé<v*% terrait «mtettre^ qaa fe passage était gai-dé. » -* * Ifioaeectes» je n'ai rien vu çqi pût me présager aucun désastre} »~ « Obi hâte- toi» Mlw> M joindre le montagnard ; je le reconnais là bas sous son tartan -, demande- lui quel est son dessem , et prie- le de guider l'étranger en lieu sûr. Quel sujet a donc accéléré tes pas , homme infortuné? Le moindre serf du clan de Roderick n'a pas été acheté par amour ou par crainte et ignoré de lui pour te conduire ici. »

« Douce Hélène, ma vie doit être bien chère, puisqu'elle mérite d'éveiller tes soins; et cependant la vie je la regarde comme un souffle frivole quand l'amour ou l'honneur est comparé avec la mort. Que ma chance me soit profitable et que mon hardi projet se révèle à tes yeux. Je viens pour t'enleverd'un désert où jamais pareille fleur n'avait souri auparavant; de cette main caressante je t'emmènerai loin de ces scènes de démêlés et de combats. Mes chevaux attendent près de Bochastle ; ils qpus auront bientôt déposés aux portes de Sterling. Je te placerai dans un berceau riant, et je te garderai comme une tendre fleur. » — « Oh ! paix , sire chevalier ; il conviendrait à l'art de mon sexe de dire que je ne lis point dans ton coeur ; mais mon oreille a été trop flattée à en* tendre mon éloge. Ce leurre funeste t'a déçu en te rappelant vers moi dans un moment si terrible et sur un chemin si dangereux. Oh ! comment pourrai-je expier le malheur que ma vanité a ainsi causé! Une ressource me reste , car je te dirai tout : oui , en faisant un effort, sur mon cœur, je t'avouerai mon secret. toi, donUa folie porte avec elle soablàtne, achète ton pardon par top repentir ! Mais d'abord mon père est un proscrit, hors la loi > dont la tète a été .mise à pch};et m'éppuser cesserait épouser avec .mpi rinGmid. Persi^teawsrtu « parler ? AJtors écoute la vérité! Ftt&Jaipcs est »^ homme noble, si toutefois il Test encore î B

s'est exposé pour moi et pour les miens à la dernière extrémité. Ta as maintenant le secret de mon cœur; oublie-moi , sois généreux y et pars , je t'en conjure. »

Fitz-James connaissait bien les artifices propres à gagner le cœur volage d'une femme ; mais ici il les connut en vain. L'œil d'Hélène ne laissa échapper aucun regard fait pour tranquilliser l'amant; elle persévéra dans la confiance qu'inspire un cœur encore vierge. Quoique la rougeur colorât son visage, elle avoua son amour avec le soupir du désespoir et le tourment d'une agonie , comme si déjà , privée de Malcolm par la mort , elle eût à gémir sur sa tombe. L'espérance disparut des regards de Fitz- James, mais l'espérance n'emporta point la sympathie. Il offrit d'accompagner Hélène, comme un frère accompagnerait sa sœur: « Oh ! tu connais bien peu le cœur de Roderick , dit-elle : c'est en nous séparant que nous sommes en sûreté. Hâte-toi de retrouver Allan , et tâche de savoir de lui si tu peux te fier à ce paysan grossier. » Fitz-James , posant la main sur son front dans la vue de cacher le trouble de son âme , fit deux pas pour partir et puis, comme si une pensée avait jailli dans son cerveau, il s'arrêta , se retourna et s'approcha de nouveau de la charmante Hélène.

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