LE LAI DU CHASSEUR PRISONNIER
Du perchoir «t du capuchon S'e«t lassé mon hardi faucon ; Mon limier paresseux murmure ; Et dans son cruel abandon , Prend en dégoût sa nourriture ; ,Dans retable. à son rate U«r, Impatient de la pâture, Hennit mon généreux coursier.
Moi-même, .djtna mon esclavage, Du malheur subissant les lois, Je languis cent fois davantage.
Oh ! je voudrais, comme aataeCois, Au gré de ma tant douce envie, Chasser ie cerf au sein des bots, Ltarc tondu, la meule assouvie De sang, de fatigue à la fois :
Car telle alors -était ma vie.
tenais âme uretr te 'temps Par le carillon monotone ' De l'airain aux coups sourds et lents, . . Oai|rtir«ruert<iuet9(j»*lld 1 ttHoaiBe,
X)e qui les rayons vacillants Le long de la haute colonne, f onoe à -pouce 4afctt«m «atapaarls .
Le matin la vive alouette Écoulait mes naïfs accords ; djaifdflu du soie aux chants discorda Se taisait quand ma chansonnette Suivait le son bruyant des cors.
PeiKSi tourafbien tqueila rgteaibe Soit riche du faste d'un roi, 'Bétas! dans -ma douleur secrète, JBMe «si aan#< nul auvait pour mqi !
. , Je ne me 1ère plus dès l'aube,
Afin de chercher mon soleil
Dans l'œil d'Hélène an teint vermeil, Et dont la réserve dérobe Son charme à nul autre pareil, Ou de chasser le daim timide En traversant le vert gazon Pour revenir a la maison La tête de rosée humide, Y trouver un accueil joyeux, Et mettre aux pieds de mon amie Mon trophée agreste et poudreux, Tandis que le soir et ses jeux Berçaient ma paupière endormie.
Hélas! cette agréable vie Qui m'avait fait l'égal d'un roi, A mon amour est donc ravie ; Elle ne rira plus pour moi !
Ce lai , propre à jeter de la mélancolie dans l'âme, était à peine achevé, Hélène n'avait pas encore tourné la tête, une larme coulait de sa paupière, lorsque le bruit d'un pas léger vint resonner à son oreille , et lui fit voir près d'elle le gracieux chevalier du Snowdouo. Elle s'éloigna vite de la fenêtre, de peur que le prisonnier ne recommençât son chant. « Oh ! soyez le bien venu, brave Fitz- James, lui dit-elle ; comment une fille presque orpheline pourra-t-elle acquitter sa dette envers vous? »... « Ne parlez pas ainsi, repartit le chevalier ; vous ne me devez aucune reconnaissance. Il ne m'appartient pas, hélas ! de conserver la vie à votre noble père ; je ne puis que vous servir de guide, jeune fille intéressante, et vous accompagner auprès du roi d'Ecosse. Ce n'est point un tyran, bien qu'il soit fort sujet â la colère et à l'orgueil, et que cet orgueil blessé lui fasse oublier son bon naturel. Venez, Hélène ; venez, il est plus que temps : il tient sa cour de bonne heure. » Le cœur palpitant, le sein agité, elle prit le bras du chevalier comme celui d'un frère. Il essuya avec empressement une larme qui tombait de la joue d'Hélène, et lui glissa â l'oreille quelques mots d'espérance et de joie. Il conduisit ses pas chancelants à travers des galeries resplendissantes, sous de hautes
arcades, et ils arrivèrent enfin jusqu'au portique dont les deux ailes s'ouvrirent pour leur livrer passage.
L'appartement où ils pénétrèrent brillait de l'éclat des bougies, et était rempli d'une affluence de courtisans. Cet éclat éblouit les yeux de la jeune fille, comme lorsque le soleil couchant pare de mille couleurs la scène d'un soir d'été, et que l'imagination convertit en chevaliers aériens et en dames fantastiques. Hélène demeurait immobile auprès de Fitz- James ; elle fit quelques pas timides en avant, leva lentement sa tête baissée pour regarder d'un air craintif ceux qui l'entouraient, et pour chercher celui de qui dépendait son destin, le terrible monarque. Elle observa plus d'un port majestueux, vraiment digne du sceptre et bien fait pour tenir une cour : elle remarqua bien des costumes superbes ; et puis elle se retourna comme égarée et surprise ; car tous avaient la tête découverte; et dans le palais Fitz- James seul gardait sa toque et son plumet sur sa tête. Les yeux des dames et des courtisans étaient comme attachés sur lui. Au milieu des fourrures, des soies et des joyaux précieux, il restait, en simple babil de drap de Lincoln, au centre d'un cercle éblouissant : le chevalier du Snowdoun était le roi d'Ecosse lui-même (4).
