CHAPITRE V
I. Attitude machiavélique dit Comi'é géiu'ral. — Cnrtcaux se borne à pacifier les régions qu'il parcourt.— II. Villeneuve prend i'oJJ'ensive et occupe Lambesc, Salon et Cadenet (5 et 6 août 1793). — Dispositions des troupes. — Combat de Cadenetfll août)- — III. Vaste plan d'aoUon élaboré par le Comité général. — Il cherche à soulever la régio'i du Swl-Est. — IV. Carteaux pr'-nd à son tour l'offensive. — Situation morale de l'a'lversaire. — Bataille de Salon 1 19 août). — Déroute de l'armée départementale. — Elle se replie sur Marseille. — V- Etat d'esprit des dé pirte ment * limitrophes. — l>i'< l'ourparlers s'engagent avec l'escadre anglaise qui croise dans les eun.r ilc M'irseille (20 août). — VI. Alliance avec l'étranger. — T, a section 11 se sépare du mouvement et prend les armes (22 août). — Création d'un Comité de Salut public. — Il terrorise la ville. — Pendant vingt-quatre heures le bataillon 11 tient en échec la ville insurgée.— VII. Défaite de l'armée départementale dans le défilé de Septémes [24 août). — Carteaux entre dans Marseille. — Les débris contre-révolutionnaires vont chercher un asile à Toulon qui se rend aux Anglais (27 août).— T.a Garde Nationale marseillaise sombre lamentaldeinrut .
Au moment même où il confiait le sort de l'armée à un général royaliste, le Comité général, par l'organe du nouveau directoire des Bouches-du-Rhône, protestait envers l'administration de l'Hérault de ses sentiments de républicanisme. Le directoire de ce département, resté fidèle à la Convention, avait essayé de détacher Marseille de la cause fédéraliste. « Nous sommes reconnaissants des vœux et des efforts que vous faites pour détourner de nous la guerre civile, lui écrivait à son tour, le 1" août, l'administration des Bouches-du- Rhône, mais vous avez vu, par les prétentions d'Albitte, que vous connaissez, el par ce qui s'est passé à Nimes, combien il est difficile et peu sûr de traiter avec une Convention mutilée et dominée par une faction désorganisatrice.
Notre département, comme tant d'autres, s'est constitué en état de résistance à l'oppression. Le peuple qui avait juré de ne plus reconnaître la Convention, depuis le 31 mai, a exigé de -nous le même serment...
Nous reconnaissons, d'ailleurs, que si la majorité de la France adopte cet acte, il nous liera, car nous tenons à l'unité
et k l'indivisibilité de la République et à la souveraineté du peuple... (1). »
C'est donc au nom de la Gironde que le Comité général continue la mission dont il est soi-disant investi par la souveraineté nationale. Dans ce but, il fait appel aux. royalistes de l'intérieur en même temps qu'il cherche à nouer des intelligences avec l'étranger.
Déjà, au commencement de juillet, un premier essai de rapprochement avec l'Angleterre a été tenté. Le Comité général, prenant prétexte d'un échange de prisonniers, a envoyé à Gibraltar un vaisseau parlementaire dont le commandant en second est un contre-révolutionnaire avéré qui appelle de tous ses vœux Louis XVII. Les Anglais sont ainsi attirés dans le grand port de la Méditerranée où croisent déjà leurs escadres. Ils vont suivre de près l'évolution politique de la région du Midi. Dans quelques jours, des négociations officielles s'échangeront sous les auspices des mêmes chefs fédéralistes qui parlent au nom de la Gironde et agissent pour le compte du roi.
Jusqu'au bout, cependant, le Comité général va se dire inspiré par les masses. Mais le peuple a, dès cette époque, jugé en partie la manœuvre. Plus d'un déserteur était revenu d'Avignon avec des sentiments hostiles pour les autorités de la ville et du département. « Si Dubois-Crancé , disait-on ouvertement, arrivait à Marseille, plus de 12.000 hommes de la garde nationale iraient le féliciter (2). »
Quand on eut soumis aux sections les deux modes d'enrôlement des volontaires qui devaient être pris parmi les veufs et célibataires ou simplement réquisitionnés^ la section 11 s'opposa à l'exécution de l'une ou l'autre de ces deux mesures. Elle décida que « les volontaires qui, comme par le passé, se présenteraient d'eux-mêmes, seraient seuls admis. » Un registre ayant été ouvert à cet efïet et aucun volontaire ne
(1) Archives des Bouehes-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 187.
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Proveiue, page 234.
s'étant présenté, l'assemblée dressa un procès-verbal et passa à l'ordre du jour (1).
Mais l'acte de la section 11 était isolé. Les 23 autres fournirent leurs divers contingents qui rejoignirent à Aix les débris de l'armée départementale. Le 30 juillet, 4.000 hommes avait quitté Marseille pour celte destination. Si l'on évalue à 2.000 le chiffre des fuyards qu'on avait pu arrêter en chemin ou obliger à rejoindre, les forces contre-révolutionnaires se montaient ainsi à près de 6.000 hommes. C'est là sans doute un minimum; un tableau d'approvisionnements, qui émane du commissaire général de l'armée départementale, nous indique, en etïet, que l'effectif aurait atteint, à la date du 3 août, près de 8.000 hommes (2).
Qu'était devenu Garteaux après son échec d'Avignon, le 25 juillet? Retiré dans son camp du Pontet, il songeait, paraîtil, à renouveler l'attaque la nuit suivante, lorsqu'il apprit la retraite des troupes départementales. Son armée se mit en marche aussitôt. Elle poursuivit vigoureusement l'ennemi mais ne put franchir à temps la Durance pour lui couper la retraite. La cavalerie allobroge, précédant la colonne, précipita la déroute de l'adversaire en l'empêchant de se reformer.
Garteaux passe à son tour la rivière et s'établit sans coup férir dans les districts d'Arles et de Tarascon. Le 31 juillet, il établit son quartier général à Orgon ; sa gauche s'étend sur la rive droite de la Durance jusqu'à Gadenet ; sa droite s'appuie sur Arles et Tarascon. L'armée tout entière est échelonnée de l'ouest à l'est, suivant une ligne naturelle de défense qui est constituée à droite par la chaîne des Alpines, à gauche par la Durance. Son front est démesuré ; il n'embrasse pas moins de 60 kilomètres.
Si l'ennemi avait été courageux, il aurait pu, par un coup de main hardi, percer en son centre l'armée de la Convention
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse 23. .Lettre du commissaire Chinon au Comité général : «... Je crois devoir m'adresser à vous pour que vous preniez les moyens les plus prompts pour expédier des farines. 600 quintaux nous sont nécessaires. Cet approvisionnement pourra sustenter l'armée penaant huit jours... »
qui compte moins de 5.000 hommes. Mais quand Garteaux prend ces dispositions, il n'ignore point, sans doute, qu'il n'existe plus, à proprement parler, de forces départementales.
Alors, s'il en était ainsi, pourquoi donner le temps à de nouveaux bataillons de s'organiser ? Pourquoi ne pas pousser d'un seul coup plus avant, disperser les divers rassemblements qui, suivant l'expression de Dammartin, s'enfuyaient à son approche « comme des ombres chinoises (1), » et, par une marche rapide, se présenter devant Marseille où la terreur était-à son comble ?
Il voulait, avant tout, assurément, couvrir ses derrières, s'assurer des moyens de communication, faire la petite guerre, en un mot. Il se figurait être en pays ennemi et cependant les disposition des habitants lui étaient favorables. A son approche, Arles, Tarascon et autres lieux de moindre importance renversaient les sections, rétablissaient les clubs et rappelaient au pouvoir les anciennes autorités. A Marseille il en aurait été de même. En frappant résolument à la tête du mouvement contre-révolutionnaire il terminait d'un seul coup la campagne et Toulon n'aurait point été livré aux Anglais. Mais au lieu d'enfoncer son armée comme un coin dans la basse Provence, Garteaux se borne à pacifier les régions qu'il parcourt.
Gepeudant, des renforts parvenaient tous les jours à l'armée départementale qui, malgré le peu de zèle des citoyens-soldats, se reformait, néanmoins, assez vite à l'abri des vieux remparts d'Aix. Les commissaires civils décidèrent d'activer le rassemblement définitif. Ils publièrent, le 3 août, une proclamation : « L'armée est organisée, disent-ils. Elle s'ébranle ; elle marche. C'est le moment où les volontaires doivent joindre leurs drapeaux. Nous déclarons à tous ceux qui se sont enrôlés et qui n'auront point joint lundi prochain, 5 du cou-
(1) M. Chuquet. La Jeunesse de Napoléon. Tome III, page 159.
rant, qu'ils seront déchus de la gratification de 500 livres, accordée par l'arrêté des trois corps administratifs... En conséquence, lundi prochain, à 6 heures précises, nous passerons la revue générale de l'armée dans les différents quartiers et nous rayerons du rôle des compagnies le nom de ceux qui seraient absents (1). »
Cette revue n'eut pas lieu. Dans la soirée du 3, en effet, Villeneuve est prévenu qu'un parti ennemi vient de se présenter à Salon. Il donne ordre aussitôt à son lieutenant Ganonge, qui se trouve à Lambesc, de se tenir prêt à rétrograder dans le cas où Garteaux voudrait lui disputer cette place- Le lendemain, le lieutenant Ganonge prévient le général en chef qu'il a été obligé de reculer et que l'ennemi est entré à Lambesc. Villeneuve, craignant d'être tourné et voulant à tout prix mettre à l'abri la ville d'Aix, se porte aussitôt, dans la nuit, au secours de son lieutenant avec quatre bataillons. Il rejoint celui-ci à Saint-Gannat, à 2 heures du matin. Les troupes passent le restant de la nuit au bivouac.
A 6 heures du matin, Villeneuve est prévenu que l'ennemi fait des mouvements. Il rassemble ses bataillons et vient occuper les hauteurs qui dominent, au nord, le village de Saint-Gannat. Les troupes ennemies, que différents rapports évaluent à 1.000 hommes environ, se sont déployées à leur tour, en bataille, sur le plateau qui domine, au sud, la petite ville de Lambesc. Villeneuve a avec lui plus de 3.000 hommes. Après avoir reconnu les positions de l'adversaire, qui s'étend à cheval sur la route de Lambesc à Saint-Gannat, il conçoit le projet de l'envelopper^ grâce à sa supériorité numérique.
Un détachement de ligne, suivi d'une compagnie franche, forme la colonne de gauche. Celle de droite est constituée par le 3« bataillon de l'armée départementale aux ordres du commandant Burel. Deux autres bataillons, les 1«^ et 4«, sous les ordres respectifs des commandants Roux et Verdin, doivent soutenir l'attaque du centre.
