CHAPITRE
DES MÉCHAf
Un ami qui avait autrefois de la pàiétral rimportance, me dit un jour après plusic avait été conduit par ses fonctions : « Les fo eu, plus d'une fois, l'occasion de mettre da cette pensée brillante, qui ne doit pourtai l'idée de la Fatalité doit être ici considéré* feront l'occasion de comprendre encore mi pour les passionnés que j'écns ; car aux pc ik Jouent leur jeu.
La Fatalité, donc, s'annonce par un sent de ce que nous aUons tnn, de ce que nous i Et il faut bien distinguer cette espèce de ve: simple d'un événement qui va arriver par t à prévoir par des causes un crime, ou une < serons conduits, comme il arrive, k changei tes eflets ; c'est ainsi que chacun arrive à i traversant une rue. Mais si j'ai par malheu et vif qu'une voiture va m'écraser, me v l'action dangereuse s'annonce en nous, ne assurance du conducteur qui serre le freir Alors nous est signifiée, non une conséque:
des causes, mais une espèce de volonté obst des causes. G)ntre quoi notre industrie se changer l'avenir en changeant tes causes ; ne peut jeter là-dessus qu'un désespoir d* passion et la jette i son accomplissement, toutes les passions, on pourrait dire de tout 1 Il y a un appel do destin, qui est trop entei
dérée dans la pensée, et autant que la réflexion errante Téclaire» n'est -s, pas autre chose que l'idée même que nous ne pouvons rien contre nos ] passions. Ramenant cette idée à mon sujet, ]e dis, en changeant les mots, que l'esprit guerrier n'est pas autre chose que l'idée même que ' nous ne pouvons rien pour é>âter une guerre. Sombre méditation, qui est déjà désespoir, fureiu", meurtre des autres et de soi. Par le même mouvement d esprit, la crainte de devenir fou, fille de pressentiment, et cause à son tour de pressentiments encore plus vifs, engendre une espèce de folie volontaire, si l'on peut ainsi parler, qui devance l'événe^ ment, cherche le malheur, et prend ainsi figure de méchanceté. Je n'espère pas traiter suffisamment de cette ample matière ; toutes les notions y sont à revoir ; peut-^tre aura-t'On saisi, d'après ce chapitre / et d'après d'autres, en quel sens je puis dire que la folie est mécanisme / corporel et maladie, et en quel sens je veux dire qu'elle est consentement ^^ et méchanceté.
Mais remontons au niveau de l'humain ordinaire. Quand un homme me soutient que la guerre était inévitable, et que je le vois s'animer bientôt jusqu à la fureur, il m'arrive de lui faire reproche de ce qu'il aime la guerre et ne voudrait pas qu'il n'y ait pas eu de guerre. A quoi quelqu'un m'a répondu : « De ce que je considère la guerre comme inévitable, il ne faut pas conclure que je la désire. » Savoir. Les mots disent toujours mal. J'accorde que la guerre lui est horrible à prévoir et horrible à voir. Mais le vrai pessimiste, toujours fetaliste aussi, désire en un sens ce qu'il annonce, car la crainte fait naître l'impatience, et c'est ainsi qu'on peut se tuer par crainte de la mort. Il y a ainsi un appétit du malheur, pour soi et pour les autres ; et peut-^tre n'y a-t-il point au monde d'autre méchanceté que celle-là.
Relisez ou lisez là'-dessus Le LySf de Balzac ; la peinture du comte de Mortsauf est un beau chapitre de l'anthropologie véritable. Toute folie ainsi considérée éclaire toutes nos fautes ; mais cette lumière veut des yeux accoutumés. Je crois que le lecteur de bonne volonté arrivera à se guider lui-même dans ces sentiers difficiles, s'il considère souvent et sans préjugé de doctrine l'idée de. la Fatalité, funeste dès qu'on la forme, mortelle à l'esprit dès qu'on la soutient, mais conso" lante dès qu'on la tient à distance de vue, objet humain parnii d'autres. Remarquez déjà une analogie bien saisissante ; de même qu'il faut avoir la doctrine de la folie évitable si l'on veut arrêter sur la pente quelque esprit prophétisant sur soi, de même^ il faut considérer, par invincible préjugé, la guerre comme évitable, si l'on ne veut pas contribuer à la rendre inévitable. Ici est la Foi, reine des vertus. Au contraire l'ex-
pression ^ prophète Ae malheur » a toute la force cl*un pléonasme. Peut-^tre le lecteur commence-t-îl à apercevoir que l'attachement au fatalisme est le vrai mal en ce monde. Les effets matériels de la guerre ne m*ont jamais troublé jusqu'au fond ; je sais qu'il faut peil^ de chose pour tuer un homme, et que des .forces, bien plus puissantes que nous, nous menacent sans cesse. J'accepte cette condition humaine ; cette planète à éruptions ne nous a rien promis. Le malheur est par là autour, mais non le mal. Le mal est dans cette colère contre celui qui veut .aller à la source des maux humains. La fureur de ceux qui acoep-* tent la guerre, et qui prennent cette acceptation comme un accomplissement, comme une perfection de leur destinée d'hommes, voilà ce qui m'épouvante. Il y en a qui ne craignent l'explosif qu'au moment où il frappe les yeux et les oreilles ; mais moi je crains cette poudre jaune. Amsi cette volonté mauvaise qui ne frappe point, qui ne menace point, mais qui condamne, je la vois flamboyante et sanglante déjà, et trop punie. Sombre malédiction sur soi, déjà visible dans un enfant obstiné qui refuse le pardon. Mais l'enfance est flexible et oublieuse. L'homme mûr, jauni, aigri, irrité par tant de preuves qu'il a cherchées et voulues, déçu et content parce qu'il l'a tant de fois prédit, voilà l'ami difficile que je veux fléchir. Je lui demande de faire grâce à la jeunesse* Et je sais qu'il me devine et qu'il ne veut point faire grâce. Du plus loin qu'il me voit, il me dit non. Mais l'écrit convient mieux que la parole ; et cet homme sait lire. Au reste mon pouvoir expire aux Routières de son royaume. C'est lui le maître de l'heure ; et seulement un millier de ces spectateurs qui voudraient, dans leur fauteuil, consentir à eux^-mêmes, quel avenir ! Non pas peut-^tre sans guerre, mais du moins sans le consentement de l'Esprit.