CHAPITRE XXXill
LE POUVOIR l5
La situatioii de 1 esclave est la meilletHre» car les travaux* dangers Q
et besoins c6maiuns (ont 'une amitié i^^de^ bonne par Tamitié réelle «I
à^IaqiieUe dile coilduit toujours ; j*ai remarqué souvent qu*iine amitié ^
ch<xisie est (ii^cile % sauver ; ce nest'pas le lieu de chercher poiurcfooi. ^
Outre edk, Tesdave se trouve amené à'r^^chir et à inventer en pré" ^
sence des choses ; au lieu de délibérer sur la fin, il ne délibère que C
sur les moyem, et surtout sur les moyens proches, ce qui est sain ^
pour Tesprit. Comme d'ailleurs il est fcMTcé de modérer ses passions et '^
surtout dans l'expression, ce qui est la meilleure méthode, î} est bientôt philosophe ; et j^ai revu la sagesse des anciens sûr des miJËKers de visages. q
J ajoute encore au trésor de Tesclave ceci, c'est qu'il est à l'abri des ^
flatteurs ; car qui donc pense à lui plaire ? {^
Le maître a moins bonne part. A gouverner les hommes on se gâte ]^
l'esprit, car l'ordre hiunain est le lieu des miracles. Mais pour le maître, ii
c'est bien pis ; il n'a qu'à dire, sans s'occuper jamais de persuader ; il !^
ne sait jamais par gui la chose ordonnée sera faite, ni comment ; un ^
homme n'est pour lui qu'une pioche qui marche toute seule. Il n'a ^
qu'un moyen, toujours le même, le fouet et la colère. Et j'ai même observé, dans ce triste jeu du maître et de l'esclave, tel qu'oa le voit à la guerre, que la colère est le principal moyen, parce qu'il faut toujours que la peine la plus sévère soit présente à 1 esprit, puisque c'est la seule efficace, et qu'ainsi il faut que l'ordre éveille la révolte, afin que la désobéissance soit révolte ; à quoi vont la colère du maître, et 1 humiliation de l'esclave. Ainsi l'institution veut un chef diu* ; et cette fureur s'inscrit sur le visage, dans les gestes, dans l'attitude ; et le chef est condamné à l'humeur violente, ce qui est un genre de bagne.
Les joies sont pires, peut-être. Ce sont des joies de majesté, qui rendent sot et lourd. Avoir toujours raison, par le pouvoir, cela établit
dans^Tesprit ttne^'infatuation surtout sehiîble qiland Tesclave est soupçonné d^en savoir autaht que le maître. La sottîsè, déjà assez vigoureuse en chacun» devient énorme par cette nourriture et par cet exercice.
Les individus n*y sont pour rien ; chacun sera sot autant qu'il est roi. Exactement autant quu fera faire, au lieu de faire. Toutes les exceptions que chacun pourra citer s'expliquent par là. Contrôler l'obéissance» ce n'est point faire. Là se trouve la coupure, que bien peu ont franchie*. Et toujours le pouvoir se ramasse, dans le réduit d où l'on surveille, où l'on s'irrite, où Ton menace. Il y a de l'ambiguïté dans les mots, parce que celui qui commande doit aussi obéir ; mais il n'y a pas d'ambiguïté dans le fait, car, transmettre un ordre, ce n'est pas obéi^ Or, par l'institution, et par l'appétit de oonuninder, j'ai vu 4ue les diefs s'efforcent en tout d'êtsre chefs^ et dé penser qu'ils simt chefs, et de se séparer de l'action dès qu'ils k peuvent^ C est pourquoi là guerre, en dehors^ des nuiux amxjes et assez visibles» sur lesquels je crois inutile d'écrire» rétablit l'ordre ancien, barbare, détesta qui fait voir, par un mécanisme inflexible, les mdillmu's à la roue, et b» jâres kvant le fouet. Et j'ihsfsttt là-dessus, parce bue le souvenir des fatigues et danflêrs est souvent agréable, au lieu que le souvenir de Pinfatuation dorée tem toujours bondir cet anitnal singulier^ qui supporte mieux la faim et la douleur que l'injustioei