HISTOIRE DE L'HÔTE
« Un ofcare pourrait dire combien d'années se sontécoulées devais qu'Alexandre,, troisième roi de ce nom belliqueux, monta sur le toôae d'Ecosse, et à quelle époque également il vint trouver sir litige , ators^aigneur de notre village. Jamais homme plus braire ne tira «ne épée., jamais homme plus savant à l'heure de minuit ne {mnenga de paroles magiques : il est le môme que les anciennes ballades désignent sous le nom de fondateur de la grotte des Esprits (3). Je voudrais, sir chevalier, qu'un plus long séjour de votre part ici vous permît d'aller à cette grotte ou ca« % vécue. Vaste et profonde , elle est .située sous les voûtes du château. A la manière donile roc vif est taillé , dont le sol est pavé, et dont la voûte est arrondie , on devine aisément que nul bras mortel n'y travailla et qu'elle lut l'œuvre d'un magicien ; et j'ai entendu raconter à mon grand-père que les sauvages clameurs et le carillon de ces terribles artisans de l'enfer qui travaillaient sous l'ordre magique d'Hugo retentissaient aussi hauts que le fracas de l'Océan dans les cavernes de Dunbar.
« Le roi titamba immédiatement 1e château dntaid&HEQKd. Il alfa le trouver, resprittout ptem ffune pénible (inquiétude ; car il avait rassemblé tqute son année pour la passer en revue sur la côte occidentale , ayant appris que les navires norvégiens* et danois agitaient leurs rames à l'embouchure de la Glyde. Là brillait la bannière du superbe Hacon, sur les redoutables guerriers norvégiens (4), sauvages de .ccenr et robustes de corps ,
menaçant à la fois le continent de l'Ecosse et les lies de Bâte, d'Àrran , de Cunnmgham et de Kyle. Lord GiSbrd entendit du fond de sa caverne le cor d'Alexandre , et n'attendit -point de changer ses vêtements étranges de devin (5) , pour aller au devant du roi. Il sortit aussitôt , l'aspect fier et terrible. Son manteau était doublé de peau de renard blanc; son front, haut et ridé, était surmonté d'un bonnet en pointe , tel que les savants disent qu'autrefois en portaient les magiciens de Pharaon; sa chaussure était marquée de croix et d'emblèmes magiques ; le pentacle (6) se voyait sur sa poitrine; sa ceinture, faite de parchemin , ou , comme quelques uns le prétendent, de la peau d'un homme mort offrait beaucoup de signes planétaires en mouvement direct et rétrogade en trinaspect , ou en conjonction ; et il tenait à la main une épée nue sans garde.
« Ses fréquentes et terribles relations avec la race ennemie du genre humain avaient empreint son visage de rides bizarres , les veilles et le jeûne l'avaient rendu sec et repoussant ; son regard semblait ébloui et troublé, comme inaccoutumé à la lumière du jour ; ses propres serviteurs ne le regardaient qu'avec effroi dans ce costume extraordinaire , car la tradition raconte qu'il se montrait rarement ainsi aux rayons du soleil. « Je connais, dit-il, d'une voix rauque et brisée , je connais le motif pour lequel le roi cherche l'aspect de son vassal , bien que ce motif n'ait pas été déduit : vous attendez vainement de moi la connaissance du bien et du mal futur promis à ce royaume; cependant, si votre bras est fort , si votre cœur est ferme , le courage pourra plus que la science.
« Les démons orgueilleux qui traversent les airs en voyageant
CHANT III. n
sur les nuages orageux savent lire dans une étoile fixe on errante l'issue des événements lointains, mais ils n'accordent leur aide qu'à une force supérieure à la leur. C'est un de ces démons que j'ai sommé dernièrement de descendre à ma retraite , et quoique le charme dont je me suis servi eût un pouvoir capable de trou- Mer les plus secrets abîmes de l'enfer , il a résisté à mon sortilège» et , obstiné à garder le silence 9 l'orgueilleux démon se moque de ma puissance. Mais toi, qui connais peu la tienne, toi né dans nuit heureuse , où les tombeaux entrouverts et les soupirs des mourants proclamaient la défaite de Satan (7), ta valeur plus ha-* bile forcera la réponse déniée à nos enchantements. » — « Grand merci, répliqua notre vaillant monarque, mets-le seulement front à front devant moi , et je te jure par cette bonne épée , présent que me fit la main de Richard Cœur-de-Lion , je te jure » dis-je , quelle que soit la marée , que le démon sera forcé de m'o~ béir. » Le magicien remarqua l'air déterminé du souverain, et charmé de cette réponse , il poursuivit ainsi : « Le sang de Mal* colm vient de parler ! regarde : à l'heure noire de minuit tu chercheras le sentier et la colline, dont le sommet arrondi est couronné d'un rempart circulaire; tu trouveras une entrée du côté du Sud ; tu y feras halte , sonneras du cor, et le démon apparaîtra terrible sous la forme de ton plus cruel ennemi : mets alors ta lance en arrêt, pique ton coursier de l'éperon, et fonds sur lui en invoquant saint George. S'il est désarçonné , tu apprendras bientôt tout ce que ces esprits peuvent dévoiler. Si le cœur venait à te faillir dans le combat , je ne réponds point de ta vie. »
XXHI. \
« Dès que la cloche eut sonné minuit , le roi , seul et armé , partit à cheval et se rendit à l'enceinte déserte de ce vieux camp. Sire chevalier, vous pourriez le voir, ce camp , à main gauche en sortant du village* La race des Pietés arrosa de leur sang cette
M MAKMOÎf.
