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CHAPITRE IV

1. Opérations militaires. — Des /xirtisans acigrtonnais menacent les bacs de la Durance (3 juillet 1793). — I.e Comité général donne l'ordre au hntrn'Uon marseillais de franchir le ,fteune. — Passage île la Durance au bar de Noves (ôjuilletj. — II. Entrée de l'armée départementale à Avignon (7 Juillet . — Le bataillon d'Aix pénétre à son tour dans la cille. — Organisation, à Valence, de l'armée de la Convention sous les ordres de Carteaux (8 juillet). — III. Le Comité général augmente les forces départementales au moyen de la réquisi— tion. — Il achète des volontaires. — IV. Des troubles se produisent à l'occasion des levées. — Création d'un tribunal militaire f 15 juillet). — C'est par la force dont il dispose et la terreur qu'il inspire que le Comité général recrute la force armée. — V. Situatio-i morale ilr l'adversaire. — L'armée de Carteaux, à son tour, n'est ras homogène. — VI. Carteaux investit l'armée départementale autour d'Avignon. — Il tente une attaque de vive force. — L'armée départementale évacue Avignon{25 juillet). — Attitude énergique du Comité général, — Réorganisation des J'orces contre-révolutionnnires .-tons le.< mars de la cille d'Aix {fin juillet). — Le général royaliste >/• Vire!,eiire-To"-erre.< vient prendre le commandement des troupes '1" août IT'j:!'.

Cependant le bataillon marseillais ne pouvait restera Arles indéfiniment ; le moment d'agir était venu. Des préparatifs hostiles s'annonçaient à Valence ; il aurait été impolitique d'attendre plus longtemps le deuxième bataillon, en formation à Aix, dont l'organisation définitive ne paraissait être d'ailleurs qu'une question d'heures. Les forces départementales du Gard s'étaient avancées , en remontant la rive droite du Rhône, jusqu'à hauteur d'Avignon. Manosque, il est vrai, n'avait pu offrir son concours immédiat, mais Rians promettait un secours de 200 hommes qui viendraient se joindre aux forces marseillaises de l'autre côté de la Durance. Sur cette rive, enfin, la forte garnison de la petite ville de l'Isle tenait en échec depuis longtemps les Avignonnais.

A Avignon, même, il y avait maintenant un parti girondin qui appelait tous les jours les Marseillais. Il fallait tenter un coup de main et disperser les éléments rebelles avant l'arrivée de l'armée de la Convention. Dans les derniers jours de uin, les commissaires de la Gironde, du Gard et des Hautes- Ahies, réunis à Marseille en comité secret, arrêtèrent, de

façon définitive les directions secondaires et les points de concentration des troupes. Sept centres étaient désignés : Marseille, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Reims, Strasbourg et Rouen. L'impulsion devait être simultanée et toutes les forces recevoir, au même moment, l'ordre de départ pour le premier lieu de rassemblement. Il était fixé à Lyon pour la région du Midi (1).

Un événement, gros de conséquences, décida le Comité général à brusquer le départ du contingent marseillais. Depuis quelque temps les Avignonnais parcouraient la campagne et des détachements fort nombreux longeaient la rive ■droite de la Durance. Le 3 juillet, le capitaine Lantelme, commandant la garnison de l'Isle, mande en toute hâte que <( quatre à cinq cents brigands », avec des canons, menacent de fondre sur lui à tout instant. « Envoyez-nous, dit-il, des secours les plus prompts, des canons et dix compagnies. Notre position est des plus critiques ; si vous tardez tout est perdu... (2). »

La situation est critique, en effet. Si les ennemis s'emparent du bac de Noves, les communications sont interrompues et la jonction avec les troupes qui sont de l'autre côté de la Durance ne pourra s'effectuer qu'au moyen d'un long détour.

Le Comité général n'hésite plus ; le même jour il donne l'ordre au bataillon marseillais de se porter à Tarascon où il arrive le surlendemain, 5 juillet. Son commandant, Rousselet, lance aussitôt aux Avignonnais une proclamation. « Pour remplir la mission dont je suis chargé, dit-il, je dois passer par votre ville... J'apprends avec surprise qu'on fait des dispositions hostiles pour nous disputer le passage de la Durance... Si par malheur il coule une seule goutte de sang de mes cherscamarades, je jure d'en tirer une vengeance qui effraiera les perfides... (3). »

En même temps, Rousselet invite le bataillon d'Aix, qui vient enfin de se réunir, à se porter sur Orgon. « Les Avi-

(1) Archives des Bouhes-du-Rhône. Sections de Marseille. Liasse 12.

(2) Archives des Bouehes-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 24. Lettre du capitaine Lantelme; autographe.

(3; Archives des Bouches-du-Rhône. Sections de Marseille. Liasse 25.

gnonnais, .dit-il, veulent tenter de me disputer le passage de la Durance. Ces dispositions me forcent d'user de toutes le& précautions pour faciliter et soutenir ce passage. En conséquence, vous voudrez bien traverser la Durance à Orgon et venir me joindre, par le chemin de Cavaillon et de Gaumont, à la barque de Noves, par la rive opposée. Je vais me disposer à passer cette barque et je vous prie d'accélérer votre marche pour opérer notre jonction... Il est instant de réunir nos forces afin que nous marchions sur Avignon d'une manière imposante... (1). ))

La marche du général marseillais ne manquait pas de tactique. En traversant, sans coup férir, la Durance à Orgon, le bataillon d'Aix donnait la main à la garnison de l'Isle, délivrait du coup cette partie de la région et menaçait le flanc gauche de l'adversaire. Pendant ce temps l'attaque de front devant le bac de Noves pouvait être utilement tentée.

Si l'on en croit les commissaires civils, à l'armée départementale, le bataillon du Gard, qui occupait Villeneuve, aurait également reçu la mission de forcer le bac de cette ville et de tomber ainsi sur le flanc droit des Avignonnais qui tenaient le bac de Barbentane. Mais les volontaires du Gard mirent dans leur mouvement beaucoup de mollesse. D'un autre côté le bataillon d'Aix, soit qu'il ne fût pas prêt à accomplir sa mission, soit qu'il craignit d'être supris par des forces supérieures en s'aventurant isolément de l'autre côté de la Durance, ne seconda point les efïorts de Rousselet. Il se contenta de parader inutilement sur la rive gauche à hauteur d'Orgon.

