PREFACE III
choses à ce point extrême où il n'y a plus ni solution ni remèdes.
A la Déclaration de 1904 était annexée, dans le Livre anglais, une dépêche du marquis de Lansdowne à sir E. Monson, ambassadeur d'Angleterre en France.
Cette dépêche, qui aurait dû nous tenir en garde contre les fausses analogies entre l'Egypte et le Maroc, ne dissimulait rien et n'atténuait rien de ce qui aurait pu nous enseigner la prudence. Il est inexplicable qu'elle n'ait pas été publiée dans le Livre Jaune avec le texte de la convention à laquelle elle était annexée et dont elle était le commentaire autorisé. Il était indispensable de lire cette dépêche en même temps que la Déclaration : au moment où notre diplomatie préparait et provoquait l'orage, la diplomatie anglaise nous en signalait les approches.
Il m'a paru nécessaire de traduire et de publier la partie de cette communication qui concerne le Maroc. Le ministre anglais y expose la situation avec une franchise et une vérité qui font honneur à ses sentiments de parfaite loyauté. Loin de dissimuler les difficultés presque insurmontables que l'Angleterre — aujourd'hui désabusée — avait rencontrées au cours de sa longue expérience dans
Tempire chérifien ; loin de pousser le chauvinisme français à une entreprise de conquête en la lui représentant facile, lord Lansdowne signale avec persistance les graves dangers du problème que le gouvernement français s'obstine à vouloir solutionner et les sacrifices de toutes sortes que notre pays sera obligé d'accomplir dans l'empire du Maghreb.
La dépêche déclare formellement que l'Angleterre se refuse à courir les risques et à assumer les responsabilités de cette entreprise humanitaire ; mais, sauvegardant les intérêts généraux, le ministre anglais impose certaines conditions :
En ce qui concerne la sécurité publique de l'Angleterre, il est stipulé qu^aucune puissance rCest autorisée à s'établir ou à ériger des fortifications ou des travaux stratégiques d'aucune sorte sur les parties importantes de la côte marocaine; pour mieux garantir ce point, une entente avec V Espagne est regardée comme un élément essentiel de l'accord ; la France ne pourra en rien altérer les statuts politiques du Maroc; enfin, le jour où elle aura pu rétablir à ses dépens, risques et périls, un peu d'ordre dans l'empire, tous les avantages économiques et commerciaux devront être partagés avec une égalité absolue entre toutes les puissances, ce qui per-