‹ Mars;Chapitre 26 sur 99 · DE LA RÉVOLTE · texte numérisé non relu

DE LA RÉVOLTE

Quand le duc de P«rme demande à Fabrice si le roi de Naple aimé, Fabrice répond i peu pris ceci : « Je ne me loucie poin lavoir ri ïtt sujets du roi de Naples sont contents. L'arma est munie et parUtement disciplinée. Qui s'inquiitc après cela u la car aime ou n'aime pas. ^ Voilà la pensée d'un aristocrate, et sans au hypocrisie. L'amour plaît aux princes, mais comme la dernière ma de l'obéisaance. Ceux qui c»it goûté au pouvoir ne supportent p moindre trkJierie U-dessiu ; essayez de faire entendre au Maître Vous nÀxàsKX parce tnue vous le voulez bioi ; rien n'est plus froïdei reçu ; cela est (ffesque impertinent Mais, d'un autre côté, il est pre impoBsîUe que l'on soit aimé si l'on commande ; et le regard de dave, toujours effrayant i voir, afiermit bientôt le maître dan sérèret nHUÔrnes du pouvoir absolu. Au reste il s'élève toujours un d'amounr dès que le maître ne fait pas tout le mal possible. La en d'abord. Je n aurais point compris sans peine cette rude méthi mais je t'ai vue i l'oeuvre. J'ai relu Tacite sur les visages. Dans < éiveuve, et quand le plus prochain pouvoir, lm~mânte épero frappe aeiaa une inhtigable vigilance, l'homme de troupe ae toi comme un serpent, prenant mille formes que le regard ne peut su Nos rois et nos rhéteurs ignorent ces mouvements-Uk, comme le p de police ignore la lutte des poignets contre les menottes. L'honun troupe pourrait raconter ces choses ; maïs je remarque que l'hcHimi troupe oublie beaucoup.

On sait qu'il n'y a jamais eu de guerre sans quelque mouvemer mutinerie. De tels événements sont mal connus, et toujtMirs explii par des causes accidentées, comme la mauvaise nourriture, ou bstrïle malheureuse, ou U faute lourde d'un chef. C>mme si mulot oïdiUer et fure oublier. Selon mon <vinion, de telbs cb

sont plutôt cle3 occasions que des causes. La révolte est au fond, et permanente. Je dirais presque d'institution dans n'importe quelle troupe. J'en ai vu des signes chez le^ plus dociles d'apparence, et voilà certainement ce qui m'a le plus étonné lorsque j'ai vu ces choses de près et du dedans, jusqu'au temps, qui arriva vite, où je fus obligé de lutter en moi-même contre des sentiments de ce genre. Aussi, tout en me défendant d'espérer un tel redoublement de maux, j'attendais quelque ter* rible punition au jour de la délivrance. Mais les pouvoirs gagnent une partie après l'autre, et j'aperçois à peu près comment les choses se passent. Je me souviens de ces sentiments, parce que je les ai surmontés ; mais eux, autant que je sais, mes naïfs compagnons, ils les ont subis ; ils peuvent les éprouver encore, et soudainement, par quelque circonstance extérieure, mais ils ne savent pas les retrouver volontairement ; ils n'y pensent jamais. L'homme est facile à gouverner.

Ce que je veux remarquer ici, afin de mettre ces vérités désagréables en leur juste place, c'est que la révolte toujours armée et prête n'exclut pas d'autres sentiments bien forts aussi, comme le goût du bien faire, dont j'ai vu tant de preuves ; car il arrive qu'on se console d'ime corvée irritante en la faisant bien, et il est presque impossible de ne pas faire bien ce que l'on sait faire ; d'où vient que souvent, parce que l'action est difGcile, l'obéissance devient facile. La Justice aussi, j'entends entre égaux, et hors de tout conunandement, est continuellement

f>résente et puissante ; car il est visible que ce que je ne fais point sera iait par un autre ; et plus la tâche est pénible et dangereuse, plus cette idée du juste partage des risques mord énergiquement sur tout honune, et mieux même que la peur. Ajoutez que dans les instants les plus critiques, où le maître est esclave et misérable autant que tous, la fraternité revient. Aussi la grande colère des esclaves s'en va toujours chercher les chefs les plus lointains, et surtout les pouvoirs civils, dont les faciles discours semblent alors odieux. Par ces causes, la révolte du soldat vise justement où elle ne peut atteindre. Aussi le Système peut durer longtemps.

Si je joins à ces actions sans relâche et à ces passions qui se dépensent dans le vide, les fatigues extrêmes qui engourdissent, les repos délicieux, et la puissance démesurée des plus simples plaisirs, comme de manger et boire, il me semble que je n'ai pas mal décrit le soldat en son métier quotidien. Par ce mécanisme riche en frottements, la révolte est ren" voyée au joiur de la paix ; alors le bonheur d'être libre, après la joie esdiétique du triomphe, efface naturellement jusqu'au souvenir de la révolte ; ce qui est traduit, par ceux qui ignorent ou qui veulent ignorer,

dans de bellea phrases qui ne sont pas sans vraîsemblanoe. Le :

ne se reconnaît pas bien dans cet agr^ble pcMtrait qu'<Ht lui f> lui-même. Maïs que dirait-il ? Les fonnes lui manquent. Nous pr aisément pour vraie 1 image de nous-mêmes. dJw que les aut reconnaissent.

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