LA CHANSON DU SOLDAT
Notre sage vicaire Soit en ut on bémol, . Dit, lorsqu'il monte en chaire.
Que saint Pierre et saint Paul, Ennemis de la bière, Ont maudit le grand bol Où puise notre Terre.
Que nous fait leur courroux !
De ce jus salutaire Dont ils étaient jaloux, Amis, enivront-nout Jusqu'à rouler par terre Comme des sapajous ; Et nargue du vicaire !
Kotre sage vicaire Dit que d'une bergère, Chiffonner les attraits Sur la verte fougère, Est un i'e ces forfaits Que le ciel n'absout guère ; Que c'est chercher Satan, Qui, sous l'épais tartan Et la gaae légère, Se cache avec mystère, 12t que, par les regards D'une jeune commère, 11 nous lance ses dards.
M'importe ! ami sincère, A celle qui t'est chère Ne crains pas de ravir Ce baiser qu'on diffère, Dût la belle en rougir ; Et nargue du vicaire !
Notre sage vicaire
Prêche ainsi dans sa chaire ;
Cependant pourquoi non ?
Son utile sermon
Lui vaut bon numéraire,
Bon via, poule et chapon*
Le droit de son office '
Est de mettre à rançon
Le laïc dont le vice
Empiète parfois
Sur l'église et ses lois.
Pour nous, armés du verre,
Buvons en gais lurons
A nos jeunes tendrons,
Et nargue du vicaire !
Le qui-vive de la sentinelle, qu'on entendit soudain au milieu de ces bruyantes clameurs, les interrompit aussitôt. Un des soldats courut à la porte et s'écria : « Camarades, voici le vieux Bertram de
LA JDAttE /DU LAC.
Gand ; que le tambota* batte peur le recevoir ! Le ménestrel amène une jeune fille avec lui. «Bertram, vieux Flamand couvert de cicatrices, entra dans le corps-de-garde. Avec lui étaient un ménestrel et une jeune fille des montagnes, enveloppée étroitement dans un plaid, qui se retira à l'écart pour échapper à la vue d'un spectacle indécent et d'une bande joyeuse. « Quelles nouvelles?» s'écrièrent ils. «—Je saisseutement quedepuis midi jusqu'au déclin du jour nous avons combattu un ennemi aussi sauvage que ses montagnes, et aussi indomptable que les bêtes fauves qui l'habitent. Des deux côtés beaucoup de sang a coulé : aucun deé deux partis ne peut se vanter de la victoire. » — « Mais quels sont ces prisonniers, l'ami? un tel butin doit être sans doute la récompense de ton courage. Tu deviens vieux, la guerre est un métier trop rude; tu as maintenant une jeune fille et une harpe : achète un singe, et parcours le pays en qualité de chef d'une bande de jongleurs (2). »
« Non, camarade, je n'ai pas cet espoir : .c'est après le combat que ce vieux ménestrel ■* celte jeune 'fille ont rejoint notre camp ; et, ayant obtenu une audience du comte de Mar, il m'a ordonné de leur procurer un-cheval et de les amener ici. Modérez votre joie et ce bruit qui effraie résonne de vous n'osera les faire rougir ni les offenser. » — «Entendez-vous sa vanterie? s'écria Jean de Gand, toujours enclin à chercher querelle. Quoi donc! il frappa la biche près de notre logis, et sa jalouse avarice refusa la part du forestier! J'auraUatœieone sur ce gibier, en dépit de Moray, de Mar et de toi. » Il s'avance, et JBertram l'arrête. Enflammé parle désir de la vengeance, le vieux Allan, quoique peu propre au combat, met la main sur sa dague ; mais Hélène se place hardiment entre eux, et laisse tomber son manteau de tartan. Ainsi dans une matinée brumeuse apparaît le soleil de mai à travers lé nuage que ses rayons viennent de gercer . Cette fa-
touche BèM&tttqoe la contemple comme un ange descendu du ciel sur la terre; le hardi Brent lui-même, honteux et coMondu, s'arrêta maet d'admiration et de stupeur humiliée.
VÏÏI.