Le 5 juillet, le général marseillais recevait des habitants de Noves, un billet laconique : « Nous sommes dans le plus grand danger, disent-ils ; les Avignonnais font tous leurs efforts pour s'emparer de nos bateaux, seuls libres pour le

passage des Marseillais Nous mourrons, s'il le faut, à la

défense de ces bateaux. . . (2). »

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections d'Aix. Liasse 23. Lettre de de Rousselet ; autographe.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Section d'Aix. Liasse 23.

D'autre part, le même jour, les officiers municipaux du lieu annoncent l'arrivée à Orgon du bataillon d'Aix. Si, sans désemparer, ce bataillon avait traversé le fleuve à cet endroit ; si, d'un autre côté, les volontaires du Gard avaient forcé le passage à Villeneuve, non seulement les Avignonnais étaient forcés de reculer, mais leurs deux ailes, à la fois débordées, les mettaient dans une situation des plus critiques. On accuse parfois le général marseillais d'impéritie. En réalité, sa première manœuvre était très habile et digne en tous points d'un t)on capitaine. Par un simple mouvement stratégique il mettait l'ennemi dans une position défectueuse et le forçait à rentrer précipitamment dans Avignon.

On pourrait objecter qu'en divisant ses forces, il risquait de ne point percer en son centre l'armée avignonnaise. Mais en supposant même que, malgré tout, l'ennemi eût tenu bon au bac de Noves, il arrivait néanmoins, devant lui, avec des forces supérieures. Il possédait une plus forte artillerie, de meilleurs pointeurs ; en un mot, il avait sous la main tous les éléments du succès. D'autre part, la situation même du terrain lui permettait de tenir, .<;ans aucun danger pour lui, l'ennemi en haleine. La Durance, à hauteur de Noves, s'eugoutïre dans un étroit défilé que la rivière a fini par creuser dans un contrefort des Alpines qui s'étend de Saint-Remy, sur lu rive gauche, au delà de Ghàleauneuf, sur la rive droite. Du côté de Noves les rochers dominent à pic la rivière, tandis que son lit s'évase sur la rive opposée. Des batteries, bien placées, auraient pu tout à leur aise canonner les positions des Avignonnais établis aux environs de la chartreuse de Bompas. Si le général marseillais n'avait pu, de vive force, obtenir le passage, il ne perdait rien, au contraire, car, pendant qu'il l'aurait tenté, les bataillons du Gard et d'Aix encerclaient l'ennemi et préparaient sa déroute.

Mais les prévisions de Rousselet ne se réalisèrent sur aucun point. Le bataillon du Gard ne fit rien d'utile et sa démonstration du côté de Villeneuve resta sans résultat. Les Avignonnais détruisirent le bac de cette ville, ainsi que celui de Barbentane. Ils tentèrent inutilement de couper le câble de celui de Bompas. Les habitants de Noves, comme ils l'avaient promis, défendirent énergiquement ce poste.

C'est dans ces circonstances que l'on eut à déplorer, du côté des Avignonnais, la mort d'un jeune héros dont l'histoire a immortalisé la mémoire. Le jeune Viala, neveu et filleul du célèbre jacobin Agricol Moureau, se porta, seul, armé d'une hache, au-devant du pont pour couper le câble. Un coup de boulet l'emporta ; le passage restait libre (1).

Yiala, commandant de la garde nationale 1' « Espérance »

(Collection du Musée Borély)

Le général marseillais avait quitté Tarasoon dans la journée du 5. Le 6, à 10 heures du matin, il se présente devant le bac de Noves, décidé à en forcer le passage. Il déploie sa petite armée en bataille sur la chaussée de la Durance et place en tête son artillerie. A cette vue, les Avignonnais s'approchent à leur tour de la rivière et démasquent leurs pièces. Les Marseillais ripostent.

La canonnade dure depuis une heure environ, lorsque tout à coup, l'armée d'Avignon lâche pied et s'enfuit en désordre.

(1) Archives des Boudies-du-llbôae. Section d'Aix. Liasse 23.

Elle ne possédait plus de munitions et des espions annonçaient l'arrivée, sur le flanc gauche, du détachement de l'isle qui accourait au bruit du canon, dans la direction de la chartreuse de Bonipas. L'armée départementale franchit aussitôt la Duranoe, opère sa jonction avec la compagnie de Tlsle et se lance à la poursuite des fuyards qui rentrent à Avign^m. Rousselet arrête sa troupe à une lieue de la ville et passe la nuit du 6 au 7 au bivouac.

Que faisait pendant ce temps le bataillon d'Aix que nous avons laissé à Orgon ? N'osant passer la Durance, il s'immobilisa pendant deux jours dans cette place.

Le 6, au soir, Sibilol reçoit de la part de Rousselet une nouvelle réquisition pour se porter en avant. Il envoie alors le capitaine Barnier en reconnaissance, sur la rive gauche, avec mission de prendre le contact de l'armée marseillaise.

Barnier apprend à Noves que Rousselet a passé la rivière. Il franchit à son tour la Durance et trouve enfin le bataillon départemental campé aux portes d'Avignon. Là, il reçoit l'ordre du général de retourner en arrière pour prévenir le bataillon d'Aix d'accélérer sa marche en donnant sa parole qu'il n'attaquerait pas la ville avant son arrivée. Mais il était dit que ce renfort levé avec tant de peine serait inutile jusqu'au bout.

En effet, dès le 7, au matin, le général marseillais a sommé la ville d'Avignon de se rendre. Vers les 3 heures de l'aprèsmidi, on annonce au camp un parlementaire. Les autorités demandent un délai de vingt-quatre heures, avant de prendre une décision. Rousselet est sur le point d'y consentir, mais les officiers, jugeant que la troupe ne doit pas rester inutilement exposée aux rayons de soleil, font ressortir d'autre par t qu'elle manque de vivres. Ils demandent la réunion d'un conseil de guerre. Celui-ci décide que l'on accordera seulement aux Avignonnais une heure de délai. Passé ce temps l'attaque aura lieu sans autre sommation.

Une heure après, la municipalité en écharpe se porte au-

devant des Marseillais et leur remet les clefs de la ville. CeuKci pénètrent aussitôt à Avignon.

Le bataillon d'Aix n'arriva sur les lieux que dans la journée du lendemain, 8 juillet. Grâce à ce renfort, les forces départementales s'élèvent maintenant à près de 2.000 hommes (1).