A un signal donné, les trois colonnes s'ébranlent siraultané-
(1) Archives des Bouches-du Rhône S.uie L. Département. Liasse 112«
Tîvujies oaiv/etit/onnelles
Vidie j/éopooL
ment. Celle du centre, qui suit la route de Saint-Gannat à Lambesc, doit s'arrêter la première pour permettre aux deux ailes d'accomplir leur mouvement enveloppant. En arrière, un deuxième détachement de ligne, avec deux pièces de canon, sous les ordres du commandant Hurtin, capitaine au 41' de ligne, est chargé de protéger éventuellement la retraite. Enfin, sur la route de Saint-Cannat à Rognes, le 2'= bataillon de Marseille, commandant Martin, doit s'opposer, dans le cas d'insuccès, à un mouvement tournant de la part de l'adversaire.
Telles sont les dispositions prises par Villeneuve, secondé par Ganonge, lorsque tout à coup on voit l'ennemi abandonner le terrain de la lutte et se retirer en bon ordre (1).
Il ne vient pas un instant la pensée au général de l'armée départementale de poursuivre un ennemi si peu redoutable. Très satisfait d'un résultat obtenu à si bon compte, il se contente d'occuper la ville de Lambesc et d'envoyer deux bataillons et la compagnie franche occuper le village de Rognes.
On peut se demander comment, avec une pareille supériorité numérique, Villeneuve ne suivit pas l'ennemi en essayant de l'atteindre. L'explication est très simple et c'est le capitaine Lantelme, du bataillon d'Aix, qui nous la fournit : « Le croiriez-vous, écrit-il au Gomité général d'Aix, le jour même de l'événement, si nous éprouvions le moindre revers, tout était perdu. Déjà l'armée s'éparpillait; plus de 200 lâches étaient restés en arrière. Maintenant que l'ennemi a reculé, nous nous croyons invincibles. . . (2). »
L'ennemi était encore à Salon. Le 5, au soir, Villeneuve donne l'ordre au général en second. Mandat, de quitter Aix avec deux autres bataillons et trois pièces de canon pour se rendre à Saint-Gannat, où il recevra des ordres ultérieurs. Mandat part à 11 heures du soir, le même jour, et arrive à destination à 3 heures du matin.
Cl) Archives municipales. Série H, non classée. Lettre de Villeneuve; autographe.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Section d'Aix. Liasse 23, Lettre du capitaine Lantelme ; autographe.
Peu après, le général survient et fait prendre à la troupe la direction de Salon. A une demi-lieue de vSaint-Cannat, les deux bataillons de Lambesc viennent grossir la colonne qui se porte à Salon où elle arrive à 11 heures du matin. A son approche l'avant-garde de Garteaux se retire dans la direction d'Orgon (1).
Naturellement, à Marseille, on exagéra la portée des résultats obtenus sur l'armée de la Convention dont on n'avait aperçu, au fond, que quelques détachements. Si Ton en croit Michel d'Eyguières, l'ennemi s'était replié sur Orgon, prêt à tout instant à repasser la Durance. Villeneuve, qui ne se faisait pas d'illusions, ramena ses victoires sans combat à leur vraie mesure ; il se contenta d'assurer le Comité général qu'il avait mis les villes d'Aix et de Marseille à couvert ^2). Il répartit son armée suivant une ligne parallèle au front de Carteaux depuis Miramaset Grans, à gauche, jusqu'à Lambesc et Rognes, à droite. Le centre de l'armée départementale occupa les villes de Salon, Pélissanne et Lambesc.
Tout était médiocre de part et d'autre dans cette levée de boucliers : la manœuvre, les chefs, les esprits. Chose remarquable, les mauvaises dispositions de Carteaux tournèrent à son avantage. L'adversaire, en efïet, devait être encore plus indécis que lui-même dans sa marche en avant et la largeur du front même de l'armée de la Convention le laissait dans le doute sur ses projets d'attaque. Carteaux s'avancerait-il sur Aix par la trouée d'Orgon ? ou bien tournerait il cette ville en passant la Durance à Cadenet ou à Pertuis ?
Si Villeneuve avait eu les mains libres, peut-être, à la réflexion, aurait-il pu s'imaginer qu'il était à peu près impossible au gros des forces conventionnelles de s'aventurer dans cette partie moyenne de la Durance. En agissant sur sa gauche, Carteaux allongeait démesurément sa ligne de communications qui était toute tracée le long de la vallée du Rhône.
De plus, en cas d'échec, il trouvait sur sa ligne de retraite
(1) Michel d"Eyguières. Histoire de l'Armée départementale, \>i\%e 93.
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 249.
deux obstacles à franchir, la Durance et la montagne de Liibéron.
Mais Villeneuve est dominé par les commissaires civils qui veulent tout diriger et demandent à ce qu'on oppose aux forces de l'adversaire des forces égales sur tous les points menacés. Il doit donc, dès le début, étendre de son côté le front des troupes. Mais tandis que Carteaux est à l'abri derrière la chaîne des Alpines et la Durance et qu'il peut ainsi cacher ses mouvements, le général de l'armée départementale doit se développer dans la plaine et par un vaste cercle se contenter de couvrir la ville d'Aix. Carteaux, en un mot, a sur Villeneuve la supériorité tactique. Il pourra l'attaquer, sur un point quelconque, avec des forces supérieures lorsqu'il le jugera opportun .
Villeneuve se rend bientôt compte des difficultés de sa position ; il lui faut de toute nécessité couvrir sa droite. Apprenant que des partis ennemis sont répandus à Mérindol, Cadenet et Pertuis, il décide d'opérer une diversion de ce côté afin de localiser, parla suite, les points d'attaque. Il donne l'ordre à un de ses lieutenants, d'Arband, de passer la Durance en amont de Cadenet etde se porter sur cette ville pour l'occuper. Le 10, au matin, d'Arbaud pénètre dans Cadenet sans coup férir ; le détachement de Carteaux qui gardait ce poste s'était replié dès la veille (1).
C'était là une bonne position qu'il aurait fallu conserver à tout prix. L'occupation de Cadenet limitait l'action de l'ennemi de ce côté et menaçait son flanc gauche. A son tour, Villeneuve pouvait à tout instant, par une marche audacieuse, en franchissant le Lubéron, s'avancer jusqu'à Apt par la combe de Lourmarin et tomber sur les derrières de l'armée de Carteaux.
Les représentants du peuple, Rovère et Poultier, comprennent le danger. Ils rassemblent à la hâte quelques paysans qui viennent grossir le détachement d'AUobroges et la petite troupe vient occuper, sans résistance, le lendemain, les hauteurs qui dominent au nord le château de Cadenet.
(1) Arctiives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 112. Bulletin de Villeneuve; autographe.
Deux pièces de canon ouvrent le feu à l'improviste sur la troupe départementale qui se tient sur la défensive. Le combat dure depuis quelque temps déjà lorsque le commandant marseillais tombe grièvement blessé. Il n'en faut pas davantage aux bandes mercenaires de Villeneuve pour lâcher pied. Dès le début même de l'action, la défection a fait des ravages dans leurs rangs. Bientôt on apprend que le bac de Gadenet
L,e Château de Cadenet (1793)
(Collection Arbaud)
est coupé. A cette nouvelle les compagnies départementales battent précipitamment en retraite.
Villeneuve, prévenu à la hâte, accourt de Lanjbesc pour la protéger. Ses efforts restent vains. La panique s'empare encore une fois de ses troupes. Cependant le parti ennemi
compte à peine trois cents honimes et les forces réunies de Villeneuve s'élèvent à près de 1.200.
De l'aveu même du général marseillais, l'évacuation de Cadenet se fît dans le plus grand désordre. Ce fut une véritable déroute (1). Les fuyards coururent d'une seule traite jusqu'à Aix et Marseille où les autorités les firent arrêter.
Les conventionnels, en raison de leur petit nombre, ne pouvaient songer à inquiéter sérieusement l'ennemi. Ils se contentèrent de pénétrer dans Cadenet où ils firent des prisonniers. On raconte qu'un chasseur allobroge prit à lui seul 18 Marseillais. Il y eut dans cette action 22 tués du côté de l'armée départementale. Kn drapeau, neuf pièces de canon, six quintaux de poudre, une grande quantité de boulets tombèrent au pouvoir de la petite troupe de Garteaux (2).
La déroute de Cadenet déconcerta Villeneuve. Comprit-il, dès ce moment, qu'il lui était impossible de compter sur ses troupes ? Cela est vraisemblable, car à partir de ce jour il ne tenta aucune action contre l'ennemi malgré sa supériorité numérique. Il se rendit à Salon où il attendit les événements.
Il semble d'ailleurs que le véritable projet du Comité général n'était pas de livrer bataille à l'armée de Carteaux, mais de révolutionner plutôt la région du Midi. Pendant que Villeneuve la tiendrait en échec sur sa gauche jusqu'à hauteur de la Durance, des bandes de partisans devaient se répandre du côté de l'est, soulever les populations du Var et des Basses- Alpes et donner la main aux bataillons qui étaient à l'armée d'Ilalie. On ne doutait pas un seul instant, à cette époque qu'à l'exemple du 2« bataillon des grenadiers des Bouchesdu-Rhône, les volontaires en garnison dans les difïérentes places de la frontière, ne tournassent leur action contre la
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Section d'Aix. Liasse non classée. Lettre de Villeneuve, 13 août; autographe.
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 259.
Convention. On voulait, en un mot, soulever de proche en proche les départements du sud-est, faire dans le midi une nouvelle Vendée et qui sait, peut-être, employer l'ennemi luimême à cette œuvre de destruction.
Tout permet de le supposer. Brunet, le général en chef de l'armée d'Italie, a refusé, jusqu'ici, de faire marcher des bataillons contre Marseille. Dans cette ville, des pourparlers, de plus en plus actifs, s'échangent avec l'escadre anglaise. Des commissaires envoyés par les départements du Var, des Basses et des Hautes-Alpes sont venus prendre part, à Marseille, à des délibérations secrètes du Comité général. Les chefs militaires à Toulon sont manifestement acquis à la cause fédéraliste. Enfin, les commissaires civils à l'armée départementale paraissent avoir reçu une mision confidentielle dont ils laissent percer, malgré eux, dans leur correspondance, les vrais desseins.
On conçoit ainsi l'inaction momentanée de Villeneuve après la déroute de Cadenet. Soit qu'il fût détourné d'une mission offensive par les commissaires civils, soit qu'il n'eût plus confiance dans ses bataillons, il se contenta, uniquement, de garder les passages de la basse Provence. Toute sa correspondance témoigne, d'une part, des dispositions qu'il convient de prendre pour couvrir la ville d'Aix et manifeste, d'autre part, l'impossibilité dans laquelle il se trouve de s'étendre indéfiniment sur sa droite.
