I. INTENDANCE ET LA PESTE
A partir de la prise de Constantinople , qui eut lien en 1453 , la fréquence de la peste à Marseille augmenta avec celle de ses relations avec les échelles du Levant ; elle s’y montra, en effet , en 1416,1424, 1505, 1506,1507, 1527 , 1530 , 1547, 1557 et 1558.
Des calamités si fréquentes firent rechercher naturellement , les moyens de les prévenir, et c’est de cette époque que datent en effet nos premiers établissements sanitaires et les premières quarantaines ; ils eurent une existence plus régulière plus permanente, en 1476, au retour du bon roi René de Lyon, où il était allé s’aboucher avec son inquiet et soupçonneux suzerain , Louis de Valois (Louis XI). Ayant appris, en rentrant à Aix, sa capitale, que la peste ravageait Marseille , il y envoya des instructions sanitaires et intima à ses consuls l’ordre formel de rester à leur poste, précaution qui n’était pas inutile à une époque où les autorités , prenant trop souvent la fuite , abandonnaient ainsi les villes pestiférées non seulement aux horreurs du fléau , mais encoreaux voleurs et aux assassins , autre espèce de fléau non moins redoutable. On disposa donc plusieurs bâtiments pour servir d’hôpitaux , on y fit transporter les pestiférés et on les mit, autant que possible, en état de séquestration. Ce fut là véritablement la première application faite à Marseille du principe de la quarantaine.
Les chroniques du temps ne disent pas quelles furent à cette époque les premiers linéaments (qu’on me passe ce mot) , de l’Intendance sanitaire ; on estime seulement que le roi René, qui aimait beaucoup Marseille et surtout les marins, les pêcheurs et en général tous les gens de mer, dut les charger du service sanitaire. Peut-être pourrait-on arriver à éclaircir ce point historique en consultant les archives de la Prud’hommie des pêcheurs de Marseille, qui ont survécu à celles de flntendance elle-même , et qui sont d'ailleurs bien plus anciennes. Médecin pendant plusieurs années de la corporation des pêcheurs, j’ai pu me convaincre qu’il existe à la Prud’hommie des documents très-curieux , parmi lesquels un grand nombre datent de l’époque dont je parle , les parchemins, les lettres patentes, les chartes, etc., y sont en grand nombre , présentant encore intacts les grands cachets de cire jaune, verte, etc. Que les amateurs se le disent et profitent de cette indication.
if INTENDANCE ET LA PESTE.
En 1416 , après la cessation de la peste, le principe de la séquestration, dont on avait Vérifié les avantages comme base de système sanitaire, fut définitivement adopté ; on convertit en lazaret un vaste bâtiment situé rue des Rondeaux (aujourd’hui rue Radeau ) , non loin de la partie du, quai du port , qui portait le nom pittoresque de Cheminée du roi René, parce que ce bon prince, qui aimait beaucoup, je Fai déjà dit, les pêcheurs , y venait prendre quelquefois le soleil en hiver au milieu d’eux. On institua en outre une consigne dans le fort Saint- Jean ; lorsque les navires qui revenaient des pays turcs avaient des malades à bord, on renfermait ceux-ci dans l’hôpital des Rondeaux , dont ils ne sortaient que lorsqu’ils étaient guéris ; quant aux navires eux-mêmes , ils étaient consignés , c’est-à-dire qu’ils s’amarraient à l’entrée du port et restaient sans communication avec leurs voisins.
Tels furent le premier Lazaret , et les premières quarantaines à Marseille ; c’est dans le cartulaire de Saint-Victor que ces renseignements ont été puisés. Ce n’est que sous le règne de François I*' , le 18 avril 1526 , que le conseil de la ville , après avoir pris l’avis des Prud’hommes, délibéra (les menaces de peste devenant de plus en plus fréquentes ) de faire bâtir un Lazaret au voisinage de la Porte-de-l’Ourse et de charger la confrérie de Sainte-Barbe, qui était celle des gens de mer, de l’exécution de cette mesure. Cette confrérie avait déjà depuis longtemps la surveillance des léproseries ;
La peste de 1527 hâta 1a construction du Lazaret voté par le conseil de la ville, et qui prit le nom d 1 Hôpital de V infirmerie ou de la charité. Toutefois, l’ancien hôpital des Rondeaux, ne fut pas abandonné pour cela, et il est probable que ces établissements n’étaient que provisoires, puisque un peu plus tard on en établit de plus considérables dans le quartier tout-à-fait opposé à celui de Saint-Jean , c’est-à-dire aux Catalans et dans les environs de FabbayeSaint-Victor.En 1557 et 1558, les mesures de séquestration ayant été bien observées dans ces nouveaux établissements , la peste s’y éteignit sans pénétrer dans la ville.