Marseille n'eut guère le temps de se réjouir de ce succès facile, car, au même instant, les troupes de la Convention se massaient aux environs de Valence. Le /juillet, Dubois-Crancé rassemblait dans celte ville 1700 hommes environ. La petite armée était ainsi composée : 605 hommes du 2* bataillon du 59*' régiment, ci-devant Bourgogne : 509 hommes composant le bataillon des Basses- Alpes ; 320 hommes de celui du Mont- Blanc auxquels il faut ajouter 145 artilleurs aux ordres de Duroc et de Dammartin ; enfin, 121 cavaliers, dont 97 dragons allobroges (2).

Le 8 juillet, le général de brigade Carteaux vient prendre le commandement de la force armée. Il a pour mission « d'empêcher la jonction de tout rassemblement illégal de troupes et notamment de la colonne marseillaise avec celles de Lyon et autres lieux circonvoisins... ^3). » Le 9, il se met en marche dans la direction d'Avignon. A Montélimar, son contingent s'accroît de 603 hommes de l'infanterie allobroge. Il reçoit, le 14, à Pont-Saint-Esprit, le 1" bataillon du 59» régiment. Quelques jours plus tard, sa petite armée sera portée à 3.000 hommes, environ, par l'adjonction, sous les murs d'Avignon, du 2» nataillon de la Gôte-d'Or (4).

(1) Archives des Bouclies-du-Rhône. Liasses non classées. Sections d'Aix: Lettre de la municipalité de Noves, 4 juillet. F-ettre de Sibilot commandant en chef du bataillon d'Aix. 8 juillet. Lettres de Rousselet, 3 et 5 juillet.

Sections de Marseille : Bulletin du commandant Rousselet, 7 juillet. Rapport des commissaires à l'armée départementale, 7 juillet. Lettre du capitaine Barthélémy, 10 juillet.

(2) Krebs et Moris. Campagnes dans les Alpes pendant la Révolution. Tome I, page 366.

(3) Archives des Bouehes-du-Rhône. Série L. Liasse 94 bis. Commission délivrée le 1er juillet à Carteaux, par le général de brigade l'Etanduère, commandant par intérim l'armée des Alpes et signée par les représentants du peuple : Dubois-Crancé, Albilte et Gautier ; aulographes.

(4) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 201.

Au moment même où Garleaux marchait sur Avignon, le général marseillais, laissant le commandement de la place à Sibilot, avec le bataillon d'Aix, se portait, en remontant le Rhône, dans la direction du nord. Le bataillon du Gard occupait déjà Pont-Saint-Esprit, Roasselet s'avança, sans encombre, jusqu'à Orange. Il ne devait pas aller plus loin (l).

Le 14 juillet, en effet, Carteaux investissait Pont-Saint- Esprit. Le commandant des forces départementales du Gard réussit à s'échapper avec quelques volontaires, mais il laissait aux mains de Carteaux 450 prisonniers. Le soir même, les administrations du Gard rétractaient leurs mesures de protestation et de résistance et retiraient tous leurs petits détachements qui étaient en route. Cette défection amena, d'un seul coup, celle de tout le ci-devant Languedoc.

La veille de ce même jour, une avant-garde d'Allobroges, commandée par Doppet, surprit, à Orange, l'avant-garde marseillaise. Rousselet, effrayé, se hâta de rétrograder et rentra à Avignon dans la nuit du 13 au 14. Doppet, poursuivant sa marche vint se présenter, à la tête de 40 dragons, aux portes d'Avignon. Il envoya aussitôt un parlementaire au général marseillais, en le sommant de livrer la place. La municipalité ^'Avignon décida le général à quitter la ville. Les Marseillais l'évacuèrent et battirent en retraite dans la journée du 15.

A peine Rousselet était-il parti, que les autorités coururent après lui. Les 40 dragons de Doppet avaient pénétré à Avignon et délivré, avec l'aide de la foule, les Jacobins incarcérés. La municipalité et la partie des habitants acquise à la Gironde, craignant des représailles, supplièrent le général marseillais de revenir en arrière. Rousselet y consentit. Son armée pénétra de nouveau à Avignon où elle se signala aussitôt par des meurtres et des actes de cruauté inutiles. Ce n'est plus ici le bataillon du 10 août qui enlève à la fureur du peuple les victimes royales. Nous n'avons plus affaire aux citoyens-soldats ; c'est même moins encore une armée de

(I) Archives des Bouches-du-Rliùne. Sections d'Aix. Liasse 24. Lettre de Sibilot ; autographe.

métier. Ce sont, en général, des gens sans foi ni loi, recrutés au hasard pour une mission d'occasion. Si l'on en croit les représentants du peuple Poultier et Fovère, il y eut un massacre de 80 patriotes. D'après E. Soulier, l'historien d'Avignon, on n'eut à déplorer que la mort de six personnes. Par contre, on compta de nombreux blessés (1). Un temps d'arrêt marque en ce moment les opérations militaires.

A Marseille, le Comité général, après le départ du premier bataillon pour Avignon, s'était préparé à effectuer de nouvelles levées. Plusieurs solutions se présentaient à l'esprit. Fallait-il essayer de continuer à recruter exclusivement des volontaires» avec remplacement par des mercenaires, ou bien commencer à effectuer une réquisition mitigée par le tirage au sort, pour aboutir finalement à la réquisition forcée de tous les citoyens indistinctement ?

Certes, le Comité général ne manquait pas d'audace et s'il n'avait dépendu que de lui on aurait bien employé, dès le début, des mesures draconiennes. Mais, dans l'intérêt même de la cause qu'il s'agit de défendre, la prudence exige que l'on opère graduellement. Le peuple doit se lever, c'est là un principe établi en théorie dès l'origine; donc les volontaires doivent former le premier élément. Plus tard, les péripéties de la lutte forceront la main, en quelque sorte, au Comité général et celui-ci pourra utilement s'inspirer des circonstances, soit en profitant de la force morale qu'engendre le sucés, soit en utilisant la terreur en cas de défaite. La période d'appel des volontaires est passée maintenant, celle de la répartition des contingents fixés d'avance va s'ouvrir à son tour.