Hélène leur parle arec assurance : « Soldats, écoutez-moi,' leur dit-elle ; mon père fut l'ami des soldats, il vécut avec eux dans les camps, il les guida au milieu des périls, et, avec eux, arrosa de son sang plus d\m champ de bataille ; ce n'est point d'un brave que la flHe d'un banni recevra un outrage, » Brent, toujours le plus ardent pour le bien comme pour 1e mal, répondit : « J'ai honte de moi et de mes torts, Eh quoi ! tu es la fille ifim proscrit, pauvre enfant! Moi aussi je suis un proscrit, en vertu des lois sur les forêts, et la fertile 'Needwood e& sait la cause. Ma pauvre Rose !... SimaCRoBe vit encore, ajotita-t-il en essuyant une larme, échappé de son œil d'airain, elle doit avoir, je pense, le même âge quetoi . . . Écouter moi, camarades, je vais au' château chercher le capitaine ; je pose ma hallebarde sur le plancher, et quiconque 1a dérangera pour feire injure à cette jeune fille recevra de moi une flèche qui lui percera le cœur. Prenez garde de tenir des propos inconvenants et de vous permettre des plaisanteries grossières t vous connaissez Jean de Gand, c'est assez. »
Le capitaine arriva. C'était un brave jeune homme, issu de la famille de Tullîbardine, et qui n'avait pas encore reçu les éperons de chevalier; il était de tonne mine et de joyeuse humeur, et quoique la courtoisie modérât ses paroles, son air hardi déplut à la fière Hélène, qui supporta difficilement l'examen de ses regards Curieux et pénétrants. Néanmoins, le jeune Lewis était loyal et généreux, mais la beauté et la grâce d'Hélène, si peu d'accord avec son costume et le lieu de la scène, pouvaient faire naître des doutes étranges et donner un champ libre à l'imagination ardente de l'officier enthousiaste. « Soyez la bien venue au château de
Stirling, jeune fille $ venez réclamer le secours d'un champion, sur un blanc palefroi, avec un ménestrel chargé d'années, et comme une damoiselle errante des temps passés. Votre naissance exige- t-elle un chevalier, ou un écuyer sera-t-il suffisant? » Elle lança de son œil une vive étincelle, resta un moment sans parler et soupira: «Oh! qu'ai-je affaire, dit-elle, avec l'orgueil de la naissance? A travers des scènes de chagrin, de confusion et de querelles, suppliante pour le salut d'un père, je viens solliciter une audience du roi. Voilà pour obtenir la grâce que je de* mande , un anneau , gage royal de reconnaissance donné par le monarque à Fitz- James. »
Le jeune Lewis prit l'anqpau d'un air respectueux et le regard altéré } puis il dit à Hélène: « Ce signe nous prescrit nos devoirs; pardonnez , madame, si trompé par le voile qui cachait un mérite et. un rang si distingués , j'ai pu manquer d'égards envers vous. Dès que le lever du jour sera ouvert , le roi saura quelle personne désire lui parler. En attendant , daignez , dans un appartement convenable, vous reposer jusqu'au matin à l'heure de son lever : une suivante exécutera vos ordres en tout ce que vous pourrez désirer pour votre toilette ou votre service. Souffrez que je vous indique le chemin. » Avant qu'elle le suivit, Hélène , avec la grâce et la bonté familières à sa famille, remit sa petite bourse aux soldats pour être partagée entre eux ; le seul Brent , avec une discrétion et un air un peu brusques , refusa de recevoir sa part de l'or offert par la jeune fille. « Pardonnez , lui dit-il , à la franchise d'un cœur anglais et à son manque apparent d'égards; je ne demande que la bourse vide : je la suspendrai à mon casque d'acier, et elle ne me quittera point dans les périls de la guerre où de plus brillants cimiers n'oseront paraître. » Des remerctments, voilà tout ce que pouvait lui adresser Hélène , et elle les lui offrit en échange de sa grossière courtoisie.