A la date du 11, il écrit au Comité général de Marseille qu'il lui est impossible pour le moment de « faire aucun mouvement dans la partie haute de la Durance. La force de l'armée, dit-il, ne me permet pas de défendre une aussi grande étendue de terrain. J'ai destiné un détachement pour agir sur la rive droite ; c'est tout ce que je peux faire pour l'instant. Aussitôt que je pourrai employer des forces plus considérables, je le ferai (1). »
Le 13, il confirme sa lettre du 11 : « Je crois devoir vous prévenir, écrit-il au Comité général à Aix, que je ne peux envoyer de troupes sur la rive droite de la Durance. La sûreté
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée. Lettre de Villeneuve ; autographe.
d'Aix exige que vous preniez des précautions pour garder le poste de Venelles où j'ai laissé une compagnie (1), »
Deux jours après, il revient à la charge. « Je vous renouvelle, dit-il, les observations que je vous ai faites pour mettre le poste de Venelles en état de défense. . . Il est nécessaire que vous fassiez placer deux pièces de canon et quatre compagnies à ce poste et que l'officier qui y commandera ait des intelligences à Pertuis pour connaître le nombre et la marche des troupes qui peuvent s'y rassembler. . . (2). »
On pourrait être tenté de croire, par ce qui précède, que Villeneuve n'avait en vue, dans ces diverses dispositions, que de couvrir sa droite. Gela est possible après tout. Mais alors on ne peut s'expliquer le rôle des commissaires civils qui, au lieu de se contenter d'accourir sur ce point avec des renforts, dépassent le but, font franchir à de nouvelles troupes la Durance et courent dans les Basses-Alpes. Cependant, l'action du commandant des troupes et des commissaires parait concordante. Cela résulte des instructions mêmes du major de l'armée départementale, Dudemaine, au Comité général à Aix.
« En l'absence du général, écrit-il de Lambesc, le 13 août, je vous remercie des détails que vous me donnez. Quant à l'objet pour lequel vous me demandez une autorisation du général, je vous observe qu'il a déjà pris des mesures à cet égard. Elles sont tenues secrètes pour opérer plus sûrement la réussite. Cependant, si vous croyez pouvoir faire marcher utilement de vôtre côté des troupes pour le même but, j'adhère au départ de vos gardes nationaux et canonniers d'Aix. .. (3). »
Effectivement, les troupes se mettent en marche. Déjà, la veille, un bataillon a dépassé Venelles et se trouve à Peyroiles. Les commissaires civils font connaître, le même jour, qu'ils se
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée. Lettre de Villeneuve ; autograplie.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse non •classée. Lettre de ViUleneuve ; autographe.
(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse 23. Lettre du major Dudemaine; autographe.
proposent de partir pour Salnt-Paul-les-Durance. Ils demandent des boulets et des cartouches (1). Le 13, le commandant du bataillon, Bermond, annonce qu'il a l'intention de pénétrer dans Manosque. Il fait connaître qu'il a eu une conférence avec le commandant Bayne, de la légion franche de Vians, et que celui-ci a « des projets sur le tapis (2). »
Ces projets, le commandant Bayne nous les développe luimême dans une lettre qu'il adresse de Vians, le 16 août, au Comité général à Marseille : «... Le commandant du fort de Sisteron, dit-il, est venu me joindre ici, aujourd'hui. Nous avons eu ensemble un long entretien... Je compte être maître bientôt, et sans tirer un coup de tusii, de la citadelle de Sisteron qui n'est gardée que p^r quelques recrues et dont les officiers sont dans les meilleurs principes. . . (3). »
Ainsi, il n'est plus question maintenant de garder seulement les passages de la Durance. Il y a un projet de diversion du côté des Basses-Alpes nettement établi, et cela de concert avec le commandant des forces départementales. Quand on reproche à Villeneuve de s'être attardé dans Salon, on ignore généralement qu'il n'entrait pas dans le plan de ce général d'attaquer prématurément l'ennemi. On a repris sur une plus vaste échelle le projet primitif de le tourner sur sa gauche. Quand le mouvement enveloppant sera suffisamment prononcé, Villeneuve, laissant devant Garteaux un rideau de troupes, se portera avec le gros des forces sur le ffanc gauche de l'adversaire pour essayer de lui couper ses communications avec l'intérieur.
On peut ainsi expliquer l'attitude du commandant des troupes départementales. S'il avait eu réellement l'intention d'attaquer Garteaux, qu'aurait-il attendu si longtemps devant Salon ? Des renforts sans doute. Mais après avoir établi une garnison à Venelles pour couvrir son extrême droite, il se serait empressé d'appeler auprès de lui les deux nouveaux
(1) Arctiives des Bouclies-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse 23. Lettre des commissaires civils, 12 août.
(2) Arcliives des Boucties-du-Rhùne. Série L. Sections d'Aix. Liasse 23. Lettre du commandant Bermond ; autographe.
(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 91.
bataillons qui sont allés faire dans les Alpes la guerre de partisans. Révolutionner la région du Sud Est, isoler la petite armée de la Convention, se servir des bataillons de volontaires qui sont aux frontières (1), tel est le programme du Comité général et les instructions vraisemblablement données à Villeneuve. Le plan, certes, était vaste et bien conçu, mais les événements ne donneront pas, aux commissaires civils, le temps de le mettre à exécution.
La Convention, en efTet, se rendant compte, enfin, de la gravité du mouvement contre-révolutionnaire dans le Midi, vient de donner l'ordre aux représentants du peuple de détacher trois bataillons de l'armée d'Italie pour mettre l'armée départementale entre deux feux. Villeneuve, qui est à Lambesc, apprend la nouvelle dans la journée du 15. Le 16, il demande des renseignements, à ce sujet, au Comité général, à Aix. « Il est essentiel, dit-il, de connaître la route que tiendront ces bataillons pour juger de la destination qu'on voudra leur donner. Il faut savoir s'ils prendront la direction de la haute ou de la basse Provence. Cette marche est faite pour fixer l'attention de la ville de Marseille... (2). w
Jusqu'ici, le général Brunet a fait preuve de neutralité, et l'on a pu sans encombre donner suite, grâce à lui, au projet de diversion dans l'Est. Les représentants du peuple, qui n'ignorent point son attitude équivoque, lui enlèvent subitement ses pouvoirs, et Brunet quitte l'armée. Le général se rend à Manosque le 14 août. Il arrive dans sa ville natale au moment même où, grâce à Tappui de son fils aine, le bataillon aixois, sous le commandement de Bermond, vient d'y pénétrer. Il fut question un moment de l'arrestation de Brunet et ces bruits ne furent pas étrangers à l'agitation à laquelle fut alors en proie Manosque (3). Les représentants du peuple, Robespierre jeune et Ricord, coururent les plus grands dangers et
(1) Il y avait alors à l'armée d'Italie, qui comptait à peine 33.000 hommes, 25 batailloas des départements des Bouehes-du-Rhône, du Var et des Basses-Alpes, presque les deux tiers de l'effectif!...
. (2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Section d'Aix. Liasse 23.
(3) M. Aulard. Recueil des Actes du Comité de Salut public. Tome VI, page 12. • .
durent s'enfuir au plus vite, à travers les montagnes, en abandonnant leurs bagages (1).
Le mouvement fédéraliste faisait tache d'huile ; il devenait urgent de l'arrêter. Le plan du Comité général de Marseille s'exécutait à la lettre. On aura une preuve de la confiance
Robespierre jeune, représenlanl du Peuple à l'Armée d'Italie (1798)
Cabinet des médailles (Bibliothèque municipale)
(1) Voici comment le commandant Bayne, de la légion franche de Vians. qui avait été chargé de s'emparer de la personne des représentants du peuple, raconte cet épisode : « J'avais fait placer, dit-il, un détachement de 300 hommes sur le bord de la rivière ; iis se tenaient cachés dans un fourré. L'un d'eux, Rostel, armé d'une hache, était lîouché à plat ventre prés du câble qu'il devait couper. Deux bacs nous séparaient de la rive opposée. Les représentants Robespierre et Ricord prirent place, sans défiance, dans le
qu'il mettait dans le succès de son entreprise par la lettre que les commissaires civils à l'armée départementale lui adressèrent lorsqu'ils apprirent la destitution de Brunet. Ils se découvrirent entièrement et préconisèrent la dernière mesure de salut qui consistait tout simplement à faire appel aux bataillons de volontaires de l'armée d'Italie.
« Il nous parait, disent-ils au Comité général, à la date du 17 août, qu'il serait urgent que le département des Bouchesdu-Rhône, de même que celui du Var, rappelassent leurs bataillons qui sont à l'armée d'Italie. Cette demande, mise à exécution, serait une grande diversion... (1). »
Lorsque Carteaux apprit à son tour l'arrivée de renforts, il se décida à prendre l'otïensive. Le moment était opportun. L'armée départementale comptait bien de 8.000 à 10.000 hommes, mais elle était dispersée et complètement découragée. Des espions tenaient le général conventionnel, au jour le jour, au courant des dispositions de l'adversaire. Carteaux se rendait enfin compte du véritable état des esprits tant dans l'armée départementale que parmi les populations qui l'environnaient. Cette lutte fratricide amollissait les âmes les mieux trempées. Les volontaires de Villeneuve ne rejoignaient qu'avec peine.
Au moment de l'organisation du dernier bataillon d'Aix qui était à Manosque, la section 1, dite de la Révolution, avait dû menacer de la prison les citoyens-soldats qui ne voulaient
premier bac. Gène fut qu'au moment de franchir le second qu'ils songèrent à envoyer en avant d'eux deux dragons. Geux-ci se répandirent h quelque cent pas dans la plaine. Malheureusement, -deux jeunes étourdis, par une imprudence fatale, se découvrirent. Les dragons rétrogradèrent aussitôt en criant : « Aux armes! » La voiture des conventionnels tourna bride et repassa le premier bac qui fut renversé... Nous ne pûmes les rejoindre et dûmes nous contenter de saisir la voiture que nous enverrons à Marseille. (Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 91.) (1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 110.
pas se rassembler (1). Dés qu'ils avaient rejoint leur poste, les volontaires quittaient l'armée par bandes organisées. On rencontrait à tout moment, sur toutes les roules de la Provence, des soldats en marche qui se croisaient en tous sens ; on ne savait s'ils allaient à l'armée ou s'ils en revenaient. Le 13 août, après l'afTaire de Cadenet, la compagnie Lefèvre, delà 9*" section, retourne à Marseille, son capitaine en tète. Rien ne peut la décider à rejoindre (2). A Manosque même, le commandant Bermond se plaint amèrement de la conduite des canonniers d'Aix qui « désorganisent la force armée par leurs propos et menacent de s'en retourner avec leurs canons (3).
Les officiers, à leur tour, donnent à la troupe le plus mauvais exemple. Ce sont des chefs d'occasion qui n'ont cure que de leur solde et de leurs gratifications. Les commissaires civils doivent prendre à leur égard des mesurer sévères. Un exemple entre autres peut donner une idée de la mentalité spéciale des chefs de l'armée départementale, véritables condottieri :
D'une façon générale l'étape était fournie en argent par les municipalités et les troupes étaient chargées de s'approvisionner elles-mêmes. A Lambesc, les officiers exigeaient couramment l'étape en nature et comme il leur était dû individuellement plusieurs rations, ils revendaient le surplus aux habitants qui le livraient à la troupe. En agissant de la sorte, • ils alïamaient l'armée », suivant l'expression même des commissaires (4). C'était là, on en conviendra, une singulière façon d'assurer son bien-être.