Seulement, pour disposer efficacement du sort des citoyenssoldats, il est indispensable de licencier définitivement l'armée de 6.000 hommes qui, on s'en souvient, est restée dans ses

(1) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 219.

foyers prête à marcher à la première réquisition. Des auteurs, mal renseignés évidemment, veulent encore voir dans cette mesure une nouvelle faute du Comité général. Il est indiscutable que si le peuple avait suivi les sections dans leur lutte fratricide, c'était là un très mauvais calcul. Mais le Comité général sentait très bien qu'il ne dominait que par surprise et il se serait bien gardé d'ordonner le départ d'une force armée levée dans des conditions difïérentes pour une mission tout à fait contraire à la sienne.

Mettre en activité le corps de 6.000 hommes, c'était courir au-devant d'un échec irrémédiable, faire une espèce de coup d'État militaire qui pouvait du jour au lendemain, par le phénomène du choc en retour, faire sombrer piteusement un échafaudage si péniblement élevé L'époque même où cette armée fut licenciée démontre, jusqu'à l'évidence, qu'on n'a jamais escompté ses services. Il eût été impoïitique de la dissoudre avant l'heure ; la conserver plus longtemps en activité latente eût été imprudent. La marche du premier bataillon pour Paris autorise désormais la mesure ; de plus on va appliquer, à partir de ce jour, le second principe de la levée des forces. Les citoyens qu'on n'aurait su faire marcher en corps organisé pourront ainsi être appelés à partir isolément si le sort les désigne.

C'est le 6 juillet que le Comité général s'était brusquement décidé à licencier définifiveraent l'armée de 6.000 hommes levée précédemment par Moïse Bayle et Boisset.Deux délibérations successives furent prises à ce sujet. Dans la première, le département « était invité à révoquer la partie de l'arrêté qui retenait dans un état de permanence spéciale les six mille hommes. » Dans la deuxième, « la dite armée étai!; licenciée définitivement. » Le même jour, l'administration provisoire sanctionnait officiellement la mesure (1).

On fit d'abord semblant de faire appel aux volontaires pris isolément. Mais les vaillants citovens-soldats restèrent sourds

(1) Archive.s des Bouches-du-Rhône. Assemblée administrative du département. Tome Lui, 10, page 193.

Département. Série L. Liasses 92 et 91 his. Sections de Marseille. Liasse non classée.

à toutes les avances. Après l'entrée de Rousselel à Avignon, le Comité général se décida enfin à user du prestige de la victoire pour accroître, par tous les moyens en son pouvoir, les forces départementales.

Le 15 juillet, l'administration provisoire ordonne la levée d'un troisième bataillon suivant une répartition faite par districts. Marseille doit ainsi fournir 235 hommes ; Aix, 140 ; Apt, 69; Orange, 26; Tarascon, 72; Salon, 34; Vaucluse, 100; Arles 24. Au total 700 (1). Le lendemain, 16. le Conseil général de la commune autorise, par délibération, les Comités de discipline des bataillons à désarmer tous «ceux qui refusent ou refuseront de marcher pour le service de la patrie (2). » Le remplacement n'est plus accepté que pour des raisons (I valables et légitimes ». De gré ou de force, les citoyenssoldats se trouvent ainsi enrôlés.

Afin de calmer l'effervescence rendue par le fait inévitable, le directoire fait paraître, le 17, une proclamation pour ramener les esprits : « ... Deux fameux scélérats, Dubois-Crancé et Albilte, dit-il, ne cessent de répandre dans l'armée qu'ils dirigent contre nous les plus affreuses calomnies ; ils nous dépeignent sous les couleurs les plus noires pour soulever les soldats de la liberté contre leurs amis et leurs frères... En attendant le retour prochain ou tardif de ces troupes égarées, il est instant de prendre des mesures efficaces pour n'être pas victimes d'une plus longue erreur... (3). »

Les mesures ne se font pas attendre. Le même jour, 17, il est ordonné la formation d'une compagnie par section. Les volontaires se tiendront prêts à marcher à la première réquisition. « Les compagnies, dit l'arrêté, seront composées d'hommes choisis et de bonne volonté. »

Il faut de toute nécessité tirer parti des ressources populaires et attirer les citoyens-soldats par l'appât de grosses sommes. La paie journalière est déjà de 30 sous par jour ; les volontaires toucheront encore 30 livres de gratification

(1) Archives des Bouches-du-Rliône. Département. Série L Liasses 92 et 12i.

(2) Archives municipales. Série S. atïïche.

(3) Archives des Bouches-du-Rhùne. Série L. Département. Liasse 92.

par mois, pendant toute la durée de la campagne. De plus il sera payé toutes les semaines aux familles pauvres des citoyens employés les secours ci-après : à chacun des père, mère, femme, hors d'état de travailler, 10 sous par jour ; à chacun des enfants au-dessous de 12 ans, cinq sous. Le 22 juillet, le Comité général ira encore plus loin dans cette voie et versera d'un seul coup « aux familles obérées» un secours inattendu de 50.000 livres (1).

Par ce moyen on arrive ainsi à recruter des mercenaires. Toutes les sections, dans le déparlement, sont invitées à agir de même. Des ouvriers sans travail accourent sous les armes, mais l'enthousiasme ne les guide pas. Veut-on un exemple? A Pélissanne, on s'en souvient, il a été impossible, quelques jours auparavant, de lever un seul homme. « La classe oisive » a promis son concours, puis ne l'a pas donné. Suivant les instructions du Comité général de Marseille, la municipalité, qui doit fournir 8 hommes, délibère « de faire un sort de 600 livres aux citoyens-soldats. » Immédiatement 14 volontaires se présentent (2).

On comprend sans peine qu'avec des troupes levées dans de pareilles conditions le moral ne soit pas trop élevé et l'on s'explique par suite les atrocités d'Avignon. Survienne un échec, les mercenaires quitteront les rangs, c'est inévitable.

Malgré tous les avantages qui lui sont offerts, la population est, en général, réfraclaire. Le 19, l'administration décide que le registre d'enrôlement sera fermé dans les 48 heures. Passé ce délai, « il sera pourvu au contingent par la voie du sort dans chaque bataillon... (3). »

Tous les moyens, en un mot, sont employés pour le recrutement de l'armée. Ce sont surtout les citoyens-soldats de la levée de 6.000 hommes qui témoignent de la plus coupable inertie. Certes, ils constituent un bon élément ; ils sont armés ; ils ont déjà fait campagne et ils montrent le mauvais

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Sections de Marseille. Liasse non classée. — Archives municipales. Série S. Affiche.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 124.

