‹ Mars;Chapitre 36 sur 99 · DE L'AMBITION · texte numérisé non relu

DE L'AMBITION

L*Ambitkux pmrMl les PoUvéitrs oomme fin* et les «dibni en tous ses acteSé Cette flIété est k m«rque du bien servir ; aussi c'est en oonsi'^ dérant b finrtîe de l'armée qui est pmpre, brillante et bien nourrie» que l'on peut oohiprendre k forte parole de Talleyrand : « Les manières ëont Uiut. » Sur le visage d'Un sousJieutfenent d'avenir, je vois se des^ siner un sourire atfectueuk qui fleurit à l'approche du grand chef. Ainsi, en même temps que les pouvoirs reconstitués, nous avons vu revivre ia figure du cburlisan. Il (Aut que l'obpissance ait une grâce et soit flatterie: Il faut atoir vu un groupe d officiers sanglés et cirés, Attendant uii chef* C'est l'ancien régime. Il n'y mahque point k serf i II est remar^ quable que, chel lei deux natiotis militaires, l'homme de troupe a l'air d'un pauvre. On voudrait dire que ce contraste est cherché, mais c'est trop dire ; ce contraste est aimé, et cek suffit.

11 y a de l'aisance dans le terrassier, dans le paysan, et l'artiste y trouve à prendre ; mais je doute qu'un dessin de l'homme de troupe, en son allure réelle, puisse retrouver l'homme sous le vêtement ; j'y ai Ç

toujours vu quelque chose de gauche et de malheureux qui rappelle ^

les estampes d'autrefois, et me les a fait comprendre ; je n'avais pas connu k disgrâce de l'esckve. Mais revenons aux marquis.

Il y a une obéissance sans grâce, bourrue, hérissée, plébéienne, qui me fait voir aussitôt un homme qui connaît les choses, qui a des opi^ nions, qui y tient, qui discutera si on l'y invite, enfin qui sait. Ce genre d'honune est roi daiis k paix, parce que c'est lui qui invente. Et même, dans k guerre, il pouvait beaucoup. Toutefois, il s'est trouvé, contre toute attente, déchu et méprisé, conune tant d'anecdotes l'ont rappelé. ^4ais il faut voir les causes. Le pouvoir absolu n'aime pas ce genre de . services, parce que l'homme qui les rend n'est point courtisan du tout. Il est ckir que le maniement des choses ne forme point du tout à la

politesse, parce que les choses ne sont point sensibles à la politesse ; non, mais k la rectitude et fidélité du jugenoent. Les dioses sont inflexibles ; elles ne cMent point k la prière ; il ne s*agit pas de leur plaire ; il suffit de les bien connaître. Celui qui a observé des réactions chimiques, ou qui a réglé quelque appareil de prédsicm» rapporte de ce travail un visage plébéien ; le chef n*aime pas ce mesureur et peseur.

Mais celui qui (ait dépendre ses espérances et toutes ses pensées de ce qui plaît et déplaît au chef donne k son visage d'autres plis, son attention parle autrement. Car Thomme est changeant et flexible ; dune heure k 1 autre il est sensible k d'autres paroles ; on ne peut se faire une règle d'avance, et la méditation solitaire n'avance k rien ; il faut deviner dans l'instant, et se plier dans l'instant. Imiter, c'est ici la méthode natureUe ; de là des vkages qui semblent dire au puissant Seigneur : « façonne^moi », et qui se livrent au pouvoir comme uûe femme au costumier. « Je serai, dit ce charmant visage, ce que vous voudrez que je sois ; je croirai comme vous voudrez que je croie ; >'aurai l'humeur qui VOUS' plaim. ».Cet art occupe tout l'esprit. Ceux qui le pratiquent n'ont même pas l'idée de ce que serait une vérité qui pourrait déplaire ; même, cette idée, des qu'ils en devinent quelque chose, leur parait' scandaleuse. Dent la raison est qtie kurs faits à eux et leur emérience ce sent les chefs, et que ce qui plaît aux chth est le vmi. lel est le vrai chemm de l'airJMtieux. Et c est par là qu'on arrive à comprendre cette alliance naturelle entre l'actrioe» le piètre et l'ôffider.

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