Telle était la situation morale de l'adversaire lorsque Garteaux se décide à prendre l'ofTensive. Il rassemble, sans bruit, auprès de lui, toutes les forces disponibles, 3.000 hom-
(1) Arcliives des Bouches-du-Rhùne. Série L. Sections d'Aix. Liasse 24.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.
(3) Archives des Bouches-du-Rhùne. Série L. Sections de Marseille. Liasse non Classée. Lettre de Bermond au Comité général ; autographe.
(4) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 112. Compte rendu des commissaires.
mes environ, et fond, tout à coup sur le corps de Villeneuve qui se trouve à Salon. Il partage sa troupe en deux colonnes; l'une doit se porter sur Salon dans la direction de l'est; la deuxième venant d'Orgon, reçoit la mission de déboucher dans la plaine par le défilé de Lamanon.
Le 10, à six heures du soir, le bruit se répand à Salon que l'ennemi vient attaquer la ville. Des hauteurs d'Eyguières, on le voit défiler dans la Grau. C'est la colonne de droite qui arrive par la route d'Arles.
Immédiatement on bat la générale; lesbataiilons se rassemblent. Villeneuve se prépare à faire face à l'attaque, lorsqu'il reçoit du général Canonge, qui est à Lambesc, la nouvelle qu'une colonne ennemie, forte de 1.500 hommes environ, est sur le point d'arriver à Lamanon. Villeneuve, surpris, partage ses forces en deux, place la moitié de ses troupes sur le chemin d'Arles, l'autre moitié sur la route d'Avignon. Il n'a sous la main que 2.000 hommes.
On se demande pourquoi, dans cette circonstance, le général de l'armée départementale ne fit pas appel aux troupes qui étaient à Grans et Saint-Gharaas. Elles auraient eu le temps d'arriver dans la nuit. D'autre part, comment se fait-il qu'il n'ait pas donné l'ordre au général Canonge d'accourir sur le champ de bataille ? Il y a à Lambésc un bon noyau de troupes de ligne, ainsi que le 2« bataillon des grenadiers des Bouches-du-Rhône ; en tout 2.000 hommes. Le général Canonge, par une marche forcée, pouvait être rendu avant le Jour. Il lui suffisait de se placer sur les hauteurs qui dominent au nord de Salon la route par où doit arriver la colonne de gauche et de surveiller la marche de cette colonne. En supposant même que le combat fût engagé avant son arrivée, il pouvait prendre position dans la matinée et placer entre deux feux la colonne de gauche en lui coupant du même coup sa ligne de retraite. Le général Villeneuve aurait pu disposer ainsi de 5.000 hommes et Carteaux n'en avait que 3.000.
Le 19, au lever du jour, les troupes conventionnelles ouvrent le feu simultanément sur les deux tronçcms de l'armée départementale. Une vive canonnade s'engage de part et d'autre et se soutient jusqu'à huit heures du matin, lorsque tout à coup Villeneuve apprend que les forces du chemin d'Avignon vien-
nent de se débander. Un grenadier de la section 8, de Marseille, a crié : « Sauve qui peut ! » Il n'en a pas fallu -davantage pour faire rompre les rangs et jeter dans l'armée le plus complet désarroi.
La lutte est maintenant inégale. Villeneuve craint d'être tourné ; il ordonne la retraite et fixe comme point de ralliement le village de Lançon. Mais les. soldats n'obéissent plus à leurs chefs ; une partie de la troupe se trouve déjà sur le chemin de Pélissanne (1).
D'après le commissaire civil Michel d'Eyguières, qui assistoit à la bataille, l'armée départementale ne perdit en tout, tués et blessés, que 30 hommes.
Dans sa retraite, le général Villeneuve prit la détermination de s'arrêter à Lançon et de se lier aux troupes qui étaient encore à Lambesc en occupant les hauteurs de La Barben. Les commissaires civils jugèrent autrement la situation. Ils décidèrent que l'armée se retirerait aux Pennes. Villeneuve donna aussitôt l'ordre au général Canonge de se porter à Septèmes.
La victoire de Salon abandonnait à Carteaux toute la basse Provence. Il ne lui restait plus qu'à marcher sur Marseille. Malheureusement, il ne sut pas prendre cette décision.
La retraite de l'armée départementale aurait pu s'efîectuer en bon ordre, car l'ennemi poursuivait mollement. Mais telle était la frayeur des volontaires qu'ils se débandèrent encore une fois, comme ils l'avaient fait précédemment à Avignon et à Gadenet. Tous les efforts du général pour mettre de l'ordre dans la marche furent inutiles. La retraite prit, sans cause apparente, les allures d'une véritable déroute. En réalité, c'était moins la peur qui^faisait agir les soldats de Villeneuve que le souci de se trouver à d'autres affaires. Il leur répugnait de combattre pour une cause qui leur déplaisait.
Le 21 août, l'avant-garde de Carteaux fait son entrée dans la ville d'Aix. Les représentants du peuple y pénètrent le len-
(1) Michel d'Eyguières. Histoire de l'Armée départementale, page 103. Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 177. Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 20. Lettre de Villeneuve ; autographe.
<iemain. Gomme à Tarascon et à Arles, les autorités sont rappelées ; la constitution de 1793 est proclamée à son de trompe par toute la ville. La garde nationale l'accepte spontanément. Mais les meneurs du mouvement fédéraliste se sont enfuis ; on ne peut en arrêter qu'une dizaine. Le désarmement des citoyens s'opère, sans encombre, les jours suivants.
Pendant que tous ces événements s'accomplissaient, Marseille était dans les transes. On craignait, d'une part, des représailles de Garteaux et des représentants du peuple ; d'autre part, le Gomité général inspirait la terreur. Il se défendit jusqu'au bout avec une énergie farouche. Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler les mesures que lui dicta, au mois d'août, son mouvement de révolte.
Afin de donner le change à l'opinion, il avait célébré en grande pompe l'anniversaire du 10 août. La garde nationale, réunie sous les armes, avait escorté le cortège qui, de l'Hôtel de Ville, s'était dirigé solennellement vers l'autel de la patrie. Là les corps administratifs et judiciaires, les bureaux des sections, avaient juré en présence du peuple de soutenir la République une et indivisible. Ge parjure officiel était destiné à seconder le succès grandissant du complot royaliste (1).
Rien d'étonnant à ce qu'à Paris on ignorât encore Tattitude réelle des sections et du Gomité général ; les départements •du Midi eux-mêmes croyaient Marseille simplement dans l'erreur. Une offre de médiation est apportée, le 7 août, par une délégation du Gomité central à l'armée des Pyrénées- Orientales. En route des méfiances s'éveillent dans l'esprit des députés qui, craignant pour leur sûreté personnelle, s'arrêtent à Saint-Remy et se contentent d'envoyer une adresse : ■« Si vous êtes portés à vous réunir à nous pour repousser l'ennemi commun, disent-ils aux membres du directoire des Bouches-du-Rhône, si vous êtes disposés, comme nous n'en
(1) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 253.
doutons pas, à oublier le passé et confondre dans un mutuel embrassement des divivisions qui n'auraient jamais dû exister, dites-le-nous avec cette franchise et cette loyauté qui font le caractère du peuple marseillais et envoyez-nous un saufconduit qui puisse nous guider pendant notre route. Alors vous nous verrez au milieu de vous pour vous porter des paroles de paix et de conciliation. , . (1), »
La réponse que fit le directoire du département ne laisse aucun doute sur les menées liberticides du Comité général. D'après lui, Marseille est véritablement dans son rôle ; les fauteurs de troubles sont les meneurs de la Convention euxmêmes. Marseille, en un mot, n'a pris les armes au nom de la République, que pour se délivrer de l'oppression d'une faction qui a usurpé le pouvoir. « Notre plus ardent désir,^ écrit-il aux députés, est de fraterniser avec vous et avec tous les Français que nous considérons comme nos frères. Mais le pouvons-nous ? Comment devons-nous regarder une armée qui, au lieu de se rendre au Pyrénées, lieu de sa destination d'origine, dirige sa marche contre les républicains qu'elle devrait chérir et qui n'ont d'autre but, en se soulevant contre l'oppression, que de défendre leurs vies et leurs propriétés ? Enfin, comment devons-nous envisager ceux qui ont encore le malheur de n'être pas révoltés de toutes les horreurs qui sont le produit journalier d'une faction scélérate qui a juré de faire de la France un monceau de ruines et un théâtre de carnage pour se soustraire au supplice, résultat infaillible de ses atrocités ?... (2). »
Au moment même où le directoire fait cette réponse aux. députés du Comité central des Pyrénées-Orientales, il y a, à Marseille , une réunion de délégués de tous les départements du sud-est. Ceux des Hautes-Alpes viennent d'être subitement écartés de l'Assemblée générale. Ils manifestent leur surprise : « Vous nous faites observer, disent- ils au Comité général, que la présente assemblée, d'où nous
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspoiidaace du directoire. Tome VII, page 197.
(2» Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 197.
MABSEILLK KÉVOLUTIONNAIRE 455
sorames exclus, ne devait s'occuper que de m >sures locales et que notre présence pouvait gêner vos délibérations. Nous pourrions répondre que les intérêts des départements coalisés sont inséparables et rien de ce qui intéresse l'un d'eux ne peut être étranger à l'autre... Il est vrai que le département des Hautes-Alpes ne semble pas marcher précisément dans le même sens que Marseille puisqu'il se décide à accepter la constitution. S'il l'accepte, c'est parce que c'est là le plus sûr moyen de sauver la République. Cette mesure de salut public est commune à bien d'autres départements et à la fraternité à laquelle Marseille n'a sans doute pas renoncé. . . (1). »
11 est hors de doute que le véritable état d'esprit des autorités marseillaises échappe encore aux départements limitrophes. La réponse dilatoire du directoire des Bouches-du- Rhône est bien faite pour entretenir cet état d'âme : « ... La Commission intermédiaire n'exislant pas, écrit-il aux députés des Hautes-Alpes, vous savez quels événements ont empêché jusqu'ici l'exécuiion de cette grande mesure de sûreté générale (2). Les circonstances peuvent changer et alors tous les départements coalisés naguère, écartés aujourd'hui par violence ou par des considérations de prudence de l'unité de vues sur la<:juelle doit reposer une telle coalition, se rallieront aux principes dont ils avaient juré simultanément l'observation et la Commission intermédiaire aura lieu. En attendant le département des Bouches-du-Rhône n'entend opérer aucune scission avec celui des Hautes- Alpes et autres coalisés. . . (3). »
Ce qui précède nous expose la tactique habituellement employée envers les départements qui se montrent indécis dans leur lutte contre la Convention. Il ne faut point s'aliéner les esprits perplexes sur lesquels on pourra peut-être compter
(1) Archives des Bouclies-du-Rliône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 203.