(3) Archives municipales. Série S. Affiche.

exemple !.. Mais voici une preuve irréfutable du peu d'entrain des masses pour la cause fédéraliste :

Le peuple a peu goûté l'usurpation de pouvoir du Comité général ; les sections, elles-mêmes, représentent une infime minorité de l'opinion ; les autorités constituées illégalement sont à la remorque d'un pouvoir arbitraire qui est sans force morale. Il faut cependant frapper l'esprit des masses et puisqu'on ne peut mobiliser le corps de 6.000 hommes, on va l'annihiler. Toutes les administrations, les sections, le Comité général, ont, en vain, fait appel individuellement aux sentiments des citoyens-soldats ; ils ont iimtilement employé la menace. Il faut en finir. L'assemblée électorale réunie pour l'élection des membres du directoire du département entre en jeu à son tour.

«... Il a été fourni, dit-elle, des armes, des habits et de l'argent aux volontaires de la levée de G.OOO hommes. Il convient que toutes les sections invitent tous les vrais républicains qui ont servi dans cette armée à marcher en ce moment pour la défense de la patrie. Elles doivent être autorisées à faire rendre à tous ceux qui refuseraient de marcher les armes, habits et argent qu'ils ont reçus pour le tout être distribué à ceux qui marcheront à leur place. »

Enfin, et c'est là une remarque de plus qu'il convient de faire en passant pour bien se pénétrer qu'il aurait été impossible au Comité général de faire mouvoir l'ensemble, on décide d'opérer, au préalable, une scission dans cette masse. « Dans la levée qui sera faite, dit encore l'Assemblée électorale, par l'organe de ses députés envoyés auprès du Comité général, les sections doivent être invitées à refuser dans l'armée de 6.000 hommes tous ceux qui se sont opposés à leur établissement, ou qui ont manifesté des principes et des actions opposés à ceux des vrais républicains dont le premier devoir est de respecter les lois, les personnes et les propriétés... (1). »

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Département. Liasse 112.

Des troubles survinrent à Marseille à l'occasion des levées. Ce n'était pas impunément que l'on obligeait les soi-disant volontaires de l'armée départementale à aller combattre leurs frères d'armes. Le mécontentement aboutissait au tumulte, à la sédition, à l'émeute (1).

Dans la soirée du 14 juillet, le Comité général, lui-même, courut les plus grands dangers ; un attroupement hostile fut dissipé par la force. L'agitation se répandit le lendemain dans les sections de la campagne. A l'Oratoire, une compagnie de canonniers n'attendait « qu'un coup de baguette pour s'insurger (2). »

Le 15, le Comité général, encore sous le coup de l'émotion de la veille, fait voter, par l'assemblée générale des trois corps administratifs, l'institution d'un Comité de sûreté publique. Une commission militaire de 22 membres est chargée de poursuivre les délits des citoyens-soldats. Sont considérés comme suspects « tous ceux qui ne se rendront pas au lieu du rassemblement, à l'appel de la générale, ou sur la réquisition des chefs de leur compagnie (3). »

Les attributions du Conseil de guerre furent, par la suite, étendues. Il dut connaître des délits de toute nature. La procédure était sommaire ; le Conseil jugeait sur simple plainte et prononçait sans appel. C'est par la terreur que le Comité général se maintenait au pouvoir.

Dès le 16 juillet, il annonçait aux départements limitrophes l'envoi de ses députés à Bourges. «Faites comme nous, disaitil. envoyez vos députés dans cette ville. Là, ils se formeront en assemblée centrale. Ils auront des pouvoirs illimités pour requérir la force départementale, la diriger et prendre enfin

(1) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 220. ' (2) Guibal. Le Mouvement fédéraliste en Provence, page 223.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de .Marseille. Liasse 12.

toutes les mesures de sûreté générale que les circonstances exigent (1). »

Quelques jours auparavant, en apprenant que le 3« bataillon des Basses-Alpes avait reçu l'ordre de se porter à l'armée de Carteaux, il avait adressé au directoire de ce département une lettre comminatoire. «... Si vous ne vous conformez pas à nos intentions et que vous ne retiriez de suite votre bataillon, disait-il, nous cesserons de vous regarder comme nos frères et nous vous traiterons en ennemis. . . (2). »

Mais ni la pression, ni les menaces ne peuvent vaincre les résistances. Le 21 juillet, une foule en colère assiège le local où délibère la section 9. Les députés de la ¥ qui s'interposent sont mal accueillis.

Le même jour, la 14" section est en proie à un trouble profond. Dans une délibération prise la veille, il avait été question non seulement de ne pas fournir la compagnie dont la levée était prévue, mais encore de rappeler les volontaires qui se trouvaient à l'armée départementale. Un vote régulier, par appel nominal, fait rentrer dans le rang les sectionnaires timorés et l'assemblée passe à l'ordre du jour.

D'une façon générale, les nouvelles levées, dans le reste du département, sont encore plus difficiles à effectuer, en maints endroits, que la première. A Grans, la municipalité doit fournir 12 hommes. Elle fait appel inutilement aux citoyenssoldats ; de guerre lasse, elle les prend de force dans l'armée de 6.000 hommes. Quatre volontaires se dérobent, les huit autres se mettent en route et s'enfuient à leur tour (3). A Tholonet, ce sont encore les citoyens de cette levée qui sont désignés d'office. Dans la commune d'Istres, les citoyenssoldats « subissent le sort » en partie. Au moment de rejoindre, les volontaires de toute nature restent dans leurs foyers.

Non seulement les contingents rejoignent avec peine, mais les volontaires qui sont à l'armée départementale désertent

(1) Archives des Bouches-dû-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 169.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections d'Aix. Liasse 23.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 124.

en masse, malgré les succès remportés jusqu'ici. A Aix, la sections, dite de l'Union, prend une délibération, le 16 juillet, à l'etïet de faire partir sur-le-champ pour Avignon ceux « qui ont lâchement abandonné leur drapeau. » En pleine séance, à la section 6, dite des Piques, les officiers, frappés de l'inertie de leurs hommes, remettent sur le bureau leurs épaulettes et s'ofïrent à partir comme volontaires. Quant aux citoyenssoldats de la commune d'Eguilles, ils regagnent leurs foyers en troupe organisée (1).

