DE LA VIOLENCE
Au sujet de la colère, que beaucoup appellent courage, il {au prendre qu'elle n'eit pas abst^ument opposa k la peur. Chaa par expérience comment l'on passe de la peur à la colère, et coi l'action vive soulage et délivre. Mais entre deux souvent se dév une agitation stérile et comme une impatience musculaire, qui se ' par gestes, discours et pensées. C'est dans ce passage que I orgu< ccJère montre le visage de la peur ; ce que la crise nerveuse, c êtres faibles, fait voir à plein. Ces remarques sont encore éclai l'on s'est asauré que la peur est touiours en quelque façoi de soi.
11 est bien aisé de surprendre cette ambiguïté et ce mélange d slons lorsque les disputeurs s'irritent. L'orateur timide force l'obstacle, élève la voix, serre la gorge, et arrive bien vite à Ea Il importe d'observer ici l'ordre véritable des causes et des effi n'est pas parce qu il veut du mal au contradicteur qu'il élève 1 mais au contraire parce qu'il élève la voix qu'il en vient k une de baine. Qui comprend ces causes en rit bien. J'entendis im j grammairien qui parlait furieusement sur l'orthographe ; nul i geait à le contredire, mais il n'en menait pas moins une rude contre sa propre peur. J'ai oublié ce qu'il disait de l'orthograpK i'ai retenu ce qu il faisait voir au même temps, et qui était d'u plus grand prix, j'entends que la colère, fille de peur, n'atte l'ennemi pour combattre. Ainsi la violence s'exerce d'abord elle-même, et toujours contre elle-même. Le génie comique, qu qui survit de l'esprit enchaîné, éclairera en chacun ces remar simples, jusqu à proposer cette relation étrange, qui définit p< la guerre, et dans laquelle l'ennemi n'est en vérité qu'un prétexi se nuire à soi-même. Qui veut la guerre est en guerre avec soi
On comprend sans peine, d*apr^ cela, que Tacdon violente soit une espèce de soulagement dans le paroxysme de la passion. LA est le bonheur de se venger. Les imprécations, les souvenirs, les raisonne^ ments n*en sont que des eflets accessoires. Se venger, c*est iiaire une action attendue, annoncée par l'état du corps, et qui délivre les muscles de leur pénible travail de contracture contre eux-mêmes, qui étrangle la vie. Tout, en ces crises, est oeuvre de force et seulement de force ; car les vicissitudes de la passion, que les idées suivent comme elles peuvent, dépendent seulement de la position du corps et des forces de chaque muscle, chacun violentant les autres autant qu'il peut ; chaos et éruption des forces mécaniques. D'où l'on voit que la Fatalité trouve ici une matière convenable, et la plus forte preuve, car le vif plaisir de la vengeance nous récompense aussitôt. Telle est en bref l'histoire d'un crime passionnel, et la guerre est réellement un crime passionnel. L'amour, la pitié, l'horreur, poussent avec la haine par ce chemin qu'elle ouvre. Cette ambiguïté des passions déchaînées est ce qui étonne le plus dès que l'on entre dans cet immense sujet ; et c'est ce qui suspend aussitôt la guerre contre la' guerre. Gir toute violence est guerre. Et le pouvoir, par ses ruses, fait de toute guerre sa guerre. Dans le combat, ce qu'il y a de fureur contre les maîtres lointains et contre les féroces spectateurs, qui peut le savoir? Le gladiateur croyait égorger César peut-être.