En 1580 , on ne fut pas aussi heureux : la peste et la famine ravagèrent de nouveau Marseille; plus de 30,000 personnes périrent; les premiers magistrats prirent la fuite, et nos chroniques
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sont unanimes pour vanter le courage de Pierre Banquier , de Martigues , capitaine de la tour de Bouc, qui vint dans notre ville se dévouer aux malades. C’est pendant cette peste qu’une multitude de cadavres furent enterrés au Pharo , dans le voisinage des vieilles infirmeries. Les ossements qu’on y a mis à découvert à diverses époques proviennent évidemment de cette peste , qui fut tellement affreuse, qu’en 1586 et 1587, le fléau ayant reparu, l’émigration fut générale et la ville resta déserte.
En 1628 , 1649 et 1650, la peste ayant été de nouveau importée à Marseille, les quarantaines furent si sévères, si bien faites, qu’elle s’éteignit dans le Lazaret, et , à partir de la dernière époque jusqu’à 1720, le régime sanitaire ayant acquis beaucoup de perfection , le fléau cessa de se montrer dans notre ville et la population ne s’en préoccupa plus.
C’est à partir de 1640 seulement que l’on fit mention sur les registres , du nombre et des noms des Intendants; ce n’est même qu’en 1647 que le registre des délibérations prit une forme régulière.
Le nombre des Intendants , disons-le en passant , a varié souvent : del640 à 1648, il aété cle24; del7, del650àl652, et de 15, en 1642; mais, sauf ces exceptions, il a toujours été de 16 à 18 membres jusqu’au moment delà dissolution définitive de l’assemblée.
La durée des fonctions a successivement varié d’une année à six; elles ont toujours été gratuites ; quoi qu’en aient dit les ennemis de nos institutions sanitaires, les Intendants ont toujours rempli leurs devoirs à titre onéreux et par simple dévouement à la cause commune. Il n’y avait de rétribués dans l’administration que les officiers , les secrétaires , les commis , les prêtres , les médecins , les gardes et les mariniers. Ces divers employés formaient ensemble un personnel de 165 individus. Il n’est sorte de calomnie qu’on n’ait répandue sur le compte des Intendants , sous le règne de Louis-Philippe , pour les discréditer dans l’opinion publique ; à entendre leurs détracteurs, la gratuité de leurs fonctions n’étail qu’apparente, et ils réalisaient au contraire des gains illicites considérables, se donnant au Lazaret des banquets somptueux aux frais de l’administration. Le but de ces calomnies était tout simplement d’arriver à mettre la main sur la caisse de l’Intendance,
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que l’autorité centrale convoitait depuislongtemps. Lorsqu'on veut tuer son chien , dit un proverbe trivial , vulgaire , mais plein de vérité, on dit qu’il est enragé. Telle est la conduite qu’on a tenue à Paris, contre l’Intendance sanitaire de Marseille.
L’importation de 1720, par le capitaine Cliataud, eut des résultats terribles, et l’Intendance sanitaire qui , depuis 72 ans , n’avait cessé d’arrêter la peste à nos portes, ne put, dans cette circonstance, sauver Marseille , parce qu’elle fut trompée. Le capitaine Cliataud arriva en effet dans notre port sous patente nette et ayant perdu , pendant la traversée de Seyde à Marseille , trois hommes dont la maladie n’avait pas offert à ce qu’il paraît les symptômes carac térisques de la peste. Je trouve la preuve irréfragable de ce fait et de l’irresponsabilité de l’Intendance dans la déclaration même du capitaine Ghataud , dont a hérité un de nos savants bibliophiles, M. Crozet d’Alayer, qui a bien voulu me donner copie de cette pièce extraite des registres de l’Intendance. Je la transcris ici en lui conservant sou ortographe.
« Du 25 may 1720.
« Monsieur Tiran , intendant semanier, a interrogé Jean-Bap- » liste Ghataud, capitaine du vaisseau le Grand-Saint- Antoine , » venant de Seyde, en manquant depuis le 30 janvier, chargé de » diverses marchandises pour plusieurs, il a touché à Tripolv, en » est parti le 3e auril et de Chipres le 18 ; il a relâché a Liuourne , » d’ou il manque depuis le 19 du courant, y ayant laissé lecapi- » taine Buech, il a 8 passagers, le capitaine Carré disgracié, un » Arménien et son valet et autres pour les infirmeries. — Il faut 4 » portefaix, la voille à M. Laurens. Il faut 1 garde , les gens de son » épuipage qui leur sont morts tant en route qu'à Liuourne sont » morts de mauvais aliments. »
Ainsi, il est bien certain que la déposition du capitaine Ghataud, la nature de la patente n’autorisaient pas l’Intendance à le retenir longtemps au Lazaret , et que cette Administration , en le faisant, acheva de mettre au grand jour sa vigilance. Malheureusement elle crut devoir donner la libre pratique aux passagers.