Lorsqu'Hélène fut partie avec Lewis , AUan adressa une demande à Jean de Brent : « Ma jeune dame étant en sûreté, accordez-moi la grâce de yoir mon maître : je suis son ménestrel , accoutumé à partager son sort depuis le berceau jusqu'à la tombe. Mes ancêtres , depuis la dixième génération , ont éveillé leurs lyres pour sa noble maison ; aucun des leurs ne fut connu qui ne préférât l'intérêt de cette maison au sien propre. Avec le chef commencèrent nos soins : notre harpe doit charmer les premières années de son héritier , lui apprendre les récits de batailles et chanter ses exploits à la chasse ou dans les combats. Dans la paix, dans la guerre , nous avons notre place à ses côtés; nous égayons ses repas, nous essayons de bercer son sommeil ; nous ne le quittons qu'après avoir déposé sur sa tombe le douloureux tribut de nos vers. Qu'il me soit donc permis de partager sa captivité : c'est un droit que je vous prie de ne point me refuser. » — « Nous autres hommes du Sud, répondit Jean de Brent , nous nous inquiétons peu dune longue génération; nous ne savons point comment un nom, un mot rend des hommes vassaux d'un lord : cependant, je me rappelle les bienfaits de mon seigneur et maître ; Dieu bénisse la maison de Beaudesert ! Si je n'avais mieux aimé tirer le cerf que de guider à la charrue le bœuf pesant , je ne serais pas ici hors la loi. Viens , mon bon vieux ménestrel , suis-moi ; tu reverras ton maître et ton chef. »
Alors , détachant d'un crochet de fer un énorme trousseau de clefs , Jean de Brent alluma une torche et conduit Allan à travers une voûte grillée et des passages affreux. Ils franchirent des portails où l'on entendait les gémissements des prisonniers et le bruit de leurs chaînes ; ils passèrent sous des voûtes ou étaient réunies les instruments de la torture, la roue , la hache, le sabre
du bourreau , et mille autres objets horribles pour arracher les membres du corps , écraser les têtes : objets inventés par des artistes qui trouvèrent honteux et criminel de leur donner un nom. Itt s'arrêtèrent devant un porche bas et sombre*, et Brent remit la torche à Àlhm , tandfs que lui-mêtoe roulait les verrous et la chaîne qui fermaient cette entrée , et qu'il en détachait la grosse b&rre de fer. Ils entrent. Ife voient une chambre <fe- prison obscme et bien gardée, mais ce n'était pas encore un cachot , car le jour- y pouvait descendre à travers les hauts grillages qui la garnissaient, et des meubles antiques y étaient placés sur un parquet de chêne, sans doute pour un captif de haut rang. « Ta peux rester ici, dit Jean de Brent à Àllan , jusqu'à ce que le médecin revienne faire sa ronde : îPlui est ordonné de visiter souvent Je prisonnier et dé le bien traiter: » Disant ces mots, il seretfra, remit le verrou et fit crier derechef les gonds et la serrure. Réveillé à ce brait , un prisonnier leva faiblement la tête d'une couche basse; le ménestrel étonné regardait reconnut, non son maître chéri , mais Koderick-Dhu ! Comme le ménestrel arrivait du lieu où le clan d'Alpine avait combattu , les soldats avaient cru , par erreur , que c'était le chef montagnard qu'il cherchait.
Comme un vaisseau dont la proue orgueilleuse ne fendra plus les vagues , abandonné par son équipage, gtt étendu sur la plage au milieu des brisans, ainsi repose Roderick sur sa couche solitaire. Souvent il a remué ses membres épuisés par la fièvre, il s'est souvent relevé en sursaut,* et de même que le aavire, lorsque ses flancs sont ballottés par les flots qui s'avancent et le frappent de. leurs coups éternels , sans qu'il puisse se remettre en mer, de même Roderick se débat vainement sur son grabat de douleur. Qu'est devenu son pas libre et assuré sur la montagne et dans la plaine? Dès qu'il put reconnaîrre le ménestrel. Où est, lui cria- Mi, où. est ta dame ? qçi'est-elle devenue? quelle nouvelle de mon
