‹ Mars;Chapitre 53 sur 99 · MONSIEUR PURGON · texte numérisé non relu

MONSIEUR PURGON

Au waiet deê médecins tralîtaîres» î*ai éprouvé tks aentûnents vifs ; |

et aujourd'huî encore, quand j*aperçois le velours rougè surmonté de J

galons, je me détourne. On rit à Molière» lorsque cette Importance fait *

son entrée ; chacun se dit : <^ Voilà ce qu'un médiocre médecin voudrait .

être» et voilà ce qu'il serait si nous manquions de courage. » Mais i

coifFez-'le d'un képi doré» c'est fini de rire. Spectacle neuf» un pédant l

qui pnmit de mort celui qui rira. Je n'entends pas qu'il ait le pouvoir \

de tuer par des remèdes ; on peut accepter ce risque'-là. Je dis que ;

si l'on commence à rire» ce qui entraine insolence d'un câté» menace et fureur de l'autre» le résultat est clair. Un roi injuste ou grossier» on i

pouvait touîours lui répondre ; mais avec ces rois de notre temps» il ,

faut écouter le démenti» la moquerie et l'injure comme si l'on était •

de pierre. Il est vrai que ces messieurs n'ont pas le privilège d'insulter i

bassement» je dis même lâchement» des hommes qui ne peuvent j

répondre. Seulement les autres» en cela» ne sont qu'odieux ; le médecin ;

est de plus ridicule ; et respecter ce qui est ridicule» c'est sans doute la plus cuisante marque de l'esclavage. Je me souviens d'un dentiste transformé en médecin à deux galons et qui avait trouvé ce beau raisonnement : « Etes-vous allé en permission ? Oui ? Alors vous êtes guéri. Et taiseZ'-vous. » Il examinait de pauvres diables après leur permission de convalescence. Et le ton était par lui-même injurieux. Infortunés soldats, abandonnés de Dieu et des hommes. Au pouvoir d'un cuistre qui se venge sur eux d'avoir tant salué ses clients et ses clientes. J'arrête ici les anecdotes» j'arriverais à faire rire» et c'est ce que je ne veux point.

Le lecteur cultivé connaît la guerre par des récits d'officier ; et l'officier ignore tout à fait ce genre de misères ; ou bien il les a oubliées ; le pouvoir y a mis ses baumes. Et peut'^tre veulent-'ils croire que le

laboureur ou Touvrier a oublié aussi œs épreuves^ si petites k côté des autres. Certes, il est bien naturel que chacun pense plus volontiers aux heures où il s'est trouvé ingénieux, patient, audacieux autant et plus que le chef. Mais ce mirage du souvenir s*accorde trop clairement avec le jeu des puissants. C*est pourquoi il faut faire un inventaire exact et juste et remuer des vérités désagréables. J*ai constaté chez les autres et j*ai éprouvé moi-même un état enthousiaste qui permet de tout supporter. Mais la disposition commune des combattants, autant que j ai vu, c'est une récrimination, ime amertiune, une révolte continueUe-

i ment renouvelées. Le soldat mâche l'humiliation.

Ces sentiments, qui iraient k la rébellion, et qui y vont quelquefois, sont tempérés, il me semble, d'abord par la présence de l'ennemi, précieux allié toujours pour les puissances ; aussi par la crainte d'un châtiment inévitable ; enfin par le fatalisme qui agit ici conrune un bienfaisant opium : « Ces choses ne peuvent être autrement. » Mais quand le danger commun est écarté, quand la hiérarchie militaire ne pèse plus sur l'homme, s'il vient à entrevoir les causes, ce qui lui offre aussitôt des moyens, alors le redressement sera soudain et brutal, par

f un retour d'amertume. Ce qui se marquera, je crois, dans la politique

par une âpreté souvent inexplicable si l'on ne considère que les intérêts, car tout s arrange. Mais ces vives rancunes, qui rendent toute réconciliation impossible, s'expliquent assez par la séparation que la guerre a fait apparaître, entre les maîtres et les esclaves. Cette guerre latente doit être comptée parmi les profits de la guerre.

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