Du 14 juin, jour de l’entrée des passagers du Saint-Antoine , au 8 juillet, le fléau couva eu quelque sorte dans les vieux quartiers de la ville, spécialement dans ceux que l’on rase en ce moment
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pour construire la rue Impériale. Des praticiens qui ne méritaient pas ce nom , s’obstinèrent à n’y voir que des fièvres malignes ; mais bientôt l'affreuse vérité fut connue et une grande terreur régna dans notre ville; à partir du mois d’août il y mourait journellement de 300 à 400 personnes.
Le fléau fut importé de Marseille à Toulon , et le nombre des décès , en y comprenant ceux de cette dernière ville , s’éleva eu totalité et d’après les meilleurs calculs (ceux du médecin Bertrand , historien de l’épidémie), à 87,659, chiffre véritablement effrayant et qui est bien fait, on en conviendra, pour entretenir dans nos murs la crainte de la peste.
Pendant le cours de cette grande calamité publique une foule de citoyens et de fonctionnaires prirent honteusement la fuite , ne pensant qu’à leur sûreté personnelle; d’autres, restés avec courage à leur poste , se couvrirent de gloire par leur dévoueinen t à l’humanité. L’histoire nous à conservé les noms à jamais illustres de Belsunce , Pilles , Estelle , Moustiers , Auclemard . Dieudé , Pichaty de Croissaint , d’ Entrechaut , de Toulon, etc. L’Intendance de santé se déclara en permanence ou à peu près, car ses séances devinrent journalières; elle montra un zèle au-dessus de tout éloge, se partagea les divers quartiers delà ville et y dirigea l’exécution des mesures sanitaires. Les registres furent tenus avec la même exactitude que dans les temps ordinaires , et ils ont. témoigné longtemps des services rendus par l’Administration. Rolland et le chevalier Rose furent les intendants qui se prodiguèrent le plus , ou dont les services eurent le plus d’éclat ; personne n’ignore que le dernier, dont la célébrité égale celle de Belsunce et qui aurait depuis longtemps sa statue dans notre ville , s’il avait été évêque , se mit, le 8 septembre, à la tête de 2,000 forrats , et procéda avec eux à l’enlèvement de plusieurs milliers de cadavres qui infectaient les rues et dont les miasmes activaient encore la contagion pestilentielle. Il était achevai, et comme dans un certain moment le cœur manqua aux forçats, il mit pied à terre et leur prêta la main pour les encourager. Que les Marseillais ne l’oublient pas ou plutôt qu’ils y songent enfin ! Le brave chevalier Rose a été la plus grande figure, peut-être, du terrible drame de 1720, et sa mémoire attend encore un monument : les cir-
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constances sont favorables pour lui rendre enfin cette justice, puisque la place qui portait son nom et où il demeura , considérablement agrandie, forme maintenant l’entrée de la nouvelle rue Impériale; il y a quelque chose là à faire.
Il est bien certain, quoiqu’on en ait dit quece furent les passagers du Saint-Antoine , commandé par le capitaine Chataud , qui, admis à la libre pratique quelque temps après leur arrivée , alors que le navire et son équipage étaient encore séquestrés , que ce furent, dis-je , ces passagers qui introduisirent la peste à Marseille. Je sais que les non-contagionistes de l’époque ont contesté ce fait et qu’ils ont prétendu que des cas avaient déjà eu lieu en ville avant l’arrivée du capitaine Chataud. Admettons un instant la vérité de ce dire , mais adressons-nous cette question : Pourquoi cette coïncidence entre les cas de peste de Marseille et l’épidémie qui sévissait dans le Levant? Est-ce que cette coincïdence ne pourrait rien faire préjuger sur l’origine de ces prétendus cas? Et puis pourquoi le fait ne s’est-il plus renouvelé? Est-ce que le port de Marseille ne s’est pas trouvé, sous les dernières années de Louis-Philippe, dans un tel état d’infection , que si la peste pouvait naître spontanément chez nous , elle n’aurait certes pas laissé passer cette occasion de s’v montrer ?
Mais pourquoi insisterai-je sur de pareils raisonnements , les autorités les plus nombreuses et les plus compétentes, n’accusentelles pas le capitaine Chataud de l’importation de 1720. Ecoutons le médecin Bertrand, si nous ne nous en rapportons pas à Pichatty de Croissaint et autres historiens de l’époque.
« On attend peut-être de nous, dit-il (page 49 de sa relation), que nous déclarions si la contagion est venue des infirmeries et comment , par qui elle y a été apportée; nous aimons mieux voir cette histoire défectueuse que de rendre qui que ce soit responsable de tant de malheurs et de faire tomber sur lui la haine et le ressentiment du public.
