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Bénéfices présumés .. . F. 1G2.000
Sur les 30.000 cuirs que l'on préparait à Marseille en 1830, 6.000 étaient fournis par nos abattoirs, (1) le reste provenait des importations du Sénégal et de l'Amérique du Sud, particulièrement de Buenos- Ayres, Rio- Janeiro, ' Rio Grande et Bahia.
(1) En 1879, il a été abattu à Marseille, 294.561 animaux de boucherie, dont 33.346 bœufs et vaches, 10.730 veaux, 186.574 moutons, 43.092 agneaux et chevreaux, et 17.819 porcs.
En 1842, il existait à Marseille 11 fabriques
tannant le yros cuir, et employant !)0 ouvriers. 30 établissements travaillaient la petite peau. Occupant 178 ouvriers, ils livraient annuellement au Commerce 720.000 peaux de chèvre et 300.000 peaux de mouton, soit ensemble 1.020.000 peaux. Sur ce nombre, 900.000 environ étaient envoyées, tannées seulement, à Paris et à Lyon, pour y être corroyées et maroquinées, savoir 700.000 dans la capitale et 200.000 à Lyon.
Les 720.000 peaux de chèvres revenaient, fabriquées à F. 1.620.000
Les 25 . 000 cuirs fabriqués, pesant environ 3.000 q. m. avaient une valeur de 870.000
Les 300.000 peaux de mouton, celle de 550.000
La valeur des produits de nos tanneries était donc de 2.0-40.000
A partir de l'année 1843. des commandes extraordinaires vinrent imprimer à notre industrie un mouvement ascensionnel tellement
remarquable que le prix des écorccs s'éleva rapidement des prix de 7 fr. 50 cl 8 l'r. lb à ceux de 12 et 13 l'r. les 100 kil. (1)
Tant il est vrai que L'activité appelle l'activité, cl qu'en se montrant libéral vis-à-vis des autres, un peuple sert moins leurs intérêts que les siens et l'ait encore le meilleur des calculs !
Circonstance singulière et qui mérite' d'être signalée ! L'industrie des cuirset des peaux qui, sous le règne de Louis-Philippe Ie1', l'ut portée à un si haut degré de prospérité, ne reçut pas à Marseille, des événements de 1848, le même coup que les autres branches de la production française.
On aurait pu croire qu'au milieu de la détresse du crédit, des agitations populaires, des somhres perspectives du temps, ces produits recevraient la même atteinte que les denrées et les marchandises de première nécessité, celles qui défraient nos plus stricts hesoins. Rien de semblante ne se produisit cependant. Alors que les
(I) Voici le prix des écorces à Marseille en Mars 1880 : chêne vert en canelle, 12 à 13 l'r.; chêne vert en poudre, li à 15 fr. ; (Jarouille d'Afrique, 1G fr. ; Garouille du pays, 14 fr. ; sumac de Sicile, première marque, de 31 à 33 fr.
autres marchandises, même celles d'économie domestique, éprouvaient des dépréciations sensibles et supportaient les dommages inséparables du délaissement, les cuirs et les peaux restaient, à quelques exceptions près, en possession de leurs débouchés. Gomment expliquer cette anomalie ? Le plus naturellement du monde. La tannerie marseillaise ne relève pas de la France seule ; elle a un autre empire, et ce n'est pas le plus ingrat. Elle avait alors, pour une large part, surtout dans le Levant, une clientèle qu'une longue paix lui avait value, et qu'elle a fait des efforts incessants pour conserver. Or, quand l'intérieur lui manque, l'étranger lui reste généralement fidèle. C'est ce que nous avons vu naguère, lorsque s'alluma la dernière guerre enti'e les Russes et les Turcs. Une vive reprise sur les cuirs tannés était facile à prévoir, en présence des commandes, qui ne furent jamais plus suivies. Malheureusement, notre commerce manquant de confiance et de résolution , les demandes que nos tanneurs recevaient de tous les points de l'empire Ottoman ne furent pas exécutées.
