DES PASSIONS AMBIGUËS
Ce titre fait pléonasme. Il y a de l'ambiguïté dans toutes les pass Par exemple il y a de la }oie de jeunesse et une bonne santé sot dans l'amour, dont l'objet aimé est embelli. Sans vouloir expOM les causes qui dépendent de la structure du corps humain où toi trouve lié à tout et sans paroles, je veux examiner un moment haine guerrière, si redoutable par les serments et dédamatîonB. J'; plus d'un homme en être possédé jusqu'i la colère, et certainei sans hypocrisie. Au reste je crois que les hommes sont le plus soi sincères, et qu'ils se trompent eux-mêmes bien plus qu'ils ne trom les autres. Par exemple dans cette haine propre aux gens d'âge : et d'autant plus redoutable, je discerne un besoin d'être tristt Uâmer, de s'irriter, qui dépend de l'Sge et de bien d'autres a encore. Je dirais même qu'une volonté d'être triste s'y fait voir il est conunun que l'atrabilaire s'irrite encore plus par l'idée du qu'il fait k lui-même, k ses proches, et k tous.
Je crois que les passions politiques sont pour beaucoup dan: passions guerrières ; et beaucoup haïssent d un mouvement [ilu leur voisin d'autre parti, s il ne veut point haïr ; caries passions vei des objets proches et familiers : et l'amour même, comme on l'a rei que, ne prépare point mal k la haine. Pour moi je dois me garder soin des haines politiques, que l'Importance étalée devant moi donnerait aisément, au moins par accès ; mais j'avoue que je ne cor
K assez l'ennemi pour le haïr ; on ne hait pas un obus, on le cr il il est vrai aussi que je suis détourné de toutes ces passions ti par une heureuse humeur ; et sachez bien que c'est par prudenc pour échapper k des maux trop connus, que je me condaiime k courir ce triste sujet et k réveiller souvent d'aigres pensées qu n aime point. Souvent il se mêle k œs passions tristes des intérêts
personnels, convn^ lorsqu'un commerçant est miné ptr la concurrence allemande, et qu'il dénonce avec fureur ce peuple dâoyal et grossier, ces objets lourds, disgracieux et mal finis. Vous connaissez le refrain ; en quoi il y a du vrai et du faux ; mais le fond du débat n*est pas ce qui m'intéresse le plus ici. J'y vois, comme en toutes les passicms, une disproportion entre la cause et l'effet. Il n'est pas humain, je dis communément humain, de vouloir tuer des honunes parce qu'ils manquent de goût. Il n'est même pas commun qu'un conunerçant songe seulement à tuer un concurrent heureux. Et n'oublions jamais que la passion guerrière va tuer, à coup sûr, non seulement des ennemis, mais des amis, des parents, des fils. Qui mettrait au jeu la vie de son propre fils pour des luttes conunerciales ?
Mais cette colère, assez puérile, s'ajoute à d'autres et les renforce. C'est le fMTopre des passions de se mâer tellement que souvent l'une soutient de sa vivacité ce que l'autre exprimerait assez pareseensement. Ce commerçant va déclamer sur les leçons de l'histoire et sur les devoirs d'un grand pa3r8 envers lui'-mâme. Mais je soupçonne que ses déœp* tions personnelles s'y mêlent, et colorent le discours jusqu'à le rendre émouvant. Si l'homme est avec oela un peu malade, voilà un orateur ; l'amertume qui vient de l'estomac ne perd pas cette occasion de se faire approuver. Et je vois bien des gens s'accorder en vxJentes pannes» quoique leurs passions réelles soient bien différentes.
Que faire à cela ? Discerner les secrets motifs de chacun, mieux qu'il ne le fait lui-même et rompre enfin œtte unanimité d'apparcaioe, si puissante au premier moment sur un homme modestE« Sîûtottt ne pas y voir une opinion commune, encore moins une volonté dfivsnt lesquels le jugement individuel devrait fléchir, respecter, adorer. C'est déjà trop de subir les effets, oonformément au pacte social et au aoraient d'obéissance, sans encore adorer les causes. Aussi je îuge p«r poréctu' lion que cette haine honorée et apporouvée n'est que k triste religion de tous ceux qui récriminent. Et c'est beaucoup si le sage lecteiir, par ces remarques, est ramené à redresser seulement ses prqprat erreurs, sans égard pour les erreurs des autres . Si chacun dent ferme à sa propre opinion, sans imiter son voisin, nous aar<»is beaucoup gagné.