» Ce quJil y a de bien certain , ajoute V auteur , c’est que la peste était bienvéritablement dans le bord du capitaine Chataud , que ses marchandises l’ont portée dans les infirmeries, qu’un des premiers malades qui ont été vus en ville n’en était sorti que depuis quelques jours avec ses hardes, que les premières familles attaquées
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ont. été celles de quelques tailleurs ou taiileuses, d’un fripier, gens qui achètent toute espèce de hardes , celle du nommé Pierre Cadenel , vers les Grands-Carmes, fameux contrebandeur et reconnu pour tel, et d’autres contrebandeurs qui demeuraient dans la rue de l’Escale et aux environs ; que le faubourg qui est joignant les infirmeries a été attaqué en même temps que la rue de l’Escale, et qu’enfin, il y avait alors de nouvelles défenses d’entrer les indiennes et les autres étoffes du Levant. Nous laissons à chacun la liberté de faire les réflexions qui suivent naturellement de ces faits. »
Bertrand accuse évidemment dans ce chapitre l’Administration sanitaire d’un défaut de surveillance que rendait bien nécessaire l’extrême rapprochement où était alors leLazaret de la ville, et qui devait faciliter un commerce interlope entre les quarantenaires et sans doute entre les gardes et autres bas employés de cet établissement avec la population du faubourg Saint-Lazare et du quartier de la Joliette, etc. Ses réticences, le soin qu’il met à ne pas s’expliquer nettement après avoir fait cependant sa profession de foi sur l’état sanitaire du Grand-Saint- Antoine , sont tout autant de preuves à l’appui de l’opinion si naturelle de l’importation ; ce médecin savait beaucoup de choses sans doute ; mais il ne pouvait tout dire , il avait des ménagements à garder; si bien qu’il a été obligé de faire publier sa relation non pas à Marseille, mais à Cologne. Cette circonstance est significative; il m’appartient de la rappeler ici.
Les récits de Bertrand méritent d’ailleurs la plus haute confiance ; la Statistique des Bouches-du-Rhône , dont on connaît f exactitude, dit en effet , en parlant de lui (tome 3, p. 320 ): « Jean- Baptiste Bertrand , de Martigues, est l’auteur de la Relation historique de la peste , et d’une multitude d’autres ouvrages tous recommandables autant par le style que par la science. La ville de Marseille lui doit une grande reconnaissance pour le dévouement et le zèle dont il fit preuve pendant sa carrière médicale. ».
Longtemps l’Intendance sanitaire fut, en quelque sorte , une annexe de la municipalité , c’était le consul de la ville qui remplaçait chaque année les deux membres dont les fonctions expiraient. Dans les grandes circonstances , on lui adjoignait un certain nombre d’échevins (conseillers municipaux de l’époque); il paraît même que l’ordonnance du 13 septembre 1724, déclara les cou-
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suis et les échevins en masse , membres nés de l’Administration sanitaire.
Mais à mesure que nous nous rapprochons de notre époque, nous voyons l’indépendance de cette Administration , devenir de plus en plus marquée et la municipalité s’immiscer rarement à ses fonctions ; nous constatons aussi la tendance du gouvernement à restreindre ses pouvoirs En 1850, lorsque l’Intendance fut supprimée, le maire de Marseille seul en était membre né et président honoraire ; le général commandant la division militaire , le commissaire chef du service de la marine et le directeur des douanes pouvaient assister aux séances avec voix délibérative.
Avant d’aller plus loin , je ne dois pas oublier de rappeler qu’en 1720, Chervin et son école sceptique eurent un précurseur à Paris dans la négation de la contagion de la peste , ce qui fait qu’ils n’ont pas même l’honneur ( si toutefois c’en fut un ) de l’invention de leur périlleux et décevant système. Chirac, médecin du régent Philippe d’Orléans , bien qu’il n’eut pas quitté Paris et qu’il n’eût pas vu un seul pestiféré, déclara dans un mémoire , que la maladie de Marseille, dont les symptômes caractérisques étaient les bubons et les charbons , n’était pas la peste, qu’elle n’était pas le fait de l’importation , qu’on ne pouvait enfin la considérer que comme une fièvre maligne due à la misère , aux mauvais aliments aux foyers d’infection. Ce rapprochement entre cette époque et la nôtre , n'est- il pas curieux et n’achève-t-il pas de faire ressortir l’outrecuidance de la médecine parisienne, toujours disposée à imposer ses opinions à la province et ne reculant pas même , dans certain cas , devant l’emploi de la force matérielle pour arriver à ce but ?....