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clan y de ma mère , de> Douglas*! dis-aro t»tte!:(3ttÉfrita éW ma** trainfej dans ma ruine? Ah! ouiy car auto nrorttswAris4û icf? Parie cependant , parle avec hardiesse, ne erm» rien (cw>i4 sfo* perçut qu' A tiân, qui connaissait bien sen son oanaclèrw, éUatsirâi de douleur et d'effroi ). Qui a combattu , qpt 1 w succombé? vieil* lard , sois bref; il en est qui ont dû fuir, car ils avaient perdu leur chef. Quels sont ceux qui ont lâchement consenti de survivre? Quels sont ceux, qui ont péri en braves-? ».— » «Oh ! c*lme-toi, lui répondit le ménestrel : Hélène est sauvée. » — « Pour cela , je remis grâce: an ciel, h— « Et des espérances nous restent pour Dougtaft. Lady Marguerite est oust en sÉmté; et, à l'égard de ton» claa v jamaifr harpe de ménestrel n'a redit de combat si meur^< trier et. si terrible. Le pin de ta bannière, est encore: debout, quoique plus. d'un, rameau en ait été coupé et abattu. »
Le chieftain se leva sur son séant. Le feu de» la fièvre étincelait dans ses yeux ; mais des traits pâles et livides se remarquaient sur ses joues et son front basané, « Ecoute* ménestrel : je 1 t'ai en~ teadu chanter avec des accents énergiques et bien cadencés* à nos jours de fête , dans cette île solitaine où le barde ntenflani?* niera plus le guerrier, cet air belliqueux qui résonne haut en rappelant notre victoire sur la race (faDermid : répète-le v je t'en prie (3); et 1 puis, car tu le peux, plein de l'enthousiasme inspipirateur du ménestrel, fais-moi la. description delà bataille où mon clan a rencontré le fier Saxon. Je t'écouterais jusqu'à ce que mon imagination se représenta le cliquetis des épéeset œ fracasdes lanceSi Akws ces grilles, ces. murs s'abaisseront devant moi pour ne plus me montrer que ce champ de oarnaga, et roeaame libre prendra son dernier essor du sein de la mêlée. » Le barde tremblant obéit avec respect. H posa lentement la main sur sa harpe-, mais bientôt le souvenin du combatdont il avait été témoin du. haut de la montagne, joint au récU que le vieu£,Berlr<aflu
lui a fait la nuit précédente, éveilla toute la puissance de son génie et lui permit de fournir une plus longue carrière. Tel un navire lancé du mage sur le lit du fleuve quitte d'abord la rive avec lenteur et timidité , mais dès qu'il a gagné le milieu du courant, il vogue aussi vite que l'éclair.
LA BATAILLE DE BEAL 'AN DUINE.
« Le ménestrel vint contempler une dernière fois la cime orientale de Ben venue, car avant de partir il voulut adresser un dernier adieu au charmant lac d'Acbray... Où trouverait sur la rive étrangère un lac aussi solitaire , un rivage aussi doux ? Aucune brise n'agite la fougère et ne ride la surface des eaux de ce lac. Le héron sommeille dans son aire ; le daim a regagné le taillis; les oiseaux ont suspendu leurs chants mélodieux; la truite agile repose tranquille au fond des ondes , tant est sombre ce nuage qui annonce la tempête et qui enveloppe d'un manteau de pourpre le faite lointain du Benledi. Est-ce la voix solennelle du tonnerre qui murmure profonde et menaçante , ou le pas mesuré du guerrier qui foule le sol retentissant? Est-ce le feu tremblant de l'éclair qui x étincelle sur la forêt, ou sont-ce les derniers rayons du soleil qui brillent sur les épées et les lances des guerriers? Je vois le cimier du comte de Mar; je vois l'étoile d'argent de Moray resplendir sur le nuage saxon qui s'avance en serpentant vers le lac. Pour le héros amoureux des combats , pour le barde ambitieux d'un chant martial , un seul regard sur cette ligne de bataille vaudrait dix ans d'une vie tranquille.
« Les archers , légèrement armés , occupent le sol boisé ; le centre offre une épaisse forêt de piques et de lances ; leurs cavaliers bardés de fer se tiennent à l'arrière-garde, rangés en ordre
de bataille. Qn n'entend ni cymbale , ni clairon , ni cornemuse , ni tambour; dans une marche silencieuse et sombre on distingue seulement le pas pesant des guerriers ou des chevaux et le bruit des armes. Aucune brise ne s'élève pour balancer les cimiers ou les étendards : à peine le frêle peuplier semble frémir en ombrageant leur route. Les éclaireurs n'apportent aucune nouvelle de l'ennemi, soit qu'il se montre, soit qu'il se tienne en embuscade. On ne découvre aucune trace d'espions, à moins qu'on ne mette en fuite le cerf timide. L'armée se meut comme une vague profonde de l'Océan , qui ne rencontre nul écueil à braver , et qui s'enfle , s'augmente , sombre et avec lenteur. Le lac est dépassé , on gagne une plaine étroite et inégale vis-à-vis les gorges arides de Trosach *. Ici les cavaliers et les fantassins font halte , pendant que les archers s'engagent dans le défilé pour en explorer les passages dangereux.