tranchée. Al'eatear le terrain ea t noir et stérile r «a» L'eflpaoe intérieur est couvert d'une fraicbefeiooee. NoaeaAfitsdH viUagp connaissent l'endroit :: c'est là qoa naissent ta* praaûèses fleurs aarongesau prantempa Mite nadheor au voyagea* égaré qui y imprime pendant la nuk bttranedeses pas! La portée d'une flèche ntesare assez bien la largeur de raapaceoà l'eapeut prendre carrière : (pâtre ouyerbiess opposées» aux. qnttre peints cardinaux diu>iei y donnent entrée. Notre monarque aarim parcelle du Sud, s'arrêta et sonna bravement du cornet du cèté dn TSasà s'avança le fantôme du roi d'Angleterre , qui alors , à mtMe lieues du pays natal , toisait la guerre ea Palestine. Ses: armai étaient celles <fc l'Angleterre^ le léopard était gnfl&sur son bouclier : il avait un coursier de Syrie, et c'était bien la taille dn guerrier. Long-temps après , l'Ecosse a reconnu dans cet Edouard 1 son plus cruel ewoen».
« La vtsion fit tressaillir notre monarqne 5; mais, bientôt il se remit, redoubla de eourage, et fondit sur le chevalier fantôme qui tomba , coursier et eavalier. Cependant cekn-ci 9 d'un coup dé sa lance , blessa légèrement Alexandre, qui sautant à terre et l'épée nue , força le spectre ennemi à lui révéler les guerres futures. Le roi vit alors les glorieuses plaines de Largs blanchies par lès 00 gigantesques des Danois veincos; il se vit lui-même sur le champ de bataille , brandir sa hache d'armes , et renverser de son cbar l'orgueilleux Hacon , tandis qu'au dessus des ombres de rois les noirs corbeaux du Danemark déployaient leurs ailes. On dit que, dans cette nuit terrible , Alexandre aperçut des visions plus loftitaïnes, les futures conquêtes promises aux entants de nos enfants dans les guerres du Nord. Une cité wy ate *, ses palais et ses tours
1 Edouard, gumommé Longues-Jambes* a. x*
ail Cauijiyoir auWié.Uïui«^d6v pour o»m cétfbrer u«e ttUw avMilàcfee «
ousrr m. 7*
mhtmte éotawot et «agissant 4elem ft*nam le«M dans tas téaèbr» de la «rit* «t toBt ri oaa ph atwi r geoaAri^ orgueilleux dans leur patrie la yabaeaux capturé» jmwt un peuple ennemi. Les clercs érudits peuvent s'exercer à expliquer de tels présages , qui sont au dessus de l'intelligence d'un simple vil-
lagftfe*
« Le monarque joyeux s'en retourna , se mit à la tête de son armée et vainquit les Danois; mais tous les ans, lorsque revenait la nuit de son étrange combat avec l'esprit , sa blessure saignait et lui causait une vive douleur-, lord Giffordlui disait alors en le raillant : « Quelque brave que vous soyez , mon maître , vous payez la peine d'avoir tressailli. »> Depuis long-temps sous la nef de Dunfirmline le roi Alexandre sommeille dans le tombeau : que Notre-Dame le maintienne en paix ! mais le guerrier fantôme manie encore la redoutable lance et le fort bouclier sur le sommet de la noire colline (8). Plus d'un chevalier a voulu le braver et lutter contre lui , mais tous ont payé cher leur folle témérité , à l'exception de deux, comme le cqpporte la légeade, Bavoir s le courageux Wallace et Gibert Ha y. Voilà , messieurs 9 non bis*
toire achevée. >»
Les quaighs ' étaient profondes et la liqueur forte 9 et Ton eût fait sans doute un long et savant commentaire sur le récit de l'aubergiste; mais Marmion fit un signe : les écuyers se retirèrent avec leur maître ,• le reste de sa suite , assis autour du feu de l'auberge, se livra au sommeil, chacun déposant le bouclier et le carquois pour reposer sa tête. Tout le monde s'endort profon.dé-
aussi honteuse que l'incendie de Copenhague et de sa 0otte par le gouvernement britannique en 1807. a. m.
i Coupes ou yases en bob formes de plusieurs douyes liées ayec des cerceaux* a«m.
ment , fatigué du voyage et rassasié de bière; la flamme mourante du foyer, dans ses oscillations alternatives et propices , jette tour à tour sur le groupe et la lumière et l'ombre.
Fitz-Eustace s'était couché à part dans le foin d'un vaste gre- / nier. Les plis de son vert manteau étaient par intervalles éclairés des pâles rayons de la lune; il rêvait doucement, comme on rêve au jeune âge , de chasse au sein des bois , de pêche au bord des eaux , de faucons ou de meutes , de tournois , de bagues ou de gants, ou peut-être, ce qui est plus doux encore, de l'amour d'une belle. Un pas prudent vient rompre son sommeil \ quelqu'un s'approche de lui, moitié éclairé par la lune, moitié dans l'ombre. Un homme de haute stature , un panache flottant sur son casque se présente devant l'écuyer, qui frémit, mais qui , avant d'avoir pu tirer son épée , a reconnu la voix de son maître Marmion.
xxvni.
« Fitz-Eustace, lève-toi : je ne puis sommeiller ni goûter de repos ; l'étrange légende de ce villageois me pèse sur le cœur ; des pensé es plus graves ont agile mon esprit ; il faut que le grand air calme la fièvre de mon sang. Je monterais volontiers à cheval pour aller voir le théâtre du chevalier merveilleux ; lève-toi, cher Eustace, prépare mon cheval et prends bien garde de réveiller mes vassaux assoupis. Je ne voudrais pas que ces poltrons et ces bavards eussent occasion de dire , en vidant leur aie, que j'ajoute foi à un tel conte. » Alors ils descendirent tous deux à pas de loup. Fitz-Eustace ouvrit la porte de l'écurie, et dans l'obscurité sella le coursier de Marmion, tandis que celui-ci lui chuchottait
ces mots à l'oreille :
chant m. n
« N'as-tu jamais ouï dire, mon brave, qu'à l'heure où je naquis, le saint George qui ornait la chapelle de mon père tomba de son cheval de marbre, comme fatigué de rester en selle ? Les chapelains dirent , pour me flatter , que le champion me cédait sa monture. Afin de montrer la vérité de ce présage , je souhaiterais rencontrer le fantôme. J'aimerais à le combattre , pour avoir le droit de lui faire une question. Vaine pensée toutefois ; car les esprits, s'il en existe , sont une race invisible ou légère, qui chante et danse au bord d'une source , ou de la mer, pendant que les vagues retentissent, ou qui court la bague autour des vieux chênes. » En pariant ainsi , Marmion s'élance à cheval et sort lentement de l'hôtellerie.
Fitz-Eustace le suivit de loin, le remarqua franchissant le village, et prêta l'oreille aux pas de son cheval , jusqu'à ce que, par le bruit toujours moindre, il jugea que lord Marmion avait atteint le camp des Pietés. Il paraissait étonnant à l'écuyer qu'un chevalier, regardé comme si brave et si savant , dont on dirait qu'il croyait à peine à l'Évangile que l'Église professe, se fût ému par un conte ridicule, fût monté à cheval dans le silence delà nuit, et eût espéré rencontrer un esprit armé de pied en cap. Fitz-Eustace ignorait que les passions , dans leur lutte , ébranlent l'Ame la plus forte : fatigués d'errer de doute en doute , nous accueillons une crédulité commode , et l'acceptons comme un guide , tant aveugle qu'il soit.
Fitz-Eustace s'inquiétait peu de cela, mais il attendait patiemment son maître, lorsqu'il entendit à une certaine distance, excité
9 HâBMMN.
par la hâte, le galop d'un choral qui précipitait sa course vers le village. Ce bruit d'abord sourd , comme si le cheval trottait sur la -pelouse , devint bientôt retentissant sur le chemin du hameau , et fit penser au retour de Marmion. C'était effectivement le lord , gui se Jeta vite en bas de la selle, et si vite quH faîflit tomber ; puis , lançant les rênes aux mains de Técuyer , il se retira sans proférer une seule parole. Mais la clarté de la lune te trahit : Fécuyer s'aperçut que le faucon du casque de son maître était souillé de fange , que les genoux du cavalier en étaient également couverts , ce qui prouvait que , dans sa course aventurière, Marmion n'avait pas eu le pied ferme. Après avoir long-temps rêvé à ces indices étonnants , il se pencha â la fin pour essayer de trouver du repos; mais ce repos fut court et agité par des songes de terreur : aussi le fidèle écuyer n'accueillit jamais avec plus de plaisir les premiers chants de l'alouette matinale.
CHANT QUATRIÈME Ce Camp.
INTKODUCTION.