« Tout bien considéré , disait Chirac , dans le mémoire dont il s’agit, après avoir lu et examiné avec une grande attention les divers rapports qu’on a envoyés de Marseille , sur le caractère de la maladie qui y règne , sur le nombre des personnes qui en sont mortes et sur les circonstances de leur mort , qui sont affreuses , j'ai jugé que cette maladie , quoique grande en elle-même et trèsdangereuse , n’était qu’une fièvre maligne , très-ordinaire , que ce n est point une peste venue du Levant et portée par un vaisseau qui en est arrivé dans le port de Marseille . Oui î ce n’est qu’une
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fièvre maligne causée par les mauvaises nourritures du petit peuple de Marseille. Il n’en faut pas davantage pour causer une maladie aussi considérable , et la preuve de cela c’est qu’il n’y a jusqu’ici que le bas peuple qui en a beaucoup souffert ; par exemple : les crocheteurs qui ont porté les balles de marchandises du vaisseau prétendu infect et qui se sont ensuite exposés à l’air froid ayant sué ? etc. »
La peste de 1720 , était une fièvre maligne pour Chirac, en dépit des bubons et des charbons , comme la fièvre jaune de Saint-Nazaire en 1860, était pour le directeur de la santé publique, dans cette petite ville et nonobstant le vomissement noir et l’ictère , une fièvre intermittente ou rémittente pernicieuse. Ainsi que nous le verrons en temps et lieu , les non-contagionistes ont procédé de la meme manière dans tous les temps : négation de l’importation, recherche ou plutôt invention de causes locales (misère, mauvaise alimentation , émanations, d’égouts, etc. ) , ils ne sortent jamais de ce système. En 1 720 et dans notre siècle , ils ont eu de plus ce point de contact avec leurs devanciers, qu’ils n’ont jamais manqué d’injurier et de diffamer les médecins qui, payant bravement de leur personne au milieu des grandes calamités publiques, avaient le malheur de professer le dogme de l’importation et de la contagion. Enfin Chirac insulte, dans ce même mémoire, le corps médical de Marseille, l’accusant de pusillanimité, surtout d’ignorance, et nous verrons combien de fois, à notre époque, Chervin et son école ont adressé les mêmes insultes à ceux qui défendaient les principes devant lesquels M. Mélier fait en ce moment amende honorable.
Le médecin Bertrand , dont le caractère , je suis heureux de le constater , se rapprochait beaucoup du mien , et dont l’ouvrage sur 1a, peste de 1720 est en ce moment sous mes yeux (1) dit à son puissant confrère, à propos de ces insultes inqualifiables : « On ne sait où l'auteur de ce mémoire a vu des médecins de ce caractère . si l'élévation et le mérite donnent droit à instruire les autres , ils ne peuvent jamais devenir un titre légitime pour les mépriser encore moins pour leur prêter des sentiments indignes de leur honneur et
(1) Chose étrange . j'ai dans ma bibliothèque plusieurs livres qui lui ont appartenus et qui sont annotés de sa main , antre autres un Stahl ■
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de leur caractère. Ces injurieux soupçons doivent encore moins tomber sur les médecins Marseillais que sur tous les autres ; nous leur laissons le soin de se justifier de l'ignorance qu’on leur impute: ; mais pouvons-nous refuser à la vérité le témoignage de ce que nous avons eu? Peut-on refuser à ces médecins , la gloire de s’être mis les premiers au-dessus de cette vaine terreur qu’avaient autrefois les médecins contre la contagion ? Ne les a-t-on pas vus aller chercher les malades dans les maisons , les approcher hardiment , panser leurs bubons , leur plaies , etc. » (1).
Après la peste de 1720, qui dura plus d’une année, ce fléau s’est présenté encore neuf fois aux portes de Marseille , et s’y est éteint dans son Lazaret , presque à l’insu de ses habitants. Voici le résumé de ces importations :
Le 19 juin 1741 , le capitaine Goutrel, arriva d’Alger, où régnait la peste ; il avait eu pendant la traversée cinq cas , dont deux mortels ; un chirurgien quarantenaire et un garde de sauté prirent la peste au Lazaret; le dernier y succomba.
En mai 1760 , le capitaine Sillon, arriva de Saint-Jean-d’Acre , ayant perdu deux hommes de la peste, on mit l’équipage au Lazaret , où il perdit encore sept individus. Il parait que la maladie s y présenta avec un caractère particulier de violence.
En mai 1768, le capitaine Brun, venant de Tripoli, de Syrie , ayant relâché à Livourne où on n’avait pas voulu le recevoir, arriva à Pomègue , après avoir perdu quatre hommes. Sept étaient encore atteints de la peste; un seul mourut et les autres se guérirent.