Comme une guirlande de neige sur le flanc de la montagne glisse du rocher qui lui servait d'appui, la pauvre Hélène abandonne le bras du monarque et se jette à ses pieds ; sa voix étouffée ne trouve aucune parole : elle montre l'anneau, et joint ses deux mains. Le bon prince ne put résister plus long-temps à ce regard suppliant ; il releva la jeune fille, et fit cesser d'un coup d'œil le sourire du cercle qui l'entourait. Avec grâce, mais avec gravité, il dépose un baiser sur le front d'Hélène, et lui dit de bannir ses craintes. « Oui, jeune fille, le pauvre Jacques errant
estsouwroia d'Éooflae? nacoaie^ui tes ■wrihenia, exprime-lui tes souhaits : il rachètera son gage. Ne rfemanflm rien pour Dosglas : hier soir, son prince et lui ont beaucoup pardonné ; il a été déchiré par la calomnie, et moi j'ai souffert de la révolte de ses amis. Nous n'ayons pas voulu accorder à la multitude ce qu'elle demandait par des clameurs ; calme, nous avons entendu et jugé sa cause : aidé de mon conseil et d'après nos lois, j'ai terminé les querelles acharnées de ton père avec le brave De vaux efle vieux
Glencairn -, et le lord de Both well est redevenu l'ami et le rempart de notre couronne. Mais, aimable infidèle, qu'est-ce donc ? quel nuage obscurcit ton front? Lord James de Douglas, aide-moi ; tu dois dissiper le doute de cette jeûna fille . »
Alors le noble Douglas s'avance, et sa fille se pend à son cou . Le monarque, à cette heure fortunée, goûta la plus douce, la plus sainte volupté de son pouvoir, lorsqu'il put dire, avec une voix qui tenait de l'autorité divine : « Lève-toi, vertu malheureuse, et triomphe! » Cependant le roi Jacques ne voulut pas que la cour fût long-temps témoin de ces purs transports de la de nature ; il sépara le père de la fille : « Allons, Douglas, allons ! ne me dérobez point ma prosélyte ; c'est à moi de Lui expliquer l'énigme qui a hâté cet heureux jour. Oui, Hélène, lorsque j'erre déguisé dans les chemins les plus humbles de la vie, c'est sous un nom qui voile ma puissance : ce n'est point un fanx voile ; car la tour de Sterling a jadis porté le nom de -Snowdoun (5), et les Normands m'appellent James Fitz- James. Je veille de 4a sorte au maintien des lois, f apprends ainsi à réparer, à redresser les torts. » Il ajouta d'an ton plus bas : « Ah ! petite traîtresse! personne ne doit savoir qu'une folle illusion, qu'une pensée plus folle encore, et qu'une vanité chèrement payée, jointe à la magie de ton œil noir, attirèrent mes pas ensoreelés vers la montagne de Benveirae, à une heure dangereuse et qui faillit livrer la vie de ton
souverain au glaive montagnard! » Il reprit son discours à haute voix, et dit : « Tu garderas toujours ce petit talisman d'or, comme un gage de ma foi : c'est l'anneau de Fi tz- James... Maintenant, que ht belle déclare ce qu'elle désire du roi. »
La jeune fille devina qu'il sondait la faiblesse de son cœur. Avec cette idée revinrent comme l'éclair ses craintes pour Grœme; mais elle pensa que la colère du monarque devait être allumée contre celui qui pour son maître avait tiré le glaive de la rébellion, et fidèle à ses sentiments généreux, elle implora la grâce de Boderick-Dhu. « Renonce à ce projet, répondit-il; le roi des rois peut seul retenir les ailes d'une vie qui t part. Je connais le cœur de Roderick, je connais son courage; j'ai partagé son repas et senti la force de son épée ; je donnerais le plus beau de mes comtés pour racheter la vie du chef du olan d'Alpine ! N'as- tu pas autre chose à me demander? n'as-tu pas un autre captif à sauver? » Hélène rougit; elle détourna les yeux et donna l'anneau à Douglas, comme afin de prier son père de solliciter pour elle la faveur qui la faisait rougir. « Non, non, dit le roi ; mon gage a perdu sa vertu , et ma stricte justice reprend son cours. Approche, Malcolm. » A ce mot, le jeune Grœme tombe aux genoux du roi d'Ecosse. « Personne n'implore ta grâce, jeune téméraire ! la vengeance réclame ses droits contre toi, qui, élevé sous mon aile, as payé mes soins par une vile trahison, et cherché dans ton clan fidèle un refuge pour un proscrit, déshonorant ainsi ton nom loyal : des fers et un gardien pour Grœme!» Le roi jette en riant sa chaîne d'or au cou de Grœme, et confie avec grâce à la main d'Hélène l'agrafe qui doit la fermer.