« Tout à coup de ce sombre et étroit passage s'élève un cri si sauvage et si formidable , qu'il semble que tous les démons qui furent précipités du ciel aient poussé leur cri spontané de ralliement infernal. Les archers reparaissent en désordre, repoussés du défilé comme l'ivraie chassée par le vent du ciel. « La vie ! la vie ! » s'écrient-ils dans leur fuite ; et leurs cris d'épouvante se mêlent aux clameurs sinistres de ceux qui lés poursuivent. Les plaids et les toques se balancent dans les airs ; les claymores étincellent et se choquent avec bruit ; devant cette vague de fuite et de poursuite, comment la forêt de lances gardera-t-elle sa place? « Baissez, baissez vos lances ? cria le comte de Mar; repoussez à la fois amis et ennemis ! » Comme des roseaux devant le choc de la tempête , l'épaisse forêt de lances s'abaisse en un moment au niveau du sol, et les rangs hérissés de fer et serrés de plus près, épaule contre épaule , reçoivent l'attaque. « Nous détruirons les
l Ce mot Trosach, en écossais, signifie aussi défilé, a. m.
SPJL LA D&M& DU l^C.
sauvages montagnards , comme leur tinttel» 1 U&fa gibier. ,11s, s'avancent aussi légers, que des c^fcjjious. les rendrons aussi trant quilles.
XVIII, « Devant eux» dans leur coursa irrésistible lesbomnaeedu clan d'Alpine refoulent les restes des archers,, comme une, vague, qui emporte avec elle des tourbillons* d'écume. Ils brandissentsur leurs tôles leurs claymores qpi resplendissent comro* des.rayon£ de lumière, et, serrant leurs noirs boucliers v ils fondent snr l'ennemi avec la môme, fureur que l'aile, pesante de la tempête bouleverse l'Océan» J'ai entendu le fracas dea lances, en se rompant, comme le frêne que déchire l'ouragan v j'ai, entendu, le fracas meurtrier des claymores, semblables à celui de mille en* clumes resonnant à la fois. MaisMoray ût faire un détour à son arrière- garde et prit en flanc les cavaliers du Clan d'Alpine. *En avant, mon porte- étendard, s'écria- t-il , en avant! Je vois leur colonne qui s'ébranle; maintenant,. soldats, pour l'amour de vos dames , fondez sur eux avec la lance ! » Les cavaliers se précipitent au milieu de la déroute , comme des cerfs à travers les genêts -, leurs chevaux sont pleins de feu , leurs glaives. sont tirés du fourreau : ils se font bientôt un espace vide en. éclaircissant les rangs des montagnards. Les meilleurs guerriers du clan d'Alpine ont succombé : où donc, où donc était alors Roderick ? Une seule fanfare de son cor de buffle eût valu mille soldats. Les flots de combattants qui avaient franchi le défilé terrible durent le repasser en pleine déroute. L'épée redoutable du Saxon cessa d'être visible, la claymore des montagnes ne le fut point davantage. De même que la crevasse si noire et si profonde du rocher de Bracklin reçoit Tonde qui s'y précipite à grand bruit,, ou comme les noires
i . Cercle de chasseurs qui, enTeioppan^ u» grand espace du terrain* et te resterrant graduellement, prennent une quantité considérable de cerfs a la fois, lesquels font ordinairement des efforts désespérés pour rompre le tinchel. (Note anglaise.) y - A. M.
caverne* de raMmetatimni le» Murages > UMNrMUMn» .do: même ' l'étant et so»hre.défil4 dévora le» masees mêlées de wdeurenx . guerriers^ il ne reste plus dans la plaine» et sut le champ de ba*taille q-ye ceux qui ne combattront pbia«L
« Maintenant le fracas delà bataille se prolonge vers l'Ouest do profond défilé. Fuis, ménestrel! le travail du destin est presque achevé, l'issue est proche, la victoire va se décider au lieu où l'affreuse gorge de Trosach s'ouvre sur le lac Kalrine et sur l'île solitaire. J'ai repassé le Benvenue ; le lac Katrine est sous mes yeux, le soleil est couché; les nuages sont réunis; l'aspect sombre du ciel a répandu une couleur d'encre sur le lac profond; le vent * par intervalles descend de la montagne dans la vallée, balaie les flots tranquilles du lac et s'assoupit de nouveau. Je ne fis nulle attention au soulèvement des vagues ; mes yeux n'apercevaient que la gorge de Trosach ; mon oreille n'entendait que le bruit sinistre qui, comme un tremblement de terre, ébranlait le sol où se livrait le combat. Je ne songeais qu'à cette lutte meurtrière et désespérée qui, à l'oreille du barde, sonnait le glas de tant d'ames se séparant de leurs corps. Le tumulte approche; le flot guerrier revient du défilé, mais non plus en désordre ; les soldats du nord se montrent avec leurs plaids et grond ent comme le tonnerre sur la cime et le flanc de la montagne, tandis que dans le fond, près du lac; apparaît le sombre nuage des épées saxonnes. Chaque bataillon , harassé de fatigue, s'arrête avec fierté en observant ' l'ennemi ; les bannières flottent comme des voiles déchirées qui abandonnent leurs lambeaux à la brise, et les armes rompues et dispersées attestent l'affreux carnage de celte journée.