En mai 1784 eut lieu l’importation effectuée par le capitaine ra- * gusais Millich. Quatre gardes de santé prirent la peste et y succombèrent. Plusieurs autres employés eurent aussi la maladie et périrent; enfin, M. Blanc, chirurgien du Lazaret, fut atteint à son tour, eut un bubon à l’aine droite , un charbon à la cuisse et guérit néanmoins le 26 juillet. Le fléau avait été porté à Tanger à bord du navire, par des vêtements qui avaient servi à des pestiférés, el ce furent ces mêmes hardes qui le communiquèrent aux employés du Lazaret.
, 1) Relation historique de la peste de Marseille . par Bertrand. Cologne , 1721 iu-18.
l’intendance et la peste.
Le 24 janvier 1785, le capitaine Gourdier , arriva de Tunis où régnait la peste ; il avait eu pendant la traversée quatre malades, dont deux avaient succombé; les deux autres guérirent au Lazaret.
En 1786 , nouvelle importation par des navires venant de Bouc, où régnait le mal ; deux matelots meurent au Lazaret ; le chirurgien quarantenaire et l’écrivain prennent la peste et guérissent.
En 1796, le capitaine espagnol Rodrigues, apporte la peste d’Alger ; un matelot meurt dans la traversée , un autre guérit au Lazaret.
En mai 1819 , le navire Suédois la Continuation déclara que , parti le 14 avril de Souze , où régnait la peste, il avait perdu le même jour un matelot ; il relâcha le 15 à Tunis et en repartit le 20 ; le 26, il perdit un homme et un enfant à la mamelle dont la mère périt peu de jours après. Le 28, un matelot fut atteint de peste avec bubons, et il était au huitième jour de la maladie lorsque le navire arriva à Marseille. La mort d’un enfant de 2 ou 3 ans , fils de la femme qui avait succombé pendant la traversée , celle d’un garde de santé qui avait dormi sur une couverture ayant servi à un malade, furent les seules pertes qu’on eut à déplorer ; un matelot , un garde, de santé, furent encore atteints , mais guérirent, et le fléau fut éteint dans le Lazaret.
Cette Intendance sanitaire si décriée, cette assemblée d’ignorants et de fanatiques contagionistes était donc bonne à quelque chose ; à l’œuvre ne faut-il pas juger l’artisan? Vingt fois elle a préservé Marseille du fléau du Levant, et nous verrons dans une autre partie de ce travail quelle ne rendit pas de moindres services à Bendroit de celui des Antilles. Si, ce qu’à Dieu ne plaise, la peste qui a disparu de l’Egypte et de Constantinople depuis 24 ans , vient jamais à reparaître, nous verrons ce que la nouvelle Administration fera. Puisse-t-elle ne pas renouveler pour elle la triste expérience faite à l’embouchure de la Loire, pour la fièvre jaune , et fasse le ciel que, d’ici là, le code sanitaire ait reçu des modification indispensables (1 ) !
(I) Je ne fais ici allusion qu’aux vices de nos nouvelles institutions et nullement à la personne de M. le docteur Blache , notre directeur, dont j’apprécie mieux que qui que ce soit le mérite distingué, l’aptitude . et qui est eontagioniste comme moi.
l’intendance et la peste.
La révolution de 1793, malgré la centralisation excessive de sa politique ne changea rien à l’organisation de l’Intendance de Marseille: elle respecta, dit notre regrettable ami Alexandre Grontard ? le droit qu’avait traditionnellement la première cité maritime de la république de veiller à sa conservation et à celle de la France, et un décret de la Convention, à la date du 9 mai 1793, confirma l’ordonnance du 13 septembre 1724 , ainsi que les anciens réglements sanitaires.
Le 25 juillet 1805 , parut un décret de Napoléon qui confisquait la moitié des prérogatives du conseil municipal de Marseille , en matière d’intendance sanitaire , en accordant au pouvoir central le droit de nomination des Intendants , sauf, toutefois, l’obligation de les choisir sur une liste double de candidats à la désignation du conseil ; c’était la part laissée à 1 intervention municipale par l’art. 2 du décret.
Enfin , la loi du 20 mars 1822 effaça d'un trait de plume les derniers restes de nos prérogatives municipales en matière d’organisation sanitaire; et en déclarant, article 6 , que les membres de l’Intendance seraient nommés par le Ministre de l’intérieur , elle porta le premier coup à cette institution dont elle devait confisquer peu à peu toutes les prérogatives, pour arriver ensuite à 1a. détruire complètement en dépit de nos droits et des immenses services rendus par elle à l’hygiène pubhque. Toutefois, bâtons-nous de le dire! cette loi du 20 mars 1822 iTattaquait en rien les principes qui servaient de base aux mesures sanitaires en vigueur depuis si longtemps dans nos ports ; ces principes, elle les laissait subsister tout entiers , les prescrivait même contre le choléra qui n’avait pas encore quitté l’Asie , et si elle fut l’origine delà révolution sanitaire qui eut lieu en 1850, ce fut seulement parce qu’elle donna la haute main au Ministre de l’intérieur sur l’Intendance, institution toute locale à laquelle la nature même de la mission devait garantir une liberté absolue.