(2) Il est fait allusion, ici, à la réunion à Bourges des députés de tous les départements.
(3) Archives des Bouches-du-Rhùne. Coiih spondauce du directoire. Tome VII, page 203.
en C9S de succès. En attendant, il importe de leur cacher avec soin la véritable manœuvre.
Par contre, quand les départements se prononcent nettement pour la République unitaire et pour le parti jacobin, l'attiiude envers eux ne prête point à équivoque. C'est la rupture éclatante et catégorique. Telle est celle qui est adoptée à l'égard des administrations du département de l'Hérault depuis quelques jours; telle est celle qui vient d'être employée à l'égard du directoire des Pyrénées-Orientales qui a eu la malencontreuse idée de vouloir ramener dans la voie du devoir les autorités marseillaises.
«... Citoyens, s'écrie ce directoire, vous marchez contre les Parisiens. On vous a trompés quand on vous a dit qu'ils étaient vos ennemis. Vous ne trouverez à Paris que des frères. Vos ennemis et les nôtres sont ici. Ils ont envahi le territoire français; ils ont rétabli l'ancien régime dans tout le département des Pyrénées-Orientales et les Marseillais, les premiers enfants de la liberté, semblent les fuir pour aller étouffer la République dans son berceau !. . . Abandonnez vos projets ; venez renforcer l'armée des Pyrénées ; vous y verrez les Marseillais qui ont renversé le trône du roi au 10 août. Ils vous attendent pour terrasser les Espagnols ; et lorsque vous en aurez purgé le sol de la liberté, s'il existe dans la République des royalistes et des fédéralistes, nous marcherons contre eux ensemble ; ils seront anéantis (1). »
Mais les autorités marseillaises sont bien éloignées de vouloir combattre les Espagnols. A l'instant même où il est fait appel à leurs sentiments patriotiques pour repousser l'envahisseur, elles composent avec l'étranger. L'escadre espagnole, comme l'escadre anglaise, a bloqué nos côtes; elles se trouvent dans les eaux de Marseille. Après la défaite de Salon, il a été créé un Comité de Salut public composé de cinq membres. L'un d'eux, Abeille, muni de pleins pouvoirs, se rend auprès de la flotte ennemie et, sous prétexte de demander la libre circulation des grains de provenance génoise, il proclame
(1) Lourdes. Histoire de la Révolution en Provence. Tome III, page 29.'
roi, avec les Anglais et les Espagnols, au nom de la ville, Louis XVII... (1).
Il y a dans cette trahison insigne comme un défi jeté aux départements fidèles. Depuis trois semaines, Marseille, insurgée, compte ravitailler ses troupes au moyen de subsistances tirées de l'intérieur. Elle a envoyé des commissaires dans le département de l'Hérault où la récolte de blé a été fort belle. L'un d'eux, Alengry, a traité pour une forte quantité. Mais les autorités locales, éclairées maintenant sur les noirs desseins des Marseillais, retiennent les grains. C'est la commune de Villeneuve qui arrête la barque chargée à destination de Marseille ; c'est le procureur syndic de Béziers qui écrit à
(1) Dans son ouvrage intitulé : Toulon et les Anglais, yi. Gottin, page 82, nous apprend qu'Abeille se rendit à bord du vaisseau amiral anglais. Mais pourquoi passe-t-il sous silence le rôle actif de ce commissaire des sections marseillaises? Cependant, M. Gottin a, comme nous, consulté la notice historique de cet agent royaliste, dont il invoque à plusieurs reprises le témoignage. (Voir page IX de l'avant-propos, et pages 79 et 82 de Touvrage.)
Il est vrai que l'auteur de Toulon et les Anglais s'est elTorcé de démontrer au début de son livre (voir page 15) que les Jacobins, seuls, sont responsables des malheurs de la patrie. « ... L'étranger, dit-il pour conclure, n'aura plus qu'à se présenter pour recueillir le fruit de leurs intrigues.... »
Dans ces conditions, pour être logique avec lui-même, M. Ck)ttin ne pouvait évidemment qu'effleurer le rôle de l'émissaire royaliste des sections marseillaises
Or, voici ce qu'Abeille écrit lui-même à l'amiral anglais au cours des négociations entamées :
« ... Si mes commettants peuvent conserver la liberté pour laquelle ils combattent, ou la recouvrer s'ils ont le malheur de la perdre, je prends l'engagement, en leur nom, de faire proclamer, avec transport, dans le département des Bouches-du-Rhône, Louis XYII, fils de mon infortuné monarque Louis XYI que tous les Français vertueu.x n'ont cessé de pleurer, et de leur faire jurer soumission et fidélité à ce légitime chef de la monarchie française.
« Fait à bord du vaisseau amiral de S. M. B. Victory, le 23, au soir, du mois d'août 1793.
Signé : J. Abeille. »
Collection particulière. Notes et pièces officielles relatives aux événements de Marseille, en 1793. par M. Abeille, l'un des députés de Marseille, à cette époque, auprès des amiraux alliés croisant sur les côtes de la Provence.
(Voir aux pièces justificatives n» 10 la lettre tout entière, dont il est parlé ci-dessus; la réponse de l'amiral anglais et une attestation de cet amiral faite postérieurement en faveur d'Abeille pour lui faire obtenir un emploi sous le rèsrne de Louis XVIII.)
Agde pour prévenir les municipalités de s'opposer aux ciiar gements de toute espèce ; c'est le directoire du département lui-même, enfin, qui s'oppose à l'exportation des céréales dans tout le ressort qui lui est confié (1).
(( . . . Nous attendions de vous, écrit à ce dernier, à la date du 14 août, le directoire des Bouches-du-Rhône, que vous concouriez à déjouer le complot que l'on a formé d'affamer le département que nous administrons... Si vous éles républicains, si vous êtes des hommes, vous ne pouvez méconnaître les lois de la liberté du commmcrce et de la libre circulation des grains... craignez de donner à un peuple nombreux un exemple d'insensibilité qui peut un jour tourner au détriment de vos administrés... Assurez-vous des droits à l'estime et à la reconnaissance de vos frères et reconnaissez à la chaleur de cette lettre notre franchise... (2). »
Cependant, il n'entre pas dans le plan des Anglais d'occuper Marseille. Certes, c'est là une riche proie; mais il en est une autre bien plus importante à leurs yeux. Ce qu'il leur faut, c'est un nouveau Gibraltar ; c'est le port militaire de Toulon.
Tout en acceptant les propositions d'Abeille, l'amiral anglais se contente, pour l'instant, d'envoyer, par son intermédiaire, une proclamation aux habitants (3).
Depuis quinze jours, l'amiral français Trogofï, commandant l'escadre de la Méditerranée, correspond avec les sections marseillaises. Celles-ci, prévenues par Abeille, l'invitent à envoyer des émissaires auprès de l'amiral anglais. M. d'Imbert, capitaine de vaisseau, accourt. Il trace à l'amiral Hood « un tableau moral et matériel de l'escadre française. » Celle ci est prête à se livrer aux Anglais.
Mais pourquoi les sections de Toulon tardent-elles à se déclarer ? L'amiral Hood veut la soumission complète de cette ville et Carteaux marche sur Marseille !...
(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 197.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 200.
(3) Notice historique d'Abeille. Voir cette proclamation aux pièces justificalives no 10.
Après l'insoumission et la révolte, après l'attitude hypocrite à l'égard des départements que le doute tenaille, après la menace envers ceux qui s'obstinent à rester fidèles, c'est l'alliance pure et simple avec l'étranger. La gradation est logique. Puisque Marseille ne peut trouver un appui à l'intérieur, puisque la France refuse de se lever et de lui prêter son concours, Marseille, pour faire la loi et annihiler la Convention, Marseille, infidèle et sans forces, se jettera, pour braver l'adversaire, dans les bras des ennemis.
Mais l'alliance avec l'étranger n'augmentera pas ses forces ; elle fera son malheur et la couvrira d'opprobre. Déjà, à l'annonce de l'envoi d'un parlementaire à l'escadre espagnole, la section 11 s'est levée frémissante (1). « On a profité de la faveur de la nuit, dit-elle, pour faire passer dans les sections une pétition qui, sous le voile mystérieux de sauver la chose publique, disait qu'il fallait envoyer un parlementaire à l'escadre espagnole. Oh ! Marseillais, c'est à vous qu'on propose de composer avec les flottes des tyrans étrangers qui ne sont armés contre nous que pour nous réduire au plus honteux esclavage. C'est de ces hommes, abreuvés de notre sang, de celui de nos femmes et de nos enfants, qu'on attend des secours!... C'est de ces tigres que l'on croit attendre un acte de générosité!... Non, Marseillais! Cette idée ne fut jamais dans votre âme. Vous ne souffrirez pas que Marseille, qui s'est acquis tant de gloire dans les fastes de la Révolution, se déshonore jusqu'à ce point.
« Cherchons plutôt à calmer le courroux des Français qui marchent contre nous. Nous pouvons tout espérer de nos frères ; ils sont Français, il suffit. Ils seront généreux et par eux nous aurons la tranquillité ; nous aurons des vivres et la liberté... (2). »
(1) Guibal. Le Mouvevient fédéraliste en Provence, page 288.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.
Et qu'on ne croie pas que cet état d'indignation de la part ■de la section 11 soit un acte isolé. Le peuple marseillais, lui, est toujours le même. Il a fait la Révolution et il s'en souvient. Il a été trompé, abusé, bafoué, flétri. Il est maintenant trahi. Malgré la pression, malgré les menaces, il lève la tête au sein même des sections, images jusqu'ici fidèles du Comité général. C'est la section 12 qui propose d'envoyer une dépulation auprès de Carteaux. Ce sont les sections 13 et 23 qui adhèrent « d'autant plus volontiers à l'adresse de la section 11, qu'elles ont déclaré vouloir être fidèles au serment de ne jamais courber la têle sous le joug d'un despote... (1). »
Mais la section 11 ne se contente pas de soulever l'opinion publique. Elle prend les armes. Le 22 août, son bataillon se masse sur la place des Prêcheurs. La municipalité provisoire fait appeler le commandant Vidal pour lui réclamer des explications sur la cause de ce mouvement. Celui-ci répond que son batirillon ne veut être « ni Espagnol, ni Anglais (2). » C'est donc la guerre civile déchaînée dans Marseille.
Les autorités nomment à la hâte un commandant supérieur de la défense. Il a nom La Baume. Autour de lui viennent se réunir tout ce que la ville compte d'officiers royalistes, fédéralistes et contre-révolutionnaires. On décide de dissiper par la force le rassemblement patriote. Le bataillon 11 s'enferme dans l'église des Prêcheurs et prend ses dispositions pour soutenir l'attaque.
