CHŒUR
Jamais ! voilà le sort nouveau Et digne de sa perfidie :
Non, non, jamais sur son tombeau Ife luira de flamme cbérie.
Le chant cessa ; une impression mélancolique et un triste silence lui succédèrent. Marmion, plus triste encore, crut que celte romance lui annonçait une disgrâce prochaine et une mort honteuse. Il se couvrit de son manteau le visage, et demeura quelque temps la tête appuyée sur sa main . Je ne puis mesurer ses pensées ; mais je gage que, si on avait pu les deviner, on aurait trouvé Te moindre de ses valets , dont le soin est d'attacher les chevaux à récurie, plus heureux que son maître , et qu'il n'eût point voulu au prix de tels regrets les riches domaines de Lutterward et de Fontenaye.
remords ! tes traits poignants se font sentir avec plus de violence et pénètrent bien plus avant dans les cœurs des hommes d'une haute naissance et d'une force analogues. Les lâches ont. pour châtiment la crainte, et ton art consista à torturer les braves*
Mais ils possèdent une énergie fatale pour exciter leur âme à supporter les blessures qu'elle reçoit, même alors qu'elle est accablée sous le yif aiguillon et sous le fouet qui la déchire. En effet bientôt lord Marmion releva la tête , et , souriant à Fitz-Eustace : « N'est-il pas étrange , lui dit-il, que ta romance ait paru à mon oreille comme le tintement lugubre de la cloche funéraire annonçant dans le cloître le départ d'une sœur pour l'autre monde ? Dis-moi , que signifie ce présage ? » Le pèlerin , alors , qui , pendant tout le jour , n'avait point proféré une seule parole , rompit enfin le silence et dit : « C'est la mort d'une amie qui te fut chère sans doute (2). »
Marmion, dont le cœur et le regard intrépide ne se démentirent jamais dans les plus rudes extrémités ; Marmion, dont l'âme hautaine n'eût pu souffrir l'air orgueilleux d'un roi, et dont l'accent d'autorité dans les camps réduisait au silence les plus hardis soldats, resta muet, baissa les yeux et sentit la rougeur lui monter au visage ; car dans le ton et l'aspect du pèlerin il y avait quelque chose de si propre à frapper sa conscience qu'il ne trouva aucune réponse. C'est ainsi .qu'il arrive souvent à un cœur déchiré par le remords de s'effrayer au simple bruit d'une plume : un seul mot prononcé par un ignorant confond parfois le sage , et les princes les plus superbes baissent quelquefois les yeux devant le moindre de leurs esclaves.
Marmion avait raison de chanceler : c'était par son aide que Constance Beverley avait été trahie, non qu'il pensât que le destin de cette beauté dût l'ensevelir vivante dans la tombe ; mais fatigué d'entendre cette fille désespérée de son abandon et passer tour à tour de la prière aux menaces ou aux reproches, et irrité contre
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elle de ce que, dans un moment de désespoir, elle avait attenté à la vie de Clara , c'était lui qui avait rendu la fugitive à l'église, pour y être non pas immolée» mais retenue esclave; et il pensait qu'on lui ferait expier dans un couvent éloigné ses torts et sa vengeance. Pour lui, favori de l'orgueilleux Henri , il craignait peu le$ foudres de Rome, assuré d'obtenir son pardon par une légère amende. Dans cette idée , il avait révélé aux moines la retraite deConstance, et ils avaient saisi leur proie. Ses gens s'imaginèrent que le page favori était abandonné par égard pour son âge ; ou si quelqu'un avait conçu des doutes , il n'osait point dévoiler ce qu'il pensait ou ce qu'il avait pu entendre : malheur à l'imprudent vassal qui eût osé épier et contrôler les privautés de son maître !
La conscience de Marmion sommeillait ; il pensait que Constance était bien, si ce n'est qu'elle pouvait être reléguée en sûreté dans un cloître lointain ; mais réveillé par la romance favorite de son muante et par l'étrange prophétie du pèlerin , il conçut une nouvelle crainte , et l'aiguillon envenimé du remords s'y joignit. De noirs récits présagèrent la vengeance monacale , et Constance, trahie et méprisée naguère, revint à son esprit plus belle et plus aimable que jamais, séduisante comme lorsque, pour répondre rappel du perfide , elle avait déserté les murs paisibles de son cloître, rouge de honte , muette de terreur, tremblante entre la fuite et la poursuite, jusqu'à ce que l'amour, victorieux de toutes ses alarmes , lut fit cacher ses craintes et ses scrupules dans les bras de son amant.
xvn.
«Hélas! pensait-il, combien elle, est changée depuis que des années de crimes et de déguisement ont assuré son front et armé ses regards autrefois si timides ! L'incarnât qui sur ses joues dé*
1» MAMffOft
celait la pudeur virginale a disparu ;, une mile résolatie* te remplace ; la frénésie* voilà sa joie > et le désespoir son. chagrin ; et moi j'en soi» la cause >. moi pour qui elle abandonna, elle immola son repos sur la terre et se* espécaaoe» dans» te ciel I BMM à Heu, ajoutât-il en rembrunissant le tableau, que j'eusse laissé la rose sur sa tige! Pourquoi faut-il que l'homme > après avoir triomphé d'une belle, oublie et rejette de sa pensée les charmes qui avaient fait naître son amour ? La solitude paisible du couvent est aujourd'hui la dure prison de Constance ; et, enfermée dans une étroite cellule , combien sou cœur va s'échauffer et se gonfler d'un légitime dépit ! Combien difficilement elle souffrira tes régies austères du cloître 1 Que sa pénitence lui sera dure , et c'est moi qui la cause! La voilà maintenant, abandonnée aux veilles et à la discipline, peut-être même à quelque chose de pire. » Deux fois Marmion se leva pour crier à cheval ! et deux fois le message de sou souverain» lui revint eu mémoire et Farrèta comme une vapeur humide éteint une flamme naissante; et deux foi* il se rassura en disant t « N'ai- je point commandé que sa vie restât sauve, bien que non libre? Ils d' oseraient , pour toute leur île, arracher un seul anneau de l'or boudé de sa chevelure. »
Tandis que te cœur de Marmion se débattait ainsi dans le repentir et la tarifasse ranimée, comme deux ouragans dont j'ai vis la puissance rivale dévaster le LecMFentfefcar , Fhôte babil* lard,qui avait entendu le discours du pèterin,reprR la parole dans les termes suivants : « Révérend pèlerin , voue qui voyagez des humbles terres d'Ecosse aux pays les plus éloignés, vous avez dû apprendre l'art de connaître le bien et le mal à venir par un mot, un signe on une constellation. Cependant un chevalier pourrait connaître son aert y dans an lie» tout voisinai, en digne cheva- , il méprise la crainte, s» rio* aïeux n'ont pas tftnqu&fe té-
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ge&Aft^hnRM. * Caft^panréfeMiàtàrest l'attention des-genada tord j car le vulgaire aime toojaurs le metusilleiix , et Mararïon penoefttant JtoMeraentà l'hôte de débiter soi histoire, il *ommença g«icRioi»t en ses tenues.