L'AFFAIRE DREYFUS
A un téléphoniste qui conununîquait que la batterie tirait court et à gauche« le capitaine répondit, en termes énergiques» que cela ne Tin*téressait pas. Ce fait est peu croyable et d*ailleiu's n*a point de sens. Il est clair que ce capitaine ne disait pas ici ce qu'il pensait ; ce n'était qu'un juron composé ; et beaucoup invoquent le nom de Dieu sans penser à l'être parfait. Déblayons.
On ne peut pas empêcher l'esprit de courir. Aussi» après plusieurs mois d'étonnement sans aucun progrès, j'eus à rassembler un bon nombre de faits répondant à celui'là» et qui exprimaient du moins des passions. Je finis par apercevoir ceci, que les hommes de troupe pçn-
tut la lomine cLes armes, nous étions vaihcus, nous autires, dans cette guerre-là. « Ils nous possèdent j», disaient les canonniers en leur langage qui cette fois4à se trouvait énergique et juste ; et en disant cela ils ne pensaient pas à l'ennemi.
Pour moi, admirant ce pouvoir absolu, devant lequel la sagesse même id'Esope n'aurait pas trouvé grâce, je revenais à l'affaire Dreyfus et f j'en apercevais le vrai sens. Cette révolte fameuse fut moins contre une erreur judiciaire que contre un pouvoir arrogant qui ne voulait point rendre des comptes. Ce fut une guerre d'esclaves. Et je ne m'étonne plus que, dans le monde entier, esclaves et maîtres l'aient suivie avec Une attention passionnée. Les uns tenaient pÈpf Ta Iibërtéiket les autres pourQ ej P Q UY<3[j^ aussi n y eut-ii point de pamon, d un coté ni
de 1 au&efefles familles furent divisées jusqu'à l*injure. Chose inex" plicable, si la contradiction avait porté seulement sur le fait. Mais on se battait dans la nuit. Quelques maigres idées, et des passions indomptables. Si l'on considère cette mêlée de loin, et par dessus la Grande
Iiuerre» tout est clair» 3 me semble ; c*étaît le preimer mouvement l'une révolte universelle.
La guerre remit tout en ordre, si je puis dire. <x Je n admets pas que on mette en doute la parole d*un ofHder français ; » ce mot célèbre n'avait paru traduire seulement le paroxysme des passions» et sous une orme ridicule. Mais l'expérience quotidienne, en ces terribles années, ne fit voir que c'était bien un axiome de pratique à l'usage des esclave. M attentivement que l'on réfl&hisse aux conditions de la guerre» il est mpossible de bien connaître les effets du pouvoir absolu» tant qu'on \e l'a pas subi. Je n*irai pas jusqu'à soutenir que la guerre fut voulue ît préparée comme une revanche» afin de nous mettre le carcan au :ou ; là-<lessus on discutera sans fin, et l'esprit s'y perd. Ce qui n'est lullement douteux» c'est que ce pouvoir absolu fut exercé fastueuse^ nent» et supporté sans résignation. La guerre fut, aussitôt et DjMyJkr ¥Jp^^nfc^^««**l«|.^^^J^^ dîsent-em^
( C)mme ce serait beau si nous restions ainsi unis dans la paix » 1 Le propre du tyran est de croire que l'esclave est heureux d'obéir.^ Mais l'attends la risposte des masses, selon la méthode de G>mbes, qui nous îst heureusement connue ; et cette victoire sera sans violence» comme la première» mais bien plus durable, si ces cinq ans d'esclavage ont issez instruit les esclaves» comme je crois.
^ G>mment pouvez-vous, me dit quelqu'un, diminuer ainsi une grande :ho8e ? Il y eut bien d'autres sentiments, et bien d'autres idées en jeu ; 3t pour vous-même aussi je le parie. » Mais oui ; je l'entends bien. Il y a eu mille autres choses, dont je compte bien n'oublier aucune. Mais il y a eu celle-là, qui» à mes yeux, n'est pas petite.