Cependant, le Comité général, à Marseille, est optimiste à l'excès. En annonçant, le 17, au général marseillais, l'envoi d'un nouveau bataillon, il l'engage à tenir bon dans cette place jusqu'à l'arrivée des renforts. « Nous serons dans peu de temps, écrit-il, à même d'attaquer au lieu de nous tenir sur la défensive. Soutenez la gloire du nom marseillais. Tout dépend des premiers succès. . . (2). »

C'est là, au fond, une énergie d'emprunt. De mauvaises nouvelles circulent déjà. Le 18 juillet, le commandant de la force départementale de Rhône et Loire, qui avait reçu la mission de pousser une pointe dans la direction de Valence, fait connaître que des forces imposantes sont aux environs : « Il y a des troupes, dit-il, à Glermont, Màcon, Vienne, Grenoble. Je ne puis m'écarter. Les dispositions de l'ennemi me font un devoir de veiller avec une précaution extrême à la conservation de la ville de Lyon. . . La jonction de nos troupes me parait malaisée pour l'instant. . . (3). »

Le Comité général répond à ces tristes prévisions par des rodomontades : « Nous vous prévenons, dit il, que nous venons d'envoyer à Avignon une infanterie nombreuse et bien disciplinée ; que nous nous occupons sans relâche de nouvelles levées. Xous y joignons des généraux courageux et expérimentés, des ingénieurs habiles et des commissaires

(1) Arciiives des Bouches-du-Rliône. Série L. Sections d'Aix. Liasses 23 et 24.

(2) Archives des Bouclies-du-Rliùiie. Correspondance du directoire» Tome VII, page 171.

(3) Archives des Bouclies-du-Rlione. Correspondance du directoire. Tome VII, page 172.

éclairés qui dirigent les mouvements de notre armée. Une formidable artillerie les suit et nous espérons qu'à l'aide de nos mouvements combinés, toute l'armée de Carteaux sera à notre merci (1). »

Les nouvelles d'Avignon ne sont point rassurantes. Dans son bulletin du 19 juillet, Rousselet se plaint que « des intrigants font tous leurs efforts pour semer la discorde dans les troupes.» Un commissaire, Vernerd, écrit à la même date que « les satellites de Dubois-Cranoé ont déjà fait deux sommations (2). »

Le général marseillais n'est déjà plus à la hauteur de sa tâche. Il le comprend et offre sa démission. Le 22, le commandant en second, Sibilot, envoie une lettre décourageante. «L'inaction, dit-il, dans laquelle se trouve l'armée cause beaucoup d'inquiétude. L'ennemi s'est emparé de trois postes environnants ; son armée grossit à vue d'œil. Nous sommes ici absolument sans nouvelles et il ne serait sans doute pas mal que l'armée fût instruite de la situation de la République. Elle craint d'être isolée. Les promesses des Nimois et des Lyonnais, qui devaient arriver en foule, ne se réalisent point, bien loin de là. Villeneuve est occupée par les ennemis ; le Pont-Saint-Esprit de même et le soldat se demande pour quelle cause il va combattre en se voyant délaissé par tous les départements qui s'étaient le plus montrés. . . (3). »

Enfin, le commandant en chef de Tannée d'Italie, luimême, le général Brunet, qui est un partisan officieux du fédéralisme, met en garde les autorités de Marseille sur l'attitude de Toulon qui vient de lever à son tour l'étendard de la contrerévolution. Le Comité général de Marseille a envoyé des députés auprès des chefs militaires de la place et ceux-ci ne se sont pas encore nettement déclarés. « Je vous exhorte, écrit de Sospel, le général Brunet, à la date du 16 juillet, au directoire du département, à bien méditer sur les maux incal-

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Sections de Marseille. Liasse non classée.

(2) Archives municipales. Série H, non classée. Lettre des commissaires et Bulletin de Rousselet ; autographes.

(3) Archives des Bouches-du-Rhône. Séiie L. Section d'Aix. Liasse 24; autographe.

culables qu'une démarche inconsidérée attirerait sur les départements du Midi... Envoyez-moi deux commissaires des sections à l'etïet de s'entendre sur les mesures communes. . . (1). »

Toulon, néanmoins, a répondu à l'appel. Le Comité général de cette ville écrit, le 24, à celui de Marseille que les chefs militaires feront tout leur possible pour envoyer des renforts. « Le commandant de la place, dit-il, a promis de consentir au départ du 2" bataillon des grenadiers des Bouches-du- Rhône qui est en garnison à Hyères, ainsi qu'à celui des débris du bataillon du Var., De son côté, l'amiral Trogofï nous a assuré du concours de 180 hommes. Vous recevrez au total 700 hommes (2). »

D'autre part, le Comité de Salut public des Basses- Alpes fait connaître, à la date du 19 juillet, au Comité général de Marseille, qu'il travaille « à l'organisation d'une force départementale. Nous mettons, dit-il, toute la célérité possible dans la formation et aussitôt que nous pourrons en disposer nous vous aviserons... (3). »

Ces renforts n'arrivèrent pas assez vite et quand la ville d'Avignon fut attaquée le 25, l'armée départementale qui comptait, le 10, 2.000 hommes, avait à peine reçu, dans l'espace de quinze jours, 1.500 hommes de complément, savoir : 800 volontaires de Marseille et un nouveau bataillon de 700 citoyens-soldats levé dans les différents districts.

Les soi-disant volontaires étaient démoralisés avant même d'avoir combattu. La veille du jour de l'attaque, le citoyen Rostand, commissaire civil de l'armée contre-révolutionnaire, écrit de Saint-Cannat au Comité général : « L'intérêt de la patrie m'engage à vous prévenir qu'une terreur panique s'est emparée de nos troupes. Les volontaires quittent en foule leurs drapeaux. En conséquence, je vous prie de prendre toutes les voies possibles pour arrêter les fuyards (4). »

Il Archives des Bouche.s-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 94 bis. 2i Archives des Bouehes-du-Rhùne. Série L. Département. Liasse 111. ?>) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 112. Il Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 112.

Le même jour, la municipalité de La Fare signale l'arrivée des citoyens-soldats qui sont revenus au complet (1).