Harpe du Nord, adieu ! les collines se rembrunissent , une ombre plus épaisse descend sur les pics dorés par les derniers
Slft LA DAME DU LAC.
rayons du jour ; le ver-luisant brille comme une étincelle dans le taillis, aux lueurs du crépuscule ; et les daims, qu'on ne voit qu'à demi, se retirent dans le fond du bois. Reprends ta place sur ton ormeau magique; réponds au doux gazouillement de la fontaine, au léger sifflement de la brise, mêle ta noble harmonie à l'hymne du soir, à l'écho lointain des champs et de la prairie, à la cornemuse du pâtre et au bourdonnement de l'industrieuse abeille qui retourne à sa ruche. Adieu encore une fois ! harpe du ménestrel ! pardonne mon faible essai : je m'inquiète peu des traits que la sévère critique peut lancer sur mon lai paresseux. Que n'ai-je pas dû à tes accords dans le long voyage de la vie ! A travers les secrètes peines que le vulgaire ignore, lorsqu'à des nuits bien tristes succédaient des jours plus tristes encore, et où le chagrin, dévoré dans la solitude, semblait si amer 1 , c'est toi, divine enchanteresse, qui m'as fait surmonter de pareils tourments. Mais, silence! pendant que mes pas ralentis s'éloignent à regret, quelqiT esprit aérien a réveillé tes cordes : c'est tantôt la touche brûlante d'un hardi séraphin, et tantôt la touche légère de l'aile d'une fée riante : ces sons mourants s'affaiblissent de plus en plus en descendant le vallon inégal, et maintenant la brise de la montagne m'apporte un dernier son de cette magique harmonie qui se retire et s'évanouit. Déjà tout est silencieux ! Adieu* céleste enchanteresse, adieu !
' And bitler vas the grief devour'd alone.
Et le chagrio que je dévorais seul était bien plus amer. a. m.
CHANT PREMIER
(1) U*m-Var, montagne, dont le nom, qui signifie la G ran de-Caverne, est tiré d'une espèce de retraite environnée de rochers, et qoe la tradition dit avoir été la demeure d'un géant.
(t) Les chiens de chasse que nous appelons chiens de Saint-Hubert, sont ordinairement tout noire : néanmoins leur race est tellement mélangée de nos jours, que nous en yoyons de toutes les couleurs (tiré de l'ouvrage intitulé : le Noble art de la Chasse).
(S) Quand le cerf était aux abois, l'ancien chasseur avait la tâche dangereuse de courir dessus, -et de tuer ou de s'emparer de l'animal furieux. A certaines époques de l'année, on considérait cette entreprise comme plus périlleuse, parce que l'on pensait qoe le bois du cerf était alors empoisonné.
(4) Les clans, qui habitaient les environs du lac Kalrine, étaient habitués à des excursions sur les basses-terres, dans lesquelles ils considéraient le pillage, non seulement comme permis, mais même honorable.
(5) La superstition attribuait autrefois à certaines gens le don de seconde vue, c'est-à-dire la faculté de voir des objets invisibles autrement, et de prévoir par ce moyen les événements ayant qu'ils arrivassent.
(6) Les chefs celtes, dont la vie était continuellement en danger, avaient ordinairement dans le lieu le plus retiré de leurs domaines, un point de retraite pour le moment où ils pourraient en avoir besoin : c'était selon que les circonstances le permettaient, une tour, ou une caverne ou une cabane rustique dans une position forte et retirée. C'est dans une de ces cabanes que l'infortuné Charles Edouard chercha un refuge après la bataille de Culloden.
(7) Deux géants dont il est souvent question dans les romans de chevalerie.
(8) Les habitants des montagnes, qui portaient les vertus hospitalières à l'excès, considéraient comme très inconvenant de demander à un étranger son nom ou sa parenté avant qu'il se fût rafraîchi. Les querelles étaient si fréquentes parmi eux qu'ils eussent été souvent exposés à reconnaître un ennemi dans celui qui avait besoin de leur assistance.