Avant d’aller plus loin , disons quelques mots du régime sanitaire dont l’exécution était confiée à l’Intendance et auquel je le répète, 1a, loi de 1822 , n’avait guère touché , si ce n’est peut-être dans quelques détails insignifiants; du reste, je ne m’étendrai pas sur cette matière, j’en rappellerai seulementles points importants, les
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principes. Si ces derniers ont été exagérés dans leur application . si on a abusé des quarantaines, cette circonstance nous importe peu et ne prouve rien contre la cause que nous défendons, et qui a pour unique base cette vérité médicale que j’ai professée dans tant de circonstances savoir, que des quarantaines bien entendues subordonnées, pour leur longueur : 1° à celle des traversées ; 2° à la durée de l’incubation de la peste , du choléra et de la fièvre jaune ; 3° à la nature du chargement et à l’état de la cale du navire ; que ces quarantaines, dis-je, furent toujours et sont encore, le seul moyen d’échapper aux grands fléaux exotiques que je viens de nommer.
L’article 3 de la loi du 3 mars 1822 est ainsi conçu : « Les provenances par la voie de mer de pays qui ne sont pas habituellement sains ou qui se trouvent accidentellement infectés, sont, relativement à leur état sanitaire , rangées sous l’un de trois régimes ci-après désignés :
««Sous le régime de la patente brute, si elles sont ou ontété depuis leur départ infectées d’une maladie réputée pestilentielle ; si elles viennent de pays qui en soient infectés , ou si elles ont communiqué avec des lieux, des personnes ou des choses (la loi distinguait ces choses) qui auraient pu leur transmettre la contagion.
« Sous le régime de la patente suspecte , si elles viennent de pays ou règne une maladie supçonnée d1 être pestilentielle, ou de pays qui , quoique exempts de soupçon , sont ou viennent d’être en libre relation avec des pays qui s’en trouvent entachés , ou enfin si des communications avec des provenances de ces derniers pays ou des circonstances quelconques , font suspecter leur état sanitaire.
« Sous le régime de la patente nette , si aucun soupçon de maladie pestilentielle n’existait dans le pays d’où elles viennent ; si ce pays n’était point ou ne venait pas d’être en libre relation avec des lieux entachés de ce soupçon , et enfin si aucune communication , aucune circonstance quelconque ne fait suspecter leur état sanitaire. »
Les dispositions réglementaires de la loi de 1822, les quarantaines, autres mesures sanitaires dont elles étaient la source, reposaient donc sur le régime des trois patentes : brute . suspecte et nette.
L INTENDANCE ET CA PESTE
La patente brute exprimait toujours un grand danger d’importation, puisqu’elle indiquait que la peste, la fièvre jaune ou le choléra régnaient au point de départ ou de relâche , et pouvaient par suite couver dans l’équipage en apparence bien portant; elle permettait d’admettre aussi , en dépit de la déclaration du capitaine , que des maladies survenues pendant la traversée , et terminées ou non par la mort, avaient dû être un rayonnement de l’épidémie dont on avait tant intérêt à se garder.
La patente nette répondait au cas d’absence absolue de peste, de fièvre jaune ou de choléra, et entraînait de droit l’admission immédiate du navire à la libre pratique.
Enfin, la patente suspecte supposait un danger possible, calculé soit sur l’état douteux de la santé publique au point de départ ou de relâche, soit sur la constitution sanitaire habituelle de certaines contrées dans lesquelles on supposait à tort que la peste, la fièvre jaune, le choléra existaient toujours au moins à l’état sporadique. Le régime de cette patente soumettait le navire et son équipage à une quarantaine d’observation , en général un peu trop longue , et à certaines mesures de sages précautions. Ce régime aurait dû être réduit, selon moi , car il m’a été donné d’en vérifier bien souvent les ennuis et l’inutilité lorsque je servais dans la marine royale , à une observation de trois jours et à l’aération de la cale , pour tout navire, quel qu’il fût (à voile ou à vapeur). En le supprimant tout-à-fait, la nouvelle législation a été au-delà du but.
Il est certain qu’il avait son utilité , spécialement lorsque des cas isolés de fièvre jaune, de peste ou de choléra commençaient à se montrer dans un pays , ou seulement lorsque la rumeur publique les signalait. Le régime de la patente suspecte était sans doute l’expression d’une prudence excessive , mais en matière de santé publique n’est-on pas excusable d’être même timoré , surtout lorsqu’on connaît Lhistoire des grandes calamités que produisirent à toutes les époques l’absence de précautions ou de mesures insuffisantes ?