Deux jours auparavant, le Comité de Salut public, concentrant dans ses mains tous les pouvoirs, a inauguré sa prise de possession de la ville par une série de mesures exceptionnelles inspirées par la lutte à outrance. Tous les citoyens en état de porter les armes sont tenus de se lever en masse et d'être en état de réquisition permanente. La Bourse, les spectacles, les maisons de jeux sont fermés. Il en est de même des cafés et des magasins à partir de 4 heures de l'après-midi. Si l'on en croit le conventionnel Poultier, les contre-révolu-
(1) Arcliives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Pi-ovence, page 289.
tionnaires ont fait publier, le 20, que le premier qui prononcera le mot de Constitution sera puni de mort (1).
Le 21, le Comité général, toujours en activité, exhorte le tribunal militaire à redoubler de zèle et à activer la punition des coupables. Des convois de prisonniers se rendent d'Aix à Marseille pour subir le dernier supplice. Onze d'entre eux sont exécutés dans la journée du 22. L'arrivée inopinée de Carteaux va délivrer les autres. Il y a dans les prisons de Marseille trois à quatre cents Jacobins qui attendent leur tour. Le temps vaimanquer au tribunal militaire pour les frapper. En prévision d'un échec possible, le Comité général de Marseille a fait prévenir celui de Toulon de se tenir prêt à recevoir les citoyens incarcérés. Même dans la défaite, il tient encore à assouvir ses vengeances.
Dans les journées des 20, 21 et 22 août, la terreur fit partir pour Septèmes et Fabregoule un grand nombre de citoyens qui allèrent ainsi renforcer l'armée départementale. Les dispositions belliqueuses de la section 11 trouvèrent peu d'écho dans cette population marseillaise avilie tout à coup par la peur. Avant d'entamer la lutte, la municipalité, accompagnée de deux membres de l'état-major de chaque section, se transporte sur la place des Prêcheurs pour inviter une dernière fois les insurgés à rentrer chez eux. u Nous ne nous retirerons, déclarent ceux-ci, que lorsque l'armée de Carteaux viendra nous relever (2). »
Bientôt le combat s'engage. Les fédéralistes ont pour eux l'avantage du nombre ; ils refoulent les patriotes dans l'église (3). Des canons sont braqués à toutes les avenues ; on tire sur les insurgés do tous les points à la fois. Pendant tout l'après-midi du 23, les patriotes reviennent sur la place par intervalles et disputent le terrain avec acharnement.
(1) M. Aulard. Recueil des Actes du Comité de Salut public. Tome V,^ page 493.
(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 92.
(3) Cette église existe encore telle qu'elle était à cette époque. Les petites rues qui l'avoisinaient ont disparu ainsi que la place des Prêcheurs. L'église a sa façade principale sur la rue de la République, à mi-chemin entre le Vieux-Port et la place Sadi-Garnot.
462 MABSEILLE RÉVOLUTIONNAIRE
Le combat se poursuit dans la nuit à la faveur des ténèbres. Un détachement d'insurgés enfonce les rangs des assaillants et, pour se donner de l'air, va s'emparer de la porte d'Aix qu'il conserve une nuit entière. Des commissaires civils de l'armée départementale, attirés par le bruit, se font prendre à leur arrivée. Ils sont conduits à l'église des Prêcheurs. L'un deux, Pinatel, est envoyé en parlementaire auprès de la municipalité ; il a donné sa parole qu'il reviendrait, mais il reste invisible.
L'action continue dans la matinée du 24. Mais telle est la répugnance des citoyens, en général, et des artilleurs, en particulier, à combattre leurs frères, qu'on trouve difficilement des canonniors pour servir les pièces. L'un d'eux, le manouvrier Beauraont, est traîné auprès d'un mortier ; on l'y retient de force. On le menace avec le sabre ; on lui porte des coups de crosse ; un garde national lui met le pistolet sur la gorge (2). On arrive ainsi à bombarder l'église ; vingt-s'^pt bombes sont lancées sur l'édifice.
Les patriotes luttent en désespérés ; ils viennent d'entendre le canon du côté de Septèmes. C'est l'armée de Carteaux qui livre bcitaille. Tout à coup la nouvelle se répand que les troupes départementales viennent de remporter sur celles de la Convention une éclatante victoire. Presque au même instant des bombes font choir des pierres du faîte dans l'église. Il n'y a plus de munitions. La résistance devient impossible.
Les insurgés, en colonne serrée, sortent alors de l'église ; défilent, en se battant toujours, par les rue Sainte-Marthe et de l'Observance et gagnent la porte de la Joliette. Là ils abandonnent un de leurs canons ; ils s'engagent ensuite sur le chemin d'Allauc.h pour aller joindre, par un détour, les républicains de Carteaux.
Pendant vingt-quatre heures, 500 hommes résolus ont bravé la ville entière qui, il faut bien le dire, n'a apporté à la lutte qu'une ardeur toute de circonstance. « A en juger par le fracas de la poudre qui a été brûlée, fait judicieusement
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 295.
observer le royaliste Lautard, on aurait dit que la moitié de la ville était engloutie (1).»
Que faisait pendant ce temps l'armée de la Convention ? Nous venons de voir qu'elle était aux prises avec les troupes de Villeneuve. Celui-ci, après son échec de Salon, s'était retiré sur Marseille avec l'intention de défendre un à un tous les passages qui conduisent dans cette ville. La colonne de Salon qui constituait son aile gauche avait été répartie sur les hauteurs de la Gavotte ; celle de Lanibesc, plus au nord, devait défendre les hauteurs de Fabregoule. Trois nouveaux bataillons, partis de Marseille dans la nuit du 23 au 24, avaient recula mission de se porter à Roquevaire. Mais ces nouvelles forces n'arrivèrent point à destination ; les volontaires fondirent en route.
Quant à Garteaux, il avait quitté la ville d'Aix dans la journée du 23. Le même jour, il arrivait à portée de canon de l'armée départementale. En entendant le bruit du combat qui se livrait dans Marseille, le 2* bataillon des grenadiers des Bouches-du-Rhône quitte les soldats de Villeneuve et passe à l'ennemi. Le lendemain, 24, le général royaliste, se voyant sur le point d'être attaqué, mande en hâte au Comité général de lui envoyer quatre bataillons de secours; « Hélas ! s'écrie le commissaire civil Michel d'Eyguières, il n'y avait plus de bataillons dans la ville ; tout était épars... Il était malheureusement écrit dans le livre du destin que ce jour-là mettrait le comble à la honte de Marseille. . . (2). »
A midi, Garteaux met ses colonnes en mouvement. Le commandant Laporte, à la tête du bataillon des Allobroges, fond sur la colonne de droite de l'armée départementale qui lâche pied aussitôt. A gauche, les artilleurs de Villeneuve n'attendent pas l'ennemi. Ils précipitent leurs pièces dans les ravins
(1) Lautai-d. Esquisses fustoriques.
(2) Michel d'EyguièrPS. Histoire de l'armée départementale, page 119.
MARSEILLE HEVOLUTIONNAIRE
et mettent le feu aux poudres. La détonation qui s'ensuit devient le signal d'une débandade générale. En un instant les routes sont parsemées de soldats qui s'enfuient en désordre, au milieu d'un nuage de poussière soulevée par le passage des chariots, des charrettes et des canons qui encombrent les lignes de retraite. Si, au lieu de se porler sur le chemin d'Allauch, le bataillon 11 avait suivi la route d'Aix, il mettait les fuyards dans la position la plus critique. A 3 heures, les
Vue de Seplèmes
(Hôtel de Vilh
premiers d'entre eux parviennent dans la ville et peuvent encore entendre les dernières proclamations qui annoncent l'échec de Carteaux. La vérité ne tarde pas à être connue.
C'est alors la panique. Les portes, les fenêtres des maisons se ferment précipitamment. Les autorités disparaissent à la hâte. Les rues se remplissent d'une foule de gens qui courent sans savoir où ils vont. Ils fuient une ville proscrite. Les familles aisées se réfugient à leurs bastides et villas. De pauvres gens, femmes, enfants, vieillards, chargés de leurs meilleures nippes, vont en foule camper sur les bords du
Jarret et de l'Huveaune (1), Ou aurait dit que cinq cent mille barbares venaient fondre sur Marseille. Et l'armée de Carteaux compte à peine 3.000 hommes! Et ce sont des Français !
Les citoyens que leur rôle dans les derniers événements a particulièrement compromis s'embarquent ou partent par voie de terre pour Toulon. Le gouvernement insurrectionnel, sa caisse, ses fonds vont y chercher un asile (2). Le général royaliste, a la tête d'un débris de 500 hommes, protège ce lamentable exode. L'armée et les fugitifs qu'elle escorte vont coucher à Cassis. Le lendemain, à 6 heures du soir, ils font leur entrée dans Toulon.
Le Comité général de cette ville a enfin répondu à l'appel des sections marseillaises et aux avances de l'escadre anglaise. Depuis trois jours des Français discutent avec l'étranger sur le sort de Toulon.
Le 27 août, le grand port militaire est livré sans conditions. « au nom de la patrie et du monarque», par une faction politique. Le 28, les escadres alliées pénètrent dans la rade et occupent les forts (3).
Quant aux tristes débris de l'armée départementale ils formeront bientôt, dans cette ville, sous les ordres d'un officier étranger, le noyau du premier régiment du nouveau roi Louis XVII. Ce sera le Royal-Louis. Dans quelque temps, la mort ira surprendre, en Espagne, le général Villeneuve, en train de lever un régiment contre son pays.
Telle est la triste fin de l'armée déparlementale et par contre-coup de la garde nationale marseillaise, cette armée de citoyens-soldats. Sans doute, l'organisation subsistera, mais l'élément vital qui faisait sa force a maintenant disparu. Le levier moral à cassé net. Comme un déplacement d'équilibre disloque parfois des machines à haute pression, le guetapens où on l'a fourvoyée a brisé tous ses ressorts et annihilé désormais son action politique. Elle ne sera plus à
(Il Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 301 ;
(2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 301.
(3) Notice historique d'Abeille, pages 16 et suivantes. (Collection parti
Miliére).
l'avenir que l'ombre d'elle-même. Le doute va succéder à l'enthousiasme, la crainte, l'inertie à l'action guerrière.
Les événements politiques ont, cette fois, jeté le trouble dans son âme et désorganisé ses facultés. De même que dans une famille ses membres s'étiolent ou disparaissent sous le désespoir d'un acte inconscient qui la déshonore, de même, dans la vieille cité phocéenne, la garde nationale marseillaise sombre lamentablement sous le choc moral qui l'atteint en dépit d'elle-même. Il faut à un jeune arbre une poussée de sève pour s'élancer droit dans les airs ; lorsqu'on le transporte dans un milieu moins favorable, il se dessèche et meurt.
