‹ Mars;Chapitre 63 sur 99 · LA HAINE · texte numérisé non relu

LA HAINE

Un homme» autrefois pacifique et ftnibimà à tout homme, vécut trois SBS sous la botte aHenumtle dans une viUe occupée^ Je Fat trouvé tout autre et altéré de vengeance, étant <le ceux qui auraient l^n sacrifié encore cent n^le hotnines afti de mieux ponâr, par faumiHatîeti et souftrance» le brutal adv^saire* Comme il déclamait devant moi, racontant des souflranoes et des colères b»n réeUes» je l'écouttia sans étoiuioraent ; car ce n*est pas nûradie si guerre engendre guerre. Toutes fois, par halûtude, et par égard aussi pour cet homme cultii?é e€ bon, Ressayai de hmoer quelques cailloux au plus haut étage afin d'éveiller son gouvernement. Et je kn dis ^ « Je comprends qiâe I ardeur de se venger renqKwrte sur Tamour de la vie ;: j'ai éprouvé de ces mouvements. Mais je m étonne, puisque l*eraicmi portait yanroganc3& k ce poM, que vous n'ayez pas eu l'idée d'en tuer un ou deux. Car il n'est pas nécessaire d'être grand et vigoureux comme vous êtes pour tuer à coup sûr un homme ou deux^ dès que l'esprit n'est plus occupé d'autre chose.»

^ Mon cher, répondit-il» vous en parlez conùne un enfant. C'était la mort pour moi, et des exécuti<ms, et l'emprisonnement, et les coups, et^l'exil pour un grand nombre, sans aucune espérance ».

^ J'entends bien, lui dis-je, qu'il aurait fallu quelque action concertée, chacun des habitants tuant k l'heure dite un ennemi ».

« Mais, dit-il, sans victoire possible. » A quoi je répondis : <^ Je ne sais. Car, dans cette guerre d'usure, où l'on jugeait avoir vaincu utilement si, au prix de mille soldats vigoiueux on tuait deux miUe ennemis de màne valeur, vous aviez, vous, l'armée des civils, une situation favorable ; pour détruire un ennemi vigoureux et propre à la guerre, vous n'aviez k sacrifier qu'un Français inudle. Et l'expérience a fait voir qu'un dvil énergique peut livrer ^. ip^ill^iHeaL batailles. Car

Albéric Magnard, par exemple, tirant de sa fenêtre ju8qu*à^u!sement de ses munitions, a certainement gi^é la guerre pour son compte, détruisant, au prix de sa vie, qui avait une valeur militaire nulle, trois ou quatre jeunes combattants, peut-^e. »

« Je ne vois pas, dit-il, où vous visez ; il est assez dair que, selon les mœurs ^ les lois, ce genre de guerre n*est pas doUigation stricte, mais laissé à chacun selon sa nature. »

« Et )e veux seulement constater, lui dis-)e, oue votre fureur, suite d'esclavage et d'humiliation, n'allait pas jusquà vous faire déclarer ce genre de guerre pour votre compte, »

« Vous me prouvez, dit-il, que je n'ai rien d'un violent et je le sais bien. Mais où tend ce discours? »

« A ceci, mon cher, que, hors^ë toute obligation stricte, et pour céder seulement à des sentiments vifs, vous déclariez pour votre part, en % novembre 1919, im supplément de guerre gai aurait été fait par d'au-

I très, et sans aucun danger pour votre vie. Or il se peut bien, je ne dis"

i;i cute pas là-dessus» que les intérêts, le jeu des pouvoirs, la nécessité

inflexible, nous fassent <x>nsentir quoique sans bonheur à sacrifier la vie des autres. Mais, autant qu'il s'agit d'un plaisir de vengeance, ma morale à moi, que je croyais la vôtre, exige que l'on se venge soi-même ^ et à ses risques ; c'est la seule excuse que je trouve aux sentiments

Z)\ violents, quelle qu'en soit la nature, car le risque les modère naturelle"

ment. Et c'est une raison forte de ne pas être indulgent à la haine quç l'on éprouve, dès qu'on ne la signe pas de son sang. »

TA

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