« En regardant te revers et le sommet de la montagne , lesrî Saxons se tenaient dans un etranse pénible , j osqa'au moment où
Moray, tournant la pointe de sa lance vers le lac, s'écria : « Voyez cette lie ! il n'y a plus pour la défendre que de faibles femmes qui se tordent les mains de désespoir ! C'est là qu'auparavant ce ramas de voleurs entassait son butin. Je promets ma bourse remplie de pièces d'or à celui qui nagera une portée de flèche et amènera une des chaloupes attachées au rivage. Alors nous apprivoiserons facilement ces loups, quand nous serons maîtres de leur antre, de leur progéniture et de leur vallées. » Un lancier sort des rangs, pose à terre son casque et sa cuirasse et plonge dans l'onde. Tous les montagnards aperçurent l'action , devinèrent le but et poussèrent des clameurs que les échos de Benvenue répétaient au loin. Les Saxons, de leur côté, encouragent par leurs cris leur compagnon qui nage ; les femmes, au désespoir, jettent des exclamations d'effroi , tandis que les montagnards en élèvent de rage. Ce fut alors que le ciel menaçant ouvrit soudain ses nuages, un épais tourbillon balaya le sein du lac Katrine, dont les flots soulevés lancèrent des masses d'écume, de façon qu'elles dérobèrent pour un moment le nageur à la vue des archers montagnards, qui faisaient pleuvoir sur lui une grêle de traits. C'était inutilement. Il approchait du bord. Voyez ! sa main est sur l'anneau de la chaloupe. Un éclair brille et sillonne la vague ; je découvre une
femme, la veuve de Duncraggan, je l'aperçois debout derrière un chêne et brandir dans sa main un poignard nu. L'obscurité revient ; mais à travers le mugissement des flots j'entends un soupir d'agonie. Un second éclair paraît; et je vois le lancier, dont le corps se débat au milieu des barques ; cette femme intrépide fond, sur lui, et sa main et sa dague se baignent de son sang.
« Vengeance ! vengeance ! crient les Saxons ; et les montagnards répondent par des cris de victoire. En dépit de la fureur des éléments», ils allaient tous recommencer le carnage ; mai*
ayant qu'ils en reyinsent aux mains; un chevalier, couvert de poudre et l'éperon tout sanglant, paraît sur un rocher et balance un blanc étendard entre les deux années. Le clairon, la trompette résonnent près de lui, tandis qu'au nom du roi d'Ecosse la voix d'un héraut défend de prolonger le combat ; il annonce que le lord de Bothwell et le vaillant Roderick sont tous deux prisonniers. » Ici le lai s'interrompit soudain, la harpe s'échappa des mains du ménestrel ! Il avait plus d'une fois jeté comme à la dérobée un regard sur Roderick, afin de voir quel empire ses accents pouvaient avoir sur son âme indomptable. D'abord le chef, la main levée, battit faiblement la mesure ; bientôt le mouvement cessa ; néanmoins une. sensibilité forte variait son regard, suivant les diverses modulations du chant; à la fin, son oreille, devenue insensible, n'eut plus le pouvoir de saisir l'harmonie du barde : son visage s'altéra, ses mains se fermèrent convulsivement, comme si quelque douleur subite avait déchiré les fibres de son cœur ; ses dents claquent en se louchant ; son regard se flétrit et s'éteint. Ainsi, sans mouvement, sans plainte, le vaillant Roderick exhala son dernier soupir. Le vieux Allan Bane le considérait d'un œil effaré, dans ce moment d'agonie où son âme s'en allait ; mais dès qu'il vit que la vie était éclipsée, il entonna son chant funèbre sur la couche du défunt.