Mais ce n'est pas seulement le moral qui est atteint; l'organisation de l'armée, elle-même, laisse beaucoup à désirer.. Depuis que Rousselet a donné sa démission, le sort des bataillons est entre les mains d'un Conseil hétérogène qui délibère et discute au moment d'agir. Au lieu d'une impulsion unique, c'est une diffusion de pouvoirs, un assemblage confus d'ofliciers inaptes et de commissaires civils terrorisés par la peur. Chacun émet son avis et veut donner des ordres; au fond, tous sont effrayés de leur responsabilité. Un exemple entre autres-:

L'armée départementale, enfermée dans Avignon, à l'abri des remparts, a laissé l'ennemi libre de ses mouvements autour de la place. Celui-ci en a profité et s'est peu à peu emparé de toutes les positions aux alentours. Il ne reste plus aux contre-rés'olutionnaires qu'une seule ligne de retraite vers le sud et un seul passage sur la Durance. On finit cependant par s'apercevoir de la faute commise, mais l'investissement est déjà complet. Au lieu de tenter une sortie vigoureuse, les commissaires civils donnent l'ordre à un détachement d'Aix qui arrive, sous le commandement de Bermond, de dégager la place de l'Isle. Cette ville a lâchement assassiné le parlementaire que lui ont envoyé les AUobroges. Elle a été immédiatement mise à sac après une résistance acharnée. Bermond n'a avec lui que 173 hommes. Il refuse d'obéir à la réquisition dont il est l'objet et rassemble un Conseil de guerre qui décide, à son tour, de passer outre. Nouvelle réquisition des commissaires, nouveau refus de la part des officiers. Les commisssaires sont irrités; les soldats sont découragés. C'est dans ces conditions que la petite troupe pénètre le 24, au soir, à Avignon (2).

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 28.

(2) Archives des Bouclies-dU-Rhône. Série L. District d'Aix. Liasse 23.

Carleaux, général de brigade commandant l'armée de la Convention (1793)

Il ne faudrait pas croire, par contre, que l'armée de Carteaux soit homogène. A son tour, elle est divisée. Il y a, certes, dans cette troupe, un bon élément qui est constitué par les soldats de ligne et la fameuse légion des Allobroges. Mais les bataillons de volontaires sont sujets à caution. Des émissaires envoyés par le Comité général répandent le trouble dans les esprits ; le 3* bataillon des Basses-Alpes, surtout, est vivement pressé de quitter l'armée de la Convention. Le S4 juillet, le directoire de ce département est invité, pour la deuxième fois, à le sommer de se retirer (1). Les volontaires obéissent, la mort dans lame, aux réquisitions de Carteaux, et sans l'énergique intervention et les exhortations successives des représentants du peuple, nul doute que le bataillon eût déserté.

On accuse parfois le général conventionnel d'avoir manqué d'énergie et de n'avoir pas su profiter des fautes de l'adversaire. Le reproche est mérité, et Carteaux apporta dans ses opérations une lenteur désespérante. Mais ce que l'on ignore généralement, c'est que ce général n'avait pas une confiance absolue en ses troupes. Il craint qu'à tout instant, sur le champ de bataille, ses volontaires ne passent subitement à l'ennemi. C'est pourquoi il est très prudent, place toujours à l'avant-garde ses Allobroges et n'engage l'action qu'à bon escient. La terrible réputation des Marseillais lui en impose, et il se figure, surtout au début, que le pays en entier est soulevé contre lui. Il est loin de se douter qu'il n'a en face de lui qu'une bande de mercenaires aux ordres d'une faction politique isolée.

Les deux armées se surveillent étroitement ; la terreur de part et d'autre est réciproque. Le Comité général, les commissaires civils entretiennent habilement cet état d'âme chez l'adversaire. Même après la fuite honteuse d'Avignon, aussi bien qu'après l'évacuation de Cadenet et la déroute de Salon, Carteaux reste perplexe. Le départ précipité de l'ennemi ne cache-t-il pas une ruse de guerre? Médiocre tacticien, il est encore plus mauvais psychologue. Il est surpris de ses propres succès et s'étonne du peu de résistance de l'adversaire. S'il

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Correspondance du directoire. Tome VII, page 181.

avait eu connaissance du véritable état d'esprit de l'armée départementale, il aurait fondu sur l'ennemi sans se préoccuper du nombre. Celui-ci n'attendait que son apparition pour s'enfuir au plus vite. Carteaux mit six semaines à acquérir le résultat qu'il aurait pu obtenir en cinq jours par une prompte décision, une poursuite hardie.

On s'explique ainsi cette « guerre de plume » à laquelle se livrèrent à l'envi, de part et d'autre, les partis que Napoléon a personnifiés dans son « Souper de Beaucaire. » Le futur empereur était alors simple capitaine d'artillerie, et en cette qualité, il organisait à Avignon des convois de poudre pour l'armée d'Italie.

Dans son admirable ouvrage sur la Jeunesse de Napoléon , M. Ghuquet fait ressortir à merveille les axiomes militaires qui témoignent du coup d'œil du grand homme et de sa connaissance déjà profonde des choses de la guerre. « Ce sont des mots, dit-il, qui dénotent l'homme de métier (1). » Nous n'en disconvenons pas et nous partageons absolumen', à ce sujet, sa manière de voir. Mais, à notre avis, c'est faire trop d'honneur à l'armée départementale que d'attribuer uniquement sa défaite à des causes matérielles. Si Napoléon avait été moins « politique », il aurait découvert, à cette époque, la cause originelle de la déroute qui semble assez avoir échappé à M. Ghuquet, à son tour.

Certes, il n'appartient qu'à de vieilles troupes de « résister aux incertitudes d'un siège. » En rase campagne, dans des conditions déterminées, «de bonnes pièces de 8 et de 4 font autant d'efîet que les canons de gros calibre. » Cela est parfaitement évident. Mais sont-ce là les raisons qui ont fait abandonner Avignon ? Peut-on attribuer exclusivement les défaites de Salon, de Cadenet et de Septèmes à une prépondérance d'artillerie ? Non, il est un autre mobile, il entre en ligne de compte un autre facteur que Napoléon n'a pas assez mis en lumière dans son « Souper de Beaucaire » et cela précisément parce que, comme le dit fort bien M. Chuquet, d'un bout

1 ) M. Gluiquet. La Jeunesse de Napoléon. Tome III, pages 160 et suivantes.

à l'autre de ce petit ouvrage se manifeste « ITiomme politique » qui ne veut pas rabaisser à fond un parti.