(9) Il est certain que la harpe a été autrefois en usage dans les montagnes d'Ecosse. On ne sait comment elle en 'a été bannie pour faire place aux sons bruyants et peu harmonieux de la cornemuse.
CHANT SECOND
(1) Les chefs de clan des montagnes conservèrent, jusqu'à une époque très rapprochée, a leur service, un barde qui était une espèce d'officier" de leur maison. 11 connaissait la généalogie de toutes les familles des ^montagnes, était qu lquéfois précepteur du jeune laird, et chantait les hauts faits du 'clan et de ses chefs.
(2) L'ancienne et puissante famille de Graham ou Grœme possédait une grande étendue de pays dans les comtés de Dumbarton et Sterling.
(.5) On croyait que certaines harpes, qui avaient appartenu à quelque saint,
3li LA D4ME DU LAC.
a? aient le don de te (aire entendre sens qve personne les toueaàt, et de prédire l'avenir.
(4) On fait ici allusion à la chnle des Douglas de la maison d'Angus, sons le règne de Jacques V.
(5) Ces assassinats n'étaient pas rares à la cour d'Ecosse : la présence même du son? erain a Tait loovent peine à mettre nn frel» avi haines féroces et invétérées qui étaient une source perpétuelle d'effusion de sang parmi la noblesse d'Ecosse.
(6) L'état d'abandon et d'exil de cette puissante famille n'est point exagéré dans ce passage et les suivants.
(7) Très belle cascade dans le comté de alenteith.
(8) Archibald, troisième comte de Douglas, surnommé Tiue»Mcuu
(9) Les anciens guerriers, dont l'espoir et la confiance étaient principalement dans la lame de leurs épées, avaient coutume d'an tirer des présages* storlout lorsqu'elle* avaient été fabriquées par art magique.
(10J Les connaisseurs en cornemuse affectent de distinguer dans un pibreeh bien composé, les sons imitatifs de la marche, de l'attaque, de la fuite, delà, poursuite, «4 de tous les détails d'un combat.
(1 1) Le district de Lennox, qui entoure la partie inférieure du Loeh-Lomenjl» était particulièrement exposé aux incursions des montagnards, qui, entre autres, des* an combat sanglant, tuèrent deux cents de ces habitants.
(12) En 1829, Jacques V assembla un camp volant de dix mille hommes^ avee lesquels il battit la forêt d*Ellrick, et prit et fit pendre un grand nombre de chefs de bandits de la frontière de leurs associés. L'effet de cette sévérité fut tel qu'ont fat pendant Ion g -temps très tranquille, et que les troupeaux paissaient daoe 1% feril d'Ettrick en toute sûreté.
(15) Jacques était en effet très attentif à réprimer les rapines et l'oppression féodale dans toutes les parties de son royaume. 11 passa dans les Iles et y tint de* cours de justice dans lesquelles il punit les brigands et les traîtres selon qu'ils le méritaient. H emmena captifs avec lui beaucoup de chefs, et rétablit l'ordre et la paix dans les îles du Nord et du Sud.
(44) L'habitude de supporter la fatigue était si essentieUement.liée aux morar» d'un montagnard, que le reproche le plus sanglant qu'on pût lui faire était celui de la mollesse.
(iS) Cet officier est une espèce de secrétaire qui doit être prêt, en toute occasion, à exposer sa vie pour la défense de son maître. Dans les parties de table, il se tient debout derrière son siège, et observe la conversation, pour voir si quelqu'un offense la personne à qui il appartient. Un officier anglais, se trouvant à table avec un chef et quelques montagnards de distinction, eut avec ce personnage une dissertation soutenue asses vivement de part et d'autre ; un jeune homme qui remplissait cette charge, ne comprenant pas un mol d'anglais, s'imagina que son chef était insulté; il saisit son pistolet et en tira un coup à la tête de l'officier, mais l'arme ne partit pas, sans quoi il est plus que probable qu'il eût été tué par cette petite vermine.
CHANT TROISIEME
( i) Lorsqu'un chef avait l'intention d'assembler son clan dans une conjoncture soudaine et importante, il tenait un bouc, et faisant une croix de bois léger, il en faisait roussir les extrémités dans le feu, et les éteignait dansie sang de l'animal* C'était ce qu'on appelait la croix de feu ou la croix de la honte, parte que ceux qui