L'histoire de l'armée marseillaise est l'histoire du peuple lui-même. Un grand enseignement se dégage des faits. Quand une nation lutte pour la liberté, elle se doit à elle-même de conserver intacte la foi qui l'anime, sans compromission avec des éléments qui arrêtent ou reculent sa marche. Quand le peuple est debout en face de l'envahisseur, toutes les forces vives doivent être dirigées vers un centre commun, un foyer permanent de lumière. C'est ce qu'on appelle, en politique, l'égalité de vues et l'unité d'action. Le parti qui synthétise, dans les occasions difficiles, l'âme populaire, faite d'aspirations généreuses et sauve la patrie, mérite la reconnaissance éternelle des générations qui suivent.
Étal de MM. les Capitaines et Lieutenants des Patrouilles Bourgeoises
Capitaine : M. Ant. d'Anthoine.
Lietxtenants : MM. Millot cadet ; Nicolas Clary ; Justinien Clary ; Jacques Bouillon ; Louis-Barthélémy Rougier ; Manent ; Guilhermy, courtier ; Faucras, contrôleur au bureau des poids et mesures ; André Blancard ; Ambroise Jean ; Artaud, de la Chambre de Commerce ; Fauchier d'Escalon ; Ponsard, de la Chambre de Commerce ; Le Marchant fils,
Capitaine : M. Albouy.
Lieutenants : MM
Capitaine : M. d'Armand de la Garciniére.
Lieutenants : MM. de Nas Tourris ; de Passebon fils ; Caire ; Gravier ; Roustain ; Pioche ; Melchior Arnaud ; Bertrand de Billy; Mouret ; Pierre Sellon ; Barbaroux ; Ant. Porry ; Megy; Gautier, rue Coutellerie.
Capitaine : M. Jacques de Borély.
Lieutenants : MM. Roubin aîné ; Rampai fils ; Combe ; Lambert ; Teissère ; Venel ; Barbaroux ; Allègre cadet ; Cathalan ; Rolland fils aîné ; Claude Castelan ; Honoré Bernard ; Gazel ; Clastrier.
Capitaine : M. de Bourguignon aîné.
Lieutenants : MM. Degaye aîné ; Lepeintre aine ; J. Latour de Vidal ; Alexandre Pèchier ; Croze-Magnan ; J. Angleys aîné ; Nicolas Dallest ; Clerissy aîné ; L. Laporte ; J.-M. Gautier ; Victor Mille; Louis Aubert ; B. Rolland ; Badaraque aîné.
COxMPAGNIE N° 6
Capitaine : M. Bagarry, ancien échevin.
Lieutenants : MM. Laget, avocat ; Pelletier de Lautier ; Urbain Granier, courtier; J.-B. Mauriès ; Pierre André ; Fortunal Gautier fils ; D. Clerissy cadet ; Miolis. avocat ; Roux, rue de Beausset ; Guignon ; J. Lavison ; Boyer ; Pernot .
Capitaine : M . Blanchard, ancien échevin .
Lieutenants : MM. Blanchard fils aîné ; Blanchard fils cadet ; Joseph Guibert ; Beunat ; Ant. (]aire ; Aimé Barthélémy ; J.-M. Barthélémy ; Jean-B. Desbief ; Jacques Rey; Pascal; Pierre Pérouse ; Pierre Bernard fils; AUard fils aîné ; Gourret.
Capitaine : M. de Barbarin aîné.
Lieutenants : MM. P. Magnan fils aîné; J.-P. Cailhol ; Joseph Estienne; Ant.-B. Rey; J.-J.-T. Depieds ; F. Sauvage; Jean-B. Musson ; Louis Lieutaud ; J. -Henry Vaudière ; J. Castelin ; J.-J. Venture; G. Roux.
COMPAGNIE No 9
Capitaine : M. Beaussier cadet.
Lieutenants : MM. Guenifey ; Belliard ; Courbeau ; Bonnardel fils aîné ; Puget ; Rimbaud de Roman ; Dimètri Azar ; Meyier fils, courtier ; J . Reybaud ; Laurent Lautard ; Pierre- Jacques Reybaud ; Roubaud de Pontevès ; J.-M. Imbert fils ; Emmanuel Routier.
COMPAGNIE No 10
Capitaine : M. de Canonge, chevafier de Saint-Louis. Lieutenants : MM
COMPAGNIE No 11
Capitaine : M. Carraire.
Lieutenants : MM
Capitaine : Crozet de Rossel .
Lieutenants : MM. J.-Louis Fouque, rue Thubaneau ; Lieutaud, rue Bouterie ; Gairaud, rue Dauphine ; Seiras, rue Croix-d'Or ; B Quarier, Grand-Puits ; Viole, rue Dauphine ; Guis, rue Sainte-Barbe; Blanchard, rue Pisançon ; Chapellon, rue des Nobles ; Perron, rue Vieille-Calade ; Porry, rue Notre-Dame-du-Mont ; Treper Rossel, rue Croix-d'Or ; Haslaver, rue Vieille-Calade ; Rampai, rue des Nobles.
COMPAGNIE No 13
Capitaine : M. Crudère, ancien échevin.
Lieutenants : MM
Capitaine : de Cairac, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : MM. Fabre; Philip aine; Nouvel ; J.M. Fraissinet ; J.-D. Baux fils; Petit ; Pagliano : François Guiraud ; Firmin Bertrand; Lieutier neveu : E. Baux; J. Fraissinet: Francoul ; Xavier Martin.
Capitaine : M. Couturier.
Lieutenants : Donneau ; Joseph Olive ; Louis Reboul de Martin ; Embr\', architecte : Cassard ; François Auzet ; Gaspard Saint-Arnaud ; Jaussand de CI>apelier ; V.- V. Ventre fils aîné ; André d'Estienne fils aîné ; Cantin Meifredi ; E.-A. Reinaud ; Vincent; Olive de Manuel ; Pierre Olive de Greling.
COMPAGNIE No 16
Capitaine : M. de Caire, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : MM. J.-P. Romieu : J. Napollon ; de Coullom; Rey, rue Venture; J.-H. Baux ; Manem de Saint-Pons; Colomb aine; J.-A. Décorniis ; Esprit Pascal ; Chaulier fils; Henri Laloubie ; Lombardon fils ; Michel de Léon ; J.-A.L. Chapelle.
Capitaine : M. de Cai^s.
Lieutenants : MM. Tardieu ; Henricy : Maille : Olive; Brouilhony ; Chabert ; Féraud ; Favier; Josepii Honoré; Desarnauds; Dupuy ; Raspail ; Guirard ; Laugier.
COMPAGNIE No 18
Capitaine : Couder aîné.
Lieutenants: MM. Roux Américain ; Jean-Baptiste Girard ; Pierre Collique; Bignau; Louis Liquier; D. Ployard ; Grenier fils; Peyron ; Fournier ; D. Feraudy ; Martin, fils de l'orfèvre ; Augustin Durand • D.-L. Revelly.
COMPAGNIE No 19
Capitaine : M. Chaudon,
Lieutenants : MM. Rostang fils d'Alexandre ; Gastaud; Angelvin ; Vitalis; Royère;J. Magnan; Pierre Servel ; Alliés; Charlet ; Bouffier ; de Grand ; D. Curnier ; Louis-Alexandre Chaudon.
COMPAGNIE No 20
Capitaine : M. J.-B Daniel.
Lieutenants : MM. Lioucy ; Richerme : Thulis aîné ; Melan ; Dandole ; Belleville ; Serane neveu ; Conil fils ; Deidier fils ; Berton fils ; Louis-André Bertrand ; Sarraire ; Joseph Gouirand ; J.-B.-F. Michel.'
Capitaine : M. Drcigoa aîné.
Lieutenants : MM. A. Abellard lils ; J. -A. Benêt ; A. Cresp ; Ange Corail; Michel-Bernard C h aix; D. Fuzier ; Antoine Garcin ; P.-P. Laroque ; L. Martin, fabricant de soufre ; Montrefault ; G.-F. Monier ; Meynard ; B. Sauze; P. Pai^cal.
Capitaine : M. Honoré Devoulx.
Lieutenants » MM
COMPAGNIE N» 2i
Capitaine : M. Dallest de Caresse.
Lieutenants : MM. Boussier ; Degaye ; Genoud ; P. Tuison David ; Gaspard Cezan ; D. Calvi; Eyssautier; Pinatel; D. Sicardi ; Blanc ; J. Jauvas ; J. Maury; A. -F. Niot; Laugier aîné.
Capitaine : M. de Dorai, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : MM. F.-Valentin ; Louche; P.-Louis Marcellin ; Cyrille Libon ; Jean-Ant. Nicolas ; Pierre Chevaly ; J.-J. Pellissier ; M. Lange ; Corréard ; T.-T. Thomas; C. Ollivelils; A. Moyne ; J.-J. Soutele ; L, Gaubert ; Carie.
Capitaine : M. d'Aigalades aîné.
Lieutenants: MM. Franc aîné ; Franc cadet ; Berlin cadet ; Esc. Fontez ; H.-J. Boyer ; Martin, négociant ; J. Lavigne ; N. André cadet ; J.-G. André ; J.-B. Lavit ; Reymond lils aîné ; J.-A. Berthelot ; Louis Siau ; Isnard de Lambesc.
Capitaine : M. Ferrari cadet, ancien échevin.
Lieutenants : MM. L-B. Ferrari; de La Combe; C. Ferrari; Jullien, avocat; E.Bayol ; E.Rey ; Irissac; Lagarde cadet; Roquemaure; Bourdou; Minotti ; Marchant; A. Bremond; Moisson.
COMPAGNIE No 27
Capitaine : M. de Fabron Chaudelle.
Lieutenants : MM. Jean Descrivau ; Clapier ; de Gay de Caradet cadet; A. Gide cadet: Aillaud ; Eustache Avon; Joseph Palmery ; J. Luce; G. Blanc; F. Reveu; Daligny ; Planche; Guillabert ; A. Meistre.
MARSEILLE BÉVOLUTIONNÀIRB 473
Capitaine : M. de Girard Dademaine aîné.
Lieutenants : MM. de Morgan ; P.-P. Girard Dudeniaine ; Colomby ; H.-S. Betaille ; Pastré ; Fourton ; de Bouis : Massot , A. Audibert lils de J. ; Ignace Donand\ ; Thomas de Saint-Jacques; Meritan ; Troplie fils : D. Estienne.
Capitaine : M. de Greling, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : Louis-Raymond Guèrin ; Pierre Payan d'Estienne ; Capry; Noël-Paul Laugier; Antonin Gautier; Albe fils; A. Isnardon fils aine ; Beyrès, au Bureau des classes ; Mersanne aîné ; Lombard.
COMPAGNIE N° 30 Capitaine : Grimaud.
Lieutenants : MM
Capitaine : Gimon aîné.
Lieutenants : MNf. Alexis Pascal; Lepeintre cadet ; Barthélémy de Cassard ; Alexis Blancard ; Ricard ; Lambert ; Cousinery de Napollon ; Carbonel cadet ; Toussaint Cousinery ; Louis Angelys ; Eymar ; Triol fils; Giraudin ; J.-J. Bosq.
Capitaine : M. Jean- Marie de Greling.
Lieutenants : B. Gassan ; J.-F. Fouquier ; E.-G.-B. Fouquier ; J.-B.-F. Pastoret fils ; T.-Martin Laforèt ; G. Gor ; Edouard Cousinery ; J.-C. Girard : Du Prenil ; L.-C. Tarascon ; A.-N. Lasale aine ; Gilly; Martin Capus.
Capitaine : M. de Gérard, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : MM. Fabron fils aîné ; Laurent Favre; Augier ; Bourguignon fils de Louis; Gardaire; David de Perrache; P. Isnard: Girard; Séjourné fils aîné; J.-B. Giraud ; J.-M. Fabre; Martin Senès ; Isoard; Marc- André Aumant.
Capitaine : M. Long, courtier.
Lieutenants : M}A J. -Rodolphe d'Ernest, bourgmestre; Adolphe Van Berchem, négociant; Pierre Ferry; Michel Rougon; Antoine Agnel ; Alexis-André Philopal ; Antoine-Nicolas Michel ; Pierre Mazet; Antoine Fabre; Valentin Barrielly; Toussaint Carbonel ; Joseph Carbonel : Charles Maurice ; Jean Boissière.
474 MARSEILLK RÉVOLUTIONNAIRE
Capitaine : M. Merle.
Lieutenants : MM. d'Herulez de Vidal; Cliaulan aîné; Denans ; B. Jullien ; J. -David Clastrier ; Cyprien Long ; J.-A. Tarascon; Jacques Asse ; J.-Jacques Eymin ; Honoré Gazau ; J.-B. Viau; Félix Blanchenay; J.-F. Arbaud ; Parrot fils.
COMPAGNIE No 36
Capitaine : M. Martin, flls de César, ancien échevin.
Lieutenants : MM. J.-F. Olive, courtier; A. Brunet ; F.-Xavier de Garnier ; Henry Gilly ; C.-F. Degaye; J.-A. Martin; Balthazard Blanc; Jacques Aubert; Hippolyte Icard; Honoré Martin ; Dominique Roux ; Jérôme Guien; Jacques-André Marrou.
Capitaine : M. Martin Compian.
Lieutenants : MM. Louis Sicard ; Augustin Vaille flls; Dominique Sarmet de Lean Audibert ; Nicolas Sarmet, frère de Dominique ; Honoré Audibert, fabricant de savon ; André Obligié, courtier; Joseph- César Peyre ; Louis Mouren, marchand de drap ; Louis Nielly, avocat; Jean-Louis Délaye; Honoré Legréaîné; Charles-Joseph Coullet; Jacques Gaillol.
COMPAGNIE No 38
Capitaine : M. Martin, flls d'André.
Lieutenants : MM. Marc-Antoine Romagnac; Pierre Bonhomme ; E.-A. Escalon flls; Frédéric-Christophe Pallot ; Pierre Chegaray cadet; Roch Vence ; J.-F. Camoin ; Charles AUard; J.-G. Delone ; P.-Mathieu Vincens; Casimir Fesquet ; Jacques Reboul; Antoine Pâlot; Victor Bonhomme.
COMÎPAGNIE N» 39
Capitaine : M. d'Olivier de Puget.
Lieutenants : MM. A. Marniesse; Louis Magnan; André Sylvestre; C. Bourlion; A. Bellon ; A. Second; J.-S. Hugues; J.-F. Nicolas; F. Charaporcin ; J. Laugier; Louis-Roche Mersanne ; Carvin, courtier ; Henry Arnaud ; Sallony fils.
COMPAGNIE No 40
Capitaine : M. Peirier, ancien échevin.
Lieutenants : MM
Capitaine : M. Perier de Saize.
Lieutenants : MM. Brouchon lils; Meyier fils ; Genezy fils ; Bouisson fils; Garcin fils cadet; J. Genier; Salze fils aîné; Testory; Auguste Allary ; Louis Paul ; Turel ; Mathieu Blanc ; Marius Salze ; P. Bayn.
COMPAGNIE No 42
Capitaine : M. Rabaiid.
Lieutenants : MM. Eymard aîné; J. Bruniquet; Cousmèry, courtier; Marc Baux; Marc Fraissinet; Daubigay ; Joachim Dallet ; Boissière; Vautray; Paul Cabanes; J. Duseil ; Henry Bergasse ; d'Herculez ; Jean Larreguy .
Capitaine : M. de Rey de Foresta.
Lieutenants : MM. P. Robert; Johannot ; d'Aigalades cadet ; Goujon ; Dumon fils aine ; Millot cadet ; Gayet-Laneuville ; Jullien fils aîné; Garnier ; Louis Landrieux; Joseph Madon ; Denis Reboul ; Tournier fils; S.-Jacques Calamand aine.
Capitaine : M. Jean-Louis de Rolland.
Lieutenants . MM. Perrin aine; Hermitte fils; Ferre de la Grange; Flotte fils; Dalmas Fiquet ; P. Olive; Perrimon ; Espinasse ; J. J. Long; Rolland Fourtou fils; Jean-François Martin; Paul Perrin; A. Massot; François Poussolle.
Capitaine : M. de Raymond de Demandolx.
Lieutenants : MM. Morel, courtier de commerce ; Audry, négociant ; Sube cadet ; Urls ; Langlade cadet ; Chazel ; Lafont ; Bonsignour ; Paul cadet ; Cousinery ; Solomè aîné ; Janvier ; Bonnet ; Grenier.
Capitaine : de Reinard, de Trest.
Lieutenants : MM. Olive aîné; Ofive cadet; Cyprien Gaillard; Gaticy, courtier; Parrot. courtier; P.-A. Turcas cadet; J. Constans ; Pierre Deleuze ; P. Turret; Paul Eymès; Henry Portalès ; Forcade ; Jean-Pierre Franc ; André Borrelly.
Capitaine : M. Thomas de Roux.
Lieutenants: MM. François Croizet; Paranque ; J.-J. Crozet ; Fremendityaîné; J. Aubert; Poillevert; P. Caillât; Madon; Campan; Eustache ; François Gayol ; Jogand ; J -B. Bouin fils aine ; J. Cavalier.
Capitaine : M. Raymond fils aîné.
Lieutenants : MM. G. Sumian; Marc Aillaud ; C. Delemer ; Calvet ; Chauvin aîné; A. Vincent; Templier; Matalliau aîné; B. Aillaud ; Honoré Raymond ; Laugier cadet ; Bertrand ; Bernard neveu; J.-B. -Joseph Allègre.
COMPAGNIE No 49
Capitaine ; M. de Reynaud, chevalier de Saint-Louis.
Lieutenants : MM. A. Conte; Lazare Roux; Emmanuel Bertheile ; André Sapet; Jean Darlet ; Gaspard Roux ; Simon Florens; Jean Florens ; Paul- Aubin Doutet ; Pierre Vérone; Jean- Joseph Guillabert ; André Pourcelly ; Guillaume Albrand ; Jean-Joseph Albrand ; Joseph Sapet.
Capitaine : M. Ange Rambaud.
Lieutenants : MM. ,]oseph Aubert; Berte; E. Laplace; Fabre, savonnier ; Nicolas Guérin ; François Guérin ; Roux, courtier ; François Orcel; A. Dumas; J.-F. Truilhard; J.-J. Sourel ; J. Chartier.
COMPAGNIE No 51
Capitaine : M. de Surian de Bras.
Lieutenants : MM
COMPAGNIE No 52
Capitaine : M. de Surian cadet.
Lieutenants : MM
Capitaine : M. Pierre Viau.
Lieutenants : M.VI. Blanpain ; Cezan aîné; D. Cezan cadet ; H.-J. Depras ; F. -Marins Malvilan ; Estienne Mathieu aîné ; Jacques Mathieu ; Joseph Mathieu cadet ; J.-B.-Xavier Oddo; Joseph Savardin ; François-Lazare Peirier; Pi?sarello ; Jacques Reynaud de Mallet ; Vangaver fils.
COMPAGNIE No 54
Capitaine : M. de Samatan aîné.
Lieutenants : MM. Audibert Roze; Barthélémy de Fuveau ; Vaillien; Blanc; Ricord ; Rivière ; Maisse fils ; Deville; Pluvinet ; Olive cadet; D. Turc; .T.-B. Augier; H. David.
Capitaine : M. de Semandy aîné.
Lieutenants : MM. d'Ageville père, architecte; Simon Rafinésque, négociant; Maurenq. négociant; Bigaud, négociant; Poulard, négociant; J.-L. Bernard tils, négociant; J.-A. Jullien, négociant ; Fleury Audibert, entrepreneur ; Acliard, négociant; Ehrman, négociant; Laborde, négociant : G.-B. Gasquet, négociant .
COMPAGNIE No 56
Capitaine : M. Salles aîné.
Lieutenants : MM. Louis Blancard; Porry, courtier; Pagliano, courtier ; Pelicot ; Guérin aùiè; Arnaud cadet; Benjamin Salles; M. Girard; Figuière; Nicolas, constructeur; Louis Priou; F.-J. Croze- Magnan; Bounin fils.
Capitaine : M. Pierre-Aiitoine Solliers.
Lieutenants : MM. Denis Desbois; J.-J. Barry; J.-Augustin Agnel, courtier; Courues; Solliers neveu ; Xavier Vidal; L.-G. Ferry; Boucherie ; Michel ; Fodéré ; Larniet ; Boucanier ; Paret .
Capitaine : M. Tarteiron.
Lieutenants : MM. Dagnan ; Defnlgue; A. Decroy ; Arnaud, fils aine de Philippe ; Allègre; Guiraud Albert; de Rostang fils aîné ; Pierre Peirier; Chapelle aîné: Saisset cadet ; Hugues, fils de Jacques; Morel fils ; Hugues, fils de Gaspard ; Angeleys cadet -
Capitaine : M. Joseph-Antoine Tiran.
Lieutenants : MM. François Dussueil ; J.-B. Haguelon; J. Jaufiret Souche père ; Philibert Fabre; J.-M. Buisson ; Bouge cadet; Alphonse Angles ; Pierre Palhion ; Colomè ; J- Cougnié ; Bouisson ; J.-F. Tommasini.
Capitaine : M. Verdillon de Corrèard.
Lieutenants : MM. Louis Salles ; B.Peragallo; Joseph Payaii ; J.-B. Espanet ; Sauvaire fils ; J.-N. Ferrandy ; L.-N. Belleville ; F. Bally ; Albert-Emmanuel de Haller; Calavier fils ; Gard fils ; Claude Boucanier; A. Lamy ; J.-C. Décugis.