« Dans la loi du 3 mars 1822 , disait le Ministre , comme dans l’ordonnance du 7 août , en parlant des maladies contre lesquelles est organisé le système de défense que cette loi et cette ordonnance
l’intendance et la peste.
autorisent ou prescrivent , un s’est servi , pour les désigner , de la dénomination générale de maladies 'pestilentielles , sans déterminer celles qui doivent être rangées dans cette classe. »
« On a voulu ainsi s’abstenir de prononcer une opinion sur la nature de chacune des maladies dites pestilentielles. Appuyée sur V expérience qui ne nous a que trop révélé V existence de ces terribles fléaux , V administration prend et doit prendre toutes les précautions propres à en préserver la société. Elle ne juge point et n’a pas besoin de juger si les maladies contre lesquelles la loi commande des précautions sont ou ne sont pas pestilentielles; le doute suffît dans une matière aussi grave , non seulement pour légitimer t mais pour commander impérieusement l’application de tous les règlements sanitaires. »
Que de qualifications excentriques de la part de l’école non contagioniste a dû recevoir le ministre qui a osé tenir ce. langage si plein de sagesse ; combien de fois n’a-t-on pas dû l’accuser d’ignorance et d’absurdité! Pourtant, quoi de plus de sage que cette loi de 1822 promulguée au moment même où le midi de la France courait, comme je le dirai plus loin , le danger d’être envahi par le fléau américain , dont Marseille venait d’être préservée par ses institutions séculaires ? Quoi déplus sage : que ce régime des trois patentes donnant satisfaction à tous les besoins, à toutes les nécessités , à tous les cas possibles ; que cette détermination d’admettre comme article de foi, et malgré les doutes de la science, la transmission des maladies dites pestilentielles ; enfin , que ce soin extrême de se prémunir contre le danger des théories médicales que l’expérience n’a que trop mis en lumière de nos jours, théories qui ne sont presque toujours que le résultat de l’industrialisme de médecins sans position, cherchant, à arriver à la fortune , ou même seulement un simple effet de la mode , dont on connaît l’empire parmi nous?
« Il n’en est pas des règlements sanitaires, dit feu l’avocat Gontard, comme des autres; fondés essentiellement sur une longue expérience, des changements ne peuvent y être apportés qu’à de grands intervalles , à la suite d’observations nombreuses arrivées à l’état de certitudes et pour cause de nécessités absolues. En matière sanitaire, l’innovation qui n’a pas ce dernier caractère en-
L INTENDANCE ET LA PESTE
traîne toujours avec elle un danger, et c’est comme barrière contre cette fatale tendance à l'innovation qu’avaient été instituées ces vieilles intendances, dont l’intérêt, se confondant avec celui de la cité qui leur avait confié sa garde, se trouvait naturellement opposé à toute expérience nouvelle, à tout progrès hasardeux, capable de compromettre la santé publique , et servait ainsi de contrepoids aux influences fatales du gouvernement central.
« Cette barrière ne fut pas complètement brisée, mais elle le fut à moitié du jour où le droit d’investiture des intendances fut enlevé à l’administration municipale pour être livré exclusivement au pouvoir central. Ces administrations devenues ainsi de simples corps délégués par l’Etat, ne purent plus dès lors se réfugier pour lui résister dans l’indépendance de leur origine; elles furent réduites à exécuter les ordres de Paris, à ne donner que de timides avis dans les cas difficiles, et lorsque ces avis n étaient pas entendus , elles n’avaient d’autres ressources, pour mettre à couvert leur responsabilité, que de se démettre de leur mandat . »
C’est ainsi qu’a toujours agi b Intendance sanitaire de Marseille, à partir de 1822 jusqu’au moment où, n’ayant plus ni argent ni pouvoir, pas même l’ombre de son indépendance primitive , elle s’est trouvée à la merci d’ennemis impitoyables qui lui ont donné le coup de grâce. Je dirai, en temps et lieu, par quel régime iis ont remplacé le sien, et les fruits amers qu’il a déjà portés, quoique la peste n’existe plus depuis vingt-sept ans dans les pays turcs . On frémit , en effet, lorsqu’on pense aux terribles expériences que Marseille aurait faites si, par un effet de la Providence, cet affreux tléau ne s’était assoupi , en quelque sorte , tout exprès au moment même où sa vieille ennemie , l’Intendance sanitaire , s’écroulait sous les coups de l’imposture et de l’erreur , et laissait notre ville sans défense contre lui. Puisse celle-ci ne pas s’endormir dans une funeste sécurité; c’est particulièrement dans ce but que j’écris aujourd’hui cette histoire.