‹ MARMION SUIVI DE LA DAME DU LACChapitre 27 sur 33 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

« Écoute , Hélène , écoute un mot d'adieu ; mon épée dans le conflit, a préservé la vie d'un lord écossais. Le monarque reconnaissant me donna cet anneau et me dit, lorsque je fus assez heureux pour l'obtenir, de le rapporter et de réclamer hardiment la récompense que je voudrais indiquer. Hélène , je ne suis point un chevalier courtisan , mais un guerrier qui vit de la lance et de l'épée , qui n'a pour château que son casque et son bouclier , et que .

le champ de bataille pour domaine. Qoe puis-je demander à on prince , moi qui ne souhaite ni titres ni fortune ? Hélène, donnemoi ta main, cet anneau est à toi 5 tous les gardes du prince connaissent ce signe ; va sans délai trouver le roi ; ce même signe te protégera dans ta route jusqu'à lui. Exprime-lui ce que tu yeux , et quelque soit la faveur que tu désires , il ne pourra que te l'accorder, comme la rançon du gage qu'il m'avait remis. » Fitz- James plaça l'anneau à un des doigts de la jeune fille , s'arrêta, lui baisa la main et partit. Le vieux ménestrel resta, le regard effaré, en voyant Fitz- James s'éloigner si rapidement. Celui-ci rejoignit son guide , et descendant avec lui , en serpentant , le revers de la montagne escarpée , il passa le ruisseau qui réunit le lac Katrine au lac d'Achray .

Tout était silence dans la vallée de Trosach * ; les rayons du soleil de midi dormaient immobiles sur la montagne. Tout à coup le guide poussa un cri retentissant. « Murdoch , est-ce le signal du danger? » « Je voudrais, répondit Murdoch en bégayant» pouvoir crier de façon à épouvanter ce corbeau dans le repas de chair où il se livre. » Le chevalier se tourna pour regarder, et reconnut que son propre coursier était devenu la pâture du corbeau. « Hélas ! noble coursier, pour toi , pour moi , peut-être il eût mieux valu que nous eussions quitté le vallon Trosach. Murdoch passe le premier, mais en silence. Si tu siffles ou cries , tu es mort. » Se défiant l'un de l'autre,, ils poursuivent leur route dans un profond silence , et se tenant chacun sur ses gardes.

Maintenant le sentier serpente au bord d'un précipice propre

I Nom génétique de Ytllée, surtout en Ecosse, dans les environs de Sterling.

la mm mtilag.

dont k figurent bnttée par les fen&dia sotofty et siltennéer pac tes traita de l'orage, apparaît dans un sauvage actftotratfeBt , couverte (te* bâillon pendants et suf le tard du dèfiié, Elfe pre~> «tèo* autour d'elle des regards egiu^s, tan tôt surla< fart* ouïe rocher, tantôt ter» k&ctatx i elle semble ne rien distioguer , et cependant elle ofcawve tout. Son front était couronné d'une guirlande de genêt fleuri ; elle balançait dans sa rajain, avec on geste bkaarre» une touffe de pUooes noires <pie le» aigles déposent sw te rocher, triste* dépouille» (te teor aite. Elle avait elle-même recherché une semblable dépouille dans les lieux où à peine k chèvre peut monter. Elle découvrit d'abord le plaid de tartan , et poussa un cri aigu , auquel répondit l'écho des rochers; ef aussitôt qu'elle reconnut le costume des basses-terres , elle se prit à rire comme une insensée , se tordit les mains , pleura et chanta. . . Elle chanta ;sa voix, oa^es temps itycaUems» fut peut-être uwie à la harpe, ou au luth 4 maintenait, «quoique plus rnde et pins sauvage* elle eut encore de la douceur en ses étranges accords.

fcGMÀNCB DE BLANC RH.

Ils iii 7 invilent au sommeil,

Leur présomptueux conseil

Dit <jue ma raison s'altère, "

Et an'iuie dmrieug amére v • . .

Aigrit mon âme en éveil.

An- repos sur la coHlcfe

Je b* «w**f v& 1wjP»« Et la prière divine \

Ici ne peut m'inspirer* Mais si j'étais sut la rive Où (PAllau le flot dérive, . Oà Ai Bmn *tt 1» cDWf, Que le somme aurait de charmes !

Que la prière et Jcs larmes Flatteraient mes trisles Jours !

cmantiv: T

Ailiti' dt ma chetctare Ils avaient tressé les nœuds ; A l'église sans murmure Us traient guidé mes vœux ; C'était mon jour d'byosénée, Disaient-ils ; ma destinée Allait trouver le bonheur»

Ah ! maudit soit l'artifice Qui dam on noir sacrifice Perdit ma simple candeur \ Et maudit soit l'heureux songe Dont la fit*, cruel mensonge, M'éveilla pour la terreur !

« Quelle est cette jeune fille ? Qtfe signifie son éhanfr? Que faitelle sur œtte hauteur escarpée? Son manteau gris flotte comme les ailes du héron qui , durant le crépuscule , s'approche d'une source pure. » « C'est Blanche de Devan , répondit Murdoch ; c'est une folle , une captive des basses-terres , qui fut enlevée un matin parles maraudeurs, lorsque Roderîck vint ravager les bords du Devan , et c'était le jour même où elle allait recevoir la bénédiction nuptiale, comme fiancée à un montagnard du pays. Ce même fiancé fit résistance , mais il tomba vaincu sous la lance de notre chef illustre. Je suis surpris de la voir maintenant en liberté ; mais elle échappe souvent à sa geôlière. Allons , fire insensée, retire-toi ! » dit- il, en levant son arc. « Si tu oses la frapper, s'écria Fi tz- James, je te précipiterai du haut de ce rocher , aussi bien que jamais paysan d'Ecosse lança une barre. » « Merci , digne chevalier* merci , eria la folle en venant se placer aux côtés de Fitz- James. Vois les flèches et les ailes que je préparer pour chercher mon bien-aiméà travers les airs ! Je ne prêterai point à ce garçon barbare une seule de ces plumes enchantées pour adoucir sa chute. Non, au milieu des rochers disjoints, les loups s'abattront sur ses membres brisés, son plaid détesté flottera dans l'air , suspendu par les buissons et les ronces ; il flot-

tera comme une bannière , il servira de signal aux bêtes sauvages pour venir dévorer son cadavre sanglant. »

« Calme-toi, pauvre fille, calme-toi, >» lui dit le chevalier. « Ob ! ton regard est bienveillant, reprit-elle, et je veux reconnaître ton généreux service. Mes yeux se sont desséchés à force de verser des larmes , mais ils aiment encore le drap vert de Lincoln ; mon oreille est devenue insensible à toute espèce d'accord , et cependant elle aime toujours les accents de la plaine. Mon doux William était aussi un vrai chasseur ; il avait su ravir le cœur de la pauvre Blanche ; son vêtement était aussi de la couleur du vert feuillage, et doucement aussi il murmurait les chants de mon pays natal ! Ce n'était point ce que je voulais dire, mais tu es docte et me comprends. » Alors sa voix , tour à tour basse et entrecoupée, lente et rapide, fit ouïr le chant qui va suivre, et pendant lequel ses yeux étaient fixés avec crainte sur l'homme du clan de Roderick , en même temps qu'ils regardaient le chevalier, et qu'ils plongeaient dans la vallée.

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