L'armée départementale fut surtout vaincue parce que le ressort moral n'existait pas. Les volontaires n'avaient pas la foi : d'avance, ils étaient voués à la défaite. Les considérations techniques sont, ici, d'ordre purement secondaire (1).

(1) Un autre ouvrage écrit dans ces derniers temps consacre également quelques pages à l'histoire de l'armée départementale. C'est celui de M. Cottin qui a pour titre : Toulon et les Anglais. Cette étude, fort bien documentée par ailleurs, recèle dans son préambule d'innombrables erreurs. C'est ainsi que malgré son scepticisme (nous citons l'auteur) à l'égard de l'immixtion anglaise dans les troubles du Midi. M. Cottin « ne saurait fermer les yeux sur l'étrangeté de certains faits qui provoquèrent en 1790, à l'Assemblée nationale, une légitime émotion ». Pour expliquer le trouble de son esprit, l'auteur cite aussitôt la prise du fort de Notre-Dame-de-la- Garde, comme s'il pouvait exister une corrélation quelconque entre ce coup de nrain, fait par le peuple, en 1790, et la prise d'armes, faite par la classe bourgeoise, au nom de la Gironde, en 1793. On voit bien que dans son livre M. Cottin n'a pas suivi l'évolution de la nation dans les soubresauts politiques de l'époque révolutionnaire. D'ailleurs, l'auteur, tout comme Taine, dont il s'est si mal inspiré, du reste, qualifie la petite troupe qui s'est emparée du fort de Notre-Dame, de « gens sans aveu ». Deux lignes plus loin il veut que le fort ait été démoli, le commandant de Beausset assassiné. Cela, on s'en souvient, se passait au fort Saint-Jean. Il y a dans tout cela des confusions regrettables.

M. Cottin poursuit ensuite en annonçant, en 1792, l'arrestation de 500 à 600 suspects, « qui devaient être entassés dans l'église Saint-Homobon pour être septembrisés ». Les sources qu'il cite émanent uniquement de personnalités contre-révolutionnaires de l'époque. Nous n'insisterons pas sur ce point.

A.U moment de l'établissement des sections en juin 1793, M. Cottin, « au nom de la Fédération nationale des 83 départements », fait partir pour Paris, à l'appel de Barbaroux « six cents hommes qui sachent mourir ». Ainsi, pour l'auteur, l'armée départementale contre-révolutionnaire n'est autre que le célèbre bataillon du 10 août, licencié en octobre 1792, l'année précéjente !...

Mais il y a mieux. Pour M. Cottin, l'armée de 6.000 hoirrmes, levée par Moïse Bayle et Boisset et l'armée départementale contre-révolutionnaire ne font qu'un. Nous sommes toujoui's à l'époque des sections. «... D'autre part, dit-il, le Conseil général, tout en continuant à protester de son dévouement à la République, arrête : 1» de faire une levée de 6.000 gardes nationaux pour renforcer l'armée du Midi... ». L'auteur ignore par conséquent que les deux levées sont antagonistes et n'ont rien de commun. Dans son ouvrage, l'armée départementale contre-révolutionnaire fait triple emploi à des époques très dififérentes.

Pour terminer. M, Cottin attribue finalement la présence de l'étranger sur le sol natal, en 1793, airx excès et aux intrigues des Jacobins !... (Page 15 de l'ouvrage).

Carteaux, après avoir chassé d'Orange l'avant-garde de Rousselet, s'était avancé sur Avignon et avait peu à peu investi le général marseillais autour de la place. Les deux armées s'observèrent pendant une dizaine de jours. Les troupes de la Convention, concentrées au camp du Pontet, se livraient, de temps en temps, à des incursions tout autour d'Avignon en laissant libre aux Marseillais le bac de Barbentane par où affluaient les renforts.

Kellermann, commandant de l'armée des Alpes (1793.)

Cette situation ne pouvait durer, car elle avait sa répercussion immédiate sur la frontière des Alpes où les choses auraient pu se gâter. Non seulement l'armée départementale avait détourné de sa véritable mission une partie des forces

chargés de repousser l'envahisseur, mais elle avait encore arrêté dans leur marche les subsistances destinées à l'armée d'Italie. Le général Brunet s'en était plaint àKellermann qui venait de prendre le commandement de l'armée des Alpes. Celui-ci, à son arrivée, avait trouvé les troupes éparpillées sur un front de 80 lieues, dans un pays de montagnes. Si l'armée sarde l'avait voulu, elle aurait pu faire une trouée et marcher sur Lyon,

Or, Lyon est toujours en insurrection, Keilermann a reçu l'ordre de diriger sur cette place un certain nombre de bataillons. Le vainqueur de Valmy est découragé, a ... Il est impossible, écrit-il, le 25 juillet, aux membres du Comité de Salut public, de me charger, avec le peu de troupes dont je dispose, de la responsabilité de toutes les frontières qui me sont confiées, avant d'avoir apaisé les troubles intérieurs des départements voisins. Vous êtes trop justes pour ne pas sentir que cette tâche est au-dessus de mes moyens actuels... (1). »

Deux jours après, il écrit au général Brunet qu'il va marcher sur Lyon et de là sur Marseille. «... Les habitants de cette dernière ville, dit il, tiendront sans doute contre le canon de l'ennenii, mais ils ne tiendront pas contre le civisme de l'armée qu'ils ont toujours partagé. Quelques entretiens fraternels opéreront plus sur nos frères d'armes que l'appareil des bouches à feu et de la mort. . . (2). »

Mais Keilermann n'eut pas besoin de donner de sa personne. Les représentants Albitte, Rovère et Poultier forcèrent la main à Carteaux et celui-ci adressa enfin aux Avignonnais, le 24 juillet, une troisième sommation conçue en ces termes :

«... Je vous somme de déclarer authentiquement, sous une heure, si vous reconnaissez, oui ou non, la Convention nationale, si vous êtes résolus à otiéir et à faire exécuter ses décrets. . .

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Séiie L. Département. Liasse 2.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 2. Ces deux lettres sont autographes, ce qui prouve qu'elles ne parvinrent

point à destination, ayant été saisies vraisemblablement par les émissaires que les sections marseillaises avaient envoyés dans toute la région du Sud-Est.

« Si vous obéissez aux lois, si vous livrez les chefs de la conjuration, les auteurs des crimes qui viennent de souiller votre ville, nous vous regarderons comