CHAPITRE XXV
DE L'ADMIRATIONI
J ai aimé Manfred, marchant k la mort avec une espèce^ de joie farouche. Et que de Manfred en ce temps ! Nul ne les a admirés plus que moi. Je crois avoir vu, mieux que la plupart, la véritable beauté de la chose, qui consiste en ce qu'on est vainqueur d'une action impossible, pour la dignité seulement, et pour ce que l'homme se doit à luimême, sans soutien extérieur, sans Dieu et sans espérance. Mais j'en ai trop vu aussi par terre, et à peine plus gros que des oiseaux sur la terre. Tant de génie, et tant de résolution, et tant de patience, ime vertu sans manteau, si nue, tout cela est détruit à coup sûr, de façon que je puis prédire, en de pareilles circonstances, que le plus vertueux périra le premier. Trop pour oublier jamais. Trop pour suivre les poètes qui chantent ou déclament derrière, célébrant ce temps plus beau que l'Iliade. Oui, que de paroles sublimes, mais punies de mort aussitôt, mieux que par le plus subtil tyran. Je trouve, pour tout dire, que les poètes ont trop de plaisir. Tout s'arrange trop bien.
C'est trop vite dit, qu'il ne faut pas plaindre ceux qui n'ont pas voulu se plaindre. Et c*est mal de frapper sur les cymbales pour les exciter encore, comme les vieilles femmes quand les jeunes dansent. Qu'un héros se paye d*autres motifs, cela passe encore ; qu'il dispose aussi ses pensÀss de façon que les raisons répondent aux actions, soit. Mais nioi
En'ai que faire de ces motif sJà. Le héros me suffit bien. Barrière contre force parce qu'elle est force, et contre l'épouvante parce qu'elle est épouvante, sans autre motif. Ils se revêtent de motifs, et moi je les veux nus, comme veut le sculpteur. Je me fie k leur grandeur seule. Des hommes seulement ; rien n'est plus grand. Toutes leurs idées, justice, civilisation, patrie. Dieu, épreuve, sacrifice, je les suis jusqu'à leur source, en eux-mêmes, dans cette résolution de vouloir seulement. Le chrétien, je m en moque ; je considère le stoïcien seulement ; et
encore dans la prolonde tristesse qu'il Veut dte ttchor. Oui, abando <ie tous. Je le vois, sous des deux vicies, en face d'hommes qui le val et qui sont aussi nus que lui ; à demi enfermé dans sa tombe d^ trahi même par les siens, qui se consolent trop vite ; compté pour r (Qu'est-ce que la perte d'un homme ? Les journaux n'en parlei seulement pas.) Ainsi seul, en présence d'une diose qu'on ne f braver, et qa'îi faut braver. Réfugié en lui-même ; tout pauvre trouvant en lui-même toute la richesse intacte. Tout désespéré trouvant en lui-même «n «spoir aussi vivêce que sa vie. Tout i inconnu, et déjà efiacé parmi les hommes.
Jetant dcmc toutes ces armes d'éloquence qu'on lui kât tenir I arrière, et tout le clinquant académique, et tout le probable, res| table et bien construit caAolîcisme. Tout nu, ouï. Et il tiendra ijm la mort. Je le sais et je le savais ; seul peut-fltre je l'ai prévu. Et i vous voulez que je me réjotùsse avec vous, poètes, hommes à'e hommes d'académie, parce qu'il tombe noblement ? Non. J'ai gs un jugement inflexible qui veut distinguer deux choses, le héros tombe, et les faih\«s qui applaudissent. Et toute cette déclamation (ait horreur. Non je n'aimerai pas tst jeux de gladiateurs.