Bien plus aventureux que nous, les Améri-
cains du Nord virent, avec cette sûreté de coup d'œil que rien n'égale, tout le parti que l'on pourrait tirer du stoch de peaux en poil dont les marchés de l'Europe el de la Plata regorgeaient, ainsi que de l'avilissement des prix qui se pratiquaient à eette époque. Ils s'organisèrent pour tanner, au moyen de leur hainelock (1), des cuirs dont la fabrication n'exigerait pas moins de 12 à 15 mois dans notre pays. Gomme ils purent , dans des conditions semblables , approvisionner la Turquie et une partie de la Russie, l'industrie française se vit privée d'un débouebé grâce auquel, restant maîtresse des marchés du Levant, elle aurait pu maintenir ses fabriques en activité.
Dans l'année 1853, une série de crises violentes qui ébranlèrent fortement la tannerie marseillaise, se produisit dans les départements méridionaux.
(I) Le hamelock est une matière très abondante aux États-Unis.
Amenée par le renchérissement des cuirs en poil résultant du défaut d'arrivages de l'Amérique, cette crise fut bientôt aggravée par l'insurrection de la Grèce et la guerre d'Orient, événement qui coup sur coup interrompirent les affaires dans ces deux régions, principaux débouchés de nos tanneries.
La suppression, vers la même époque, de la franchise du port de Nice, suppression qui soumit nos cuirs tannés au prix exorbitant de 40 francs par 100 kil. , vint aviver les souffrances de nos fabricants.
Ce n'était pas assez de ce concours de circonstances désastreuses. En 1854, le Ministre de l'Agriculture et du Commerce autorisa l'exportation de 10 millions de kilogrammes d'écorces à tan, dans l'intérêt, trop souvent allégué, de la conservation et du bon aménagement des forêts du Var.
Dans une protestation qu'ils adressèrent au Ministre, les tanneurs de la ville de Brignoles, qui s'étaient placés sous les auspices de la ebambre de commerce de Marseille, représentèrent que, si grand qu'il pût-être, cet intérêt ne saurait balancer le préjudice que la ruine d'une
branche considérable de l'Industrie et du commerce dans le raidi de la France ferait éprouver
à l'Etat. « Après avoir écrasé les tanneries du « Var et des Bouches-du-Rhône, la spéculation « étrangère, disaient-ils, restée seule maîtresse « du marché, ne manquera pas de dicter la loi « aux propriétaires des forêts, qu'elle séduit eu « ce moment par l'appât de son or, et de les « faire passer sous les fourches caudines d'une « nécessité qu'eux-mêmes auront fait naître. » En élevant la voix dans cette circonstance, la Chambre de commerce de Marseille, gardienne vigilante des intérêts de toutes les industries de la région, commença par déclarer qu'elle avait toujours été, par ses traditions et ses principes, l'adversaire irréconciliable des prohibitions ; mais qu'aussi longtemps que les industries seraient condamnées à vivre sous le régime protecteur, et subiraient les inconvénients que leur imposaient les préjugés agricoles, la Chambre ne pouvait s'empêcher de reconnaître que ces industries devaient nécessairement se raccrocher des pieds et des mains au seul bon côté de la mauvaise situation où la législation les avait placées.
G'estainsi qu'il lui semblait que, du moment où elle était soumise à des surcroîts de charges résultant de l'élévation des tarifs qui pesaient sur tous ses instruments de travail, et luttait avec tant de peine contre la concurrence étrangère, c'était à bon droit que notre tannerie revendiquait les compensations de ces charges, et demandait le maintien des clauses qui pouvaient lui être favorables, dans un contrat onéreux.
De si bonnes raisons ne furent pas accueillies, aussi depuis cette époque, la fabrication des gros cuirs à Marseille n'a-t-elle fait que décliner d'une année à l'autre.
C'est ainsi que la quantité de cuirs fabriqués en 1879, dans les Bouches-du-Rhône, a été, d'après le tableau qui suit, d'un chiffre inférieur de 6.500 à celui de 1878, et de 14,350 à celui de 1877. C'est une diminution de plus de la moitié du nombre de cuirs qui se fabriquait à cette dernière époque.