DU TRAGIQUE
Le Fàtalkitie éât au f ohd déS t>asâicmiS tragiques ; il y trouve sa force et ses preuves, et comme une farouche satisfactiôti. On a assez dit que le trÀ|iqué résulte de là fatalité àgissâut par l'hornme. Le spectacle le plus emoUVâilt est celui d'un homme qui aperçoit uu déstiti terrible et qui s*y jéttê comme dans un gouffre. Toutes les passions portent ce eàractèrè ; ùt nt sont point des acddenti ni des surprises ; le pas^ sionné Voit Sun destin, 1« craint, €t en m£me témps le veut i c*est là sa victoire sur ce qu^il ne p6Ut empêcher. C*est ainsi que; Ton tombe dans Timour coupable, et jusquà appeler lé châtiment, la faute n étant qU*Utt ehémin Vers TéXpiatiôn.
Mais considérons quel est le tragique h ji^lus tragique. CW la Fatalité à visage humain. Peu de tragique dans les catastrophes naturelles, sinon par le pressentiment ou Fattente. Mais dans les malheurs seulement humains, c'est là que le tragique se montre à l'état de pureté. C'est le point où le Fatalisme serait sans preuves si l'homme n'obéissait à un destin terrible ; mais c'est le point où la preuve décisive survient, quand l'homme arrive à faire ce qu'il attendait et prophétisait de luimême, comme crime ou suicide. Encore mieux si d'autres hommes^ concourent à im malheur seulement humain, par le même désespoir orgueilleux. Ainsi le sentiment de la fatalité se satisfait dans la guerrei \ voulue des deux parts, voulue à chaque instant comme la grande preuve, la preuve des preuves, qui justifie toute une vie de désespoir méchant.
Ce sentiment est au fond du cœur tremblant. Il est dans toutes les colères, il s'exerce contre toute naïve et raisonnable espérance. La haine la plus vive, je l'ai remarqué, est contre ceux qui repoussent la haine. J'ai vu Coppée touchant un peu à la grandeur, un jour que cette face vieillie et amère, vieillie surtout par l'horreur de vieillir, déclamait
contre le droit au bonheur ; et ce discours exprimait 'à la fois un violent mépris de toute République et de tout Socialisme, en même temps qu'une crainte de la guerre qui ressemblait à un espoir sauvage. Mauvais prophète qui travaillait avec d'autres à cet avenir que nous avons vu.
Je ne veux point les haïr ; fessaie de les comprendre. Ce que je vois de sincère et de profond en eux, c'est la servitude totale, c'est l'adora^ tion d'une destinée toujours triste, et qui finit mal. Je leur vois un feu étrange contre l'égalité, contre la justice, contre la paix, contre l'au" dace poiu" tout dire. Je les ai trouvés défiants et fermés toujours, atten* dant, comme on dit, que jeunesse se passe, mais vainement je le jive ; maintenant amers, méprisants et souvent furieux contre moi, qui ne veux que les sauver de la peine, et sauver leurs fils, et sauver leurs (îUes de veuvage et d'une attente pire. Mais comprenez que c'est un crime à leurs yeux que de vouloir cela, quand eux-mêmes n osent pas le vouloir. C'est juste. Si je pouvais leur faire apparaître que j'ai raison, quel désespoir en eux, après ce qu'ils ont approuvé, acclamé, adoré. Mais au rebours c'est la preuve des preuves lorsque le pire malheiu', purement humain, purement de volonté, et que toute volonté repousse . avec horreur, est pourtant un jour, et par volonté. Voilà en quel sens la mort d'un soldat qui aime son métier justifie et relève une existence pleine d'envie, d'amertume, de mépris et de religion. Regardez bien le Protée pendant que je le tiens.