‹ Maroc, 1904-1908Chapitre 1 sur 17 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

A l'heure où les questions marocaines prennent un intérêt justifié par la gravité des circonstances, il m'a semblé qu'il serait peut-être opportun et utile de remettre sous les yeux du public français les diverses phases de notre action dans l'empire du Maroc, action qui aboutit aujourd'hui non seulement à la faillite complète de l'utopie appelée pénétration pacifique, mais encore à rendre inévitable une expédition absurde, à des pertes déjà considérables en hommes et en argent, et enfin à une situation dont on ne prévoit ni la fm ni l'issue.

Ceux qui, dès l'origine, ont redouté pour la France l'aventure qui devait fatalement nous conduire aux calamités actuelles avaient alors peu de chances d'être écoutés. La politique inaugurée par un ministre qui avait la confiance du Parlement était, en outre, soutenue et sanctionnée par un

Comité marocain composé de membres choisis dont la compétence, les aptitudes, le jugement n'étaient pas mis en doute. Il était difficile, à cette époque, de faire entendre au pays que les intérêts du Comité marocain n'étaient pas ceux de la France.

En outre, en Espagne, — où toute politique d'aventure africaine aurait dû rencontrer une résistance salutaire, — le parti libéral était malheureusement au pouvoir. La sage tradition créée par M. Canovas n'y avait pas de représentants. Des ministres inexpérimentés, se laissant guider par des agents diplomatiques moins clairvoyants que désireux de plaire au gouvernement français, méconnaissaient les intérêts permanents des deux nations. Ils ont favorisé et encouragé, jusqu'au retour des conservateurs, la ligne de conduite dont la France et l'Espagne déplorent aujourd'hui les funestes conséquences.

Depuis le début, j'ai tenu cette politique pour extrêmement dangereuse et plusieurs raisons puissantes me confirmaient dans cette persuasion ; mais après la publication de la Déclaration de 1904, il m'a paru que la question se posait avec une telle gravité que j'ai cru devoir blâmer publiquement une entreprise qui devait logiquement pousser les

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