‹ Marseille et la colonisation françaiseChapitre 30 sur 41 · nav. : 1.197.165 t · texte numérisé non relu

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Pour la dernière période, on peut faire figurer Dunkerque cl Rouen, dont la navigation avec les colonies a pris de grands développements. (Dunkerque, 1.011 nav. : 620.000 t. ; Rouen, 538 nav. : 504.458 t.).

C'est-à-dire que la navigation avec les colonies représente pour chacun de ces ports la fraction suivante du mouvement total ( approximativement :

LeHavre 1/14

Bordeaux 1/7

Dunkerque »

Rouen » »

Ainsi, plus du quart du mouvement du port de Marseille est alimenté actuellement par ses relations avec les colonies et la proportion serait beaucoup plus forte, atteindrait peut-être le tiers, si l'on tenait compte des lignes de paquebots dont le tonnage ne figure pas dans les chiffres ci-dessus.

Les progrès du commerce colonial à Marseille ont-ils été aussi rapides que ceux de la navigation ? Voici, à cinquante ans de distance, la comparaison des chiffres du commerce de la France entière et de Marseille avec les colonies et pays de protectorat (Algérie et Tunisie comprises) :

France F. 285.012.349 F. 813.483.452

Ainsi, en 1846, le trafic de Marseille représentait un peu plus des deux cinquièmes du trafic total ; en 1896 plus des trois cinquièmes. Donc la part que prend Marseille au trafic colonial est bien plus considérable que ne l'indique le mouvement de la navigation, du moins tel qu'il ressort du Tableau général du commerce de la France. Malheureusement nous ne pouvons faire la comparaison avec nos autres grands ports, car la valeur de leur commerce avec les différents pays étrangers n'est pas publiée dans les statistiques officielles ; pour la connaître, il faudrait faire le dépouillement minutieux par pays des importations et des exportations de ces ports relevées dans les états de douane, où les quantités de chaque marchandise sont indiquées en poids, puis en calculer la valeur, comme nous l'avons fait pour Marseille.

Comparons enfin le commerce de Marseille avec les colonies au trafic total de ce port. Voici de nouveau les chiffres de 1846 et de 1896.

Commerce total F. 500.000.000? F. 1.910.081.000

- colonial. 129.189.000 502.878.000

Aux deux époques ont voit que le chiffre du trafic colonial représente environ le quart du total, c'est-à-dire une proportion inférieure

à la part de la navigation coloniale dans le mouvement total du port de Marseille.

Quels sont les principaux articles de ce commerce colonial? On est frappé immédiatement d'un fait. Marseille a toujours été, parmi les ports français, un port d'importation ; actuellement encore, ses achats dépassent de 150 à 300 millions, suivant les années, la Valeur de ses ventes. Or, pour le commerce colonial, le phénomène est lout inverse. Le port provençal vend beaucoup plus à jios possessions extérieures, comme le montrent les chiffres suivants :

Importations à Marseille en 1896 :

Totales : 1.043.651.200 fr.; des colonies : 161.578.921 fr.

Exportations de Marseille en 1896 :

Totales : 866.429.800 fr.; aux colonies : 341.299.128 fr.

Ainsi, en 1896, le chiffre de ces importations spéciales n'atteignait pas la moitié de celui des exportations. La même disproportion existe, mais bien moins marquée, dans la balance générale du commerce colonial de la France; c'est d'une centaine de millions seulement, et beaucoup moins, certaines années, que les exportations l'emportent sur les importations.

Il pourrait sembler qu'il y a là une situation désavantageuse à la fois pour les colonies et pour Marseille, car, pour que les relations entre deux pays se développent, un certain équilibre entre les importations et les exportations de chacun paraît nécessaire. Il est en effet à souhaiter, pour l'augmentation du trafic de Marseille, que lus besoins de ses industries augmentent et surtout que l'amélioration des voies de pénétration permette d'introduire les marchandises coloniales dans un rayon beaucoup plus étendu. Mais le manque d'équilibre actuel en faveur des exportations n'a rien d'extraordinaire pour les colonies; c'est un phénomène naturel aux pays neufs d'avoir beaucoup à acheter pour opérer leur mise en valeur et créer leur outillage économique.

Quant au fait que c'est surtout à Marseille que les colonies aient beaucoup plus à acheter qu'à vendre, l'explication est toute simple.

Ce sont des produits lourds et de faible valeur, denrées alimentaires ou matières premières, qui débarquent surtout sur les quais de Marseille. Cette catégorie de marchandises ne peut pas supporter de longs transports à l'intérieur. Celles qui sont destinées à être consommées dans le sud-ouest, le centre ou le nord de la France, sont transportées par mer dans le port le plus proche du lieu de consommation : Bordeaux, Nantes, le Havre ou Dunkerque. Les marchandises d'exportation, sorties de nos manufactures, y ont acquis une bien plus grande valeur sous le même poids. Beaucoup ne redoutent pas les transports par chemins de fer ni par les paquebots rapides qui partent surtout de Marseille. C'est pourquoi celle-ci, port régional pour les importations coloniales, est beaucoup plus port national pour les exportations. Sa part dans les importations coloniales a été de 44 o/o en 1902; elle s'est élevée à 57 o/o aux exportations.

De l'explication qui vient d'être donnée, il résulte que la nature du commerce marseillais doit paraître toute différente si on examine les poids au lieu des valeurs. L'équilibre de la balance est alors, en effet, rompu en faveur des importations coloniales qui s'élevaient, en 1896, à 470.694 tonnes métriques, tandis que les exportations ne dépassaient pas 327.000 tonnes. Toutefois, il est à remarquer que la différence entre ces deux poids est bien moindre qu'entre ceux des importations (2.739.000 tonnes) et des exportations totales de Marseille (1.801.000 tonnes). La navigation de ce port avec les colonies peut donc être organisée dans des conditions plus normales et plus avantageuses qu'avec les autres pays. Les chargements ne sont pas abondants pour les navires qui se rendent dans nos possessions, mais ils ne manquent pas et les navires ne sont pas obligés de partir aussi souvent, ni aussi complètement, sur lest. On a vu que l'appoint de marchandises lourdes, telles que les matériaux de construction, fournis par les industries des environs de Marseille, contribuait à établir un état de choses plus favorable.

Des tableaux statistiques feront mieux voir quels sont les principaux éléments du commerce colonial de Marseille et leur comparaison avec ceux du commerce général de ce port.

Tableau comparatif du poids des importations coloniales et de Vensemble des importations à Marseille, 1896 (en tonnes métriques).

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