POUR CALMER LES PASSIONS
Je connais bien ce noble fils de la terre, et je Taîme comme il est. Je ne le voudrais pas faible et poltron ; il ne peut Têtre. Si je lui montre le danger, il bondira ; non pas pour fuir ; si je lui montré la mort, il y courra, même sans de fortes raisons, même sans aucune raison, comme onTa vu au temps où les duels étaient à la mode. Ce redressement sou-* dain, et redoutable, résulte principalement de ce que l'action pressante opère aussitôt un balayage d'idées, un nettoyage d'âme. Toute rêverie tendre est comme chassée ; et sur cette vie hésitante et insouciante de la paix est écrit le mot Fin. Il n'y pense plus, parce que les pensées neuves et fortes de l'avenir prochain le prennent tout. Je connais cet esprit, aveugle et sourd à tout ce qui est inutile, dès qu'il est entré dans quelque difficile entreprise. Ce serment à soi-même est beau.
Il s'y joint un mouvement plus despotique encore qui transforme le gouvernement intérieur de chacun en une dictature militaire. C'est que la peur, l'ennemie intime, se montre, et si forte qu'il faut l'anéantir ; c'est le premier combat ; prompt, décidé, brutal, tout entier au-dedans. Tout sentiment tendre est refoulé aussitôt, et même toute sagesse, dès que l'on peut soupçonner que la peur s'y cache. Car la honte est un mal cuisant. Par ce détour un socialiste veut oublier sa doctrine, ou bien la tourner à l'action ; c'est bientôt fait. Toutes les idées sont forgées de nouveau à ce feu intérieur. L'homme n'est point lâche. Et je suis même assuré qxîth^^^ig^r^^^ ont pour cause non gomt kfwbbfâc. la fatigue, Jalachete, mais encore ui^s\|[|'3j9u:^t; 4^ courage a 1 aspect d un danger plus certain que toûsles autres, ennn cncom^^murnuy^^
Mes réflexions n iront donc point contre ce pnnape que me rappelait une (emme cultivée, comme nous discutions assez vivement sur la
guerre et sur h P^« ^ L^tionneur, dtsait-^lle, est plus pnécieux que la vie. » Sur quoi je fis cette remarque cruelle, mais juste, k ce qu'il me semble : « Vous choisissez, lui dis-je, présentement entre votre honneur et la vie des autres ». Cette pensée irrite au premier moment ; je la crois pourtant capable d*apaiser les redoutables mouvements de Thonneur, chez ceux qui ne mettent point leur vie au jeu. Je compte ici, pour apaiser Thonneur, sur Thonneur même. On a pu remarquer que les '^^^ plus raffinés là-<lessus étaient toujours aussi les p lus sag es^^d ès qu'il
" je saiâ qu un cœur généreux, quels que soient 1 âge et le sexe, se met aussitôt à la place du guerrier, et sincèrement voudrait y être ; j'admets qu'il se ferait tuer aussi. L'héroïsme n'est pas rare ; et quand le vieillard, quand U jeune (ille regrettent de n'être pas au feu, je les crois. Mais toujours est^l qu'ils n'y sont pas. Et par ce même sonpule de l'houe neur, qui les détourne de toute faiblesse, je suis sûr que> s^ils sont wtolt* ment avertit, ils se diront que l'épreuve imagmaire et les tentures de l'aAectton ne ccmiptent point auprès du réel sacrifice. £t qu'il ne faii;^ point régler ses pen^s, dans les temps tragiques, sur ce qu'on voudrait faire, mais sur ce qu'on faih Que cest peut-être un i^aîsir de lâche, que d'adtmrer l'héroïsme des autres. Qu'ici, faute d'un risque suffisant, les phis laides passions peuvent bien prendre figure de coun^. Que c'est par ce sentiment, l^n piquant et cuisant d^ qu'on le forme, que l'on a vu des hommes de cinquante ans et {dus courir aux armes et jt la mort, afin sans doute de se pardonner à eux-mêmes les discours dont ils avaient fouetté l'honneur des jeunes. Il suffit. Je laisse k ces ré flexions l'âme guerrière et mflexibfe qui n'a pas combattu.
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