‹ Mars; (volume 2)Chapitre 35 sur 91 · DE L'AMBITION · texte numérisé non relu

DE L'AMBITION

L*Ambitieux prend les Pouvoirs comme fm» et les adore en tous ses actes. Cette piété est la marque du bien servir ; aussi c'est en aHisi" dérant la partie de Tarmée qui est propre, brillante et bien nourrie, que Ion peut comprendre la forte parole de Talleyrand : « Les manières sont tout. » Sur le visage d'un sous-lieutenant d'avenir, je vois se des*siner un sourire affectueux qui fleurit à l'approche du grand chef. Ainsi, en même temps que les pouvoirs reconstitués, nous avons vu revivre la figure du courtisan. Il faut que l'obéissance ait une grâce et soit' flatterie. Il faut avoir vu un groupe d'ofiiciers sanglés et cirés, attendant/ xT] un chef. C'est l'ancien régime. Il n'y manque point le serf. Il est remar- tC? quable que, chez les deux nations militaires, l'homme de troupe a l'air

uiLËSHKZS* ^-^ voudrait dire que ce contraste est chercne, mais c esf tror

y a de 1 aisance dans le terrassier, dans le paysan, et i artiste y trouve à prendre ; mais je doute qu'un dessin de l'homme de troupe, en son allure réelle, puisse retrouver l'homme sous le vêtement ; j'y ai toujours vu quelque chose de gauche et de malheureux qui rappelle les estampes d'autrefois, et me les a fait comprendre ; je n'avais pas connu la disgrâce de l'esdave. Mais revenons aux marquis.

Il y a une obéissance sans grâce, bourrue, hérissée, plébéienne, qui me fait voir aussitôt un homme qui connaît les choses, qui a des opinions, qui y tient, qui discutera si on l'y invite, enfin qui sait. Ce genre d'homme est roi daïis la paix, parce que c'est lui qui invente. Et même, dans la guerre, il pouvait beaucoup. Toutefois, il s'est trouvé, contre toute attente, déchu et méprisé, comme tant d'anecdotes l'ont rappelé. Mais il faut voir les causes. Le pouvoir absolu n'aime pas ce genre de services, parce que l'homme qui les rend n'est point courtisan du tout. Il est clair que le maniement des choses ne forme point du tout à la

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politesse, parce que les choses ne sont point sensibles à la politesse ; non, mais à la rectitude et fidélité du jugement. Les choses sont in* flexibles ; elles ne cèdent point à la prière ; il ne s'agit pas de leur plaire ; il suffit de les bien connaître. Celui qui a observé des réactions chimiques, ou qui a réglé quelque appareil de précision» rapporte de ce travail un visage plébéien ; le chef n*aime pas ce mesureur et peseur.

Mais celui qui fait dépendre ses espérances et toutes ses pensées de ce qui plaît et déplaît au chef donne à son visage d'autres plis, son attention parle autrement. Gir Thomme est changeant et flexible ; d'une heure à l'autre il est sensible à d'autres paroles ; on ne peut se faire une règle d'avance, et la méditation solitaire n'avance à rien ; il faut deviner dans l'instant, et se plier dans l'instant. Imiter, c'est ici la méthode naturelle ; de là ces visages qui semblent dire au puissant Seigneur : « façonne-môi », et qui se livrent au pouvoir comme une femme au costumier. « Je serai, dit ce charmant visage, ce que vous voudrez que je sois ; je croirai comme vous voudrez que je croie ; j'aurai l'humeur qui vous plaira. » Cet art occupe tout l'esprit. Ceux qui le pratiquent n*ont même pas l'idée de ce que serait une vérité qui pourrait déplaire ; même cette idée, dès qu'ils en devinent quelque chose, leur paraît scandaleuse. Dont la raison est que leurs faits à eux et leur expérience ce sont les chefs, et que ce qui plaît aux chefs est le vrai. Tel eét le vrai chemin de l'ambitieux. Et c est par là qu'on arrive à comprendre cette alliance naturelle entre l'actrice, le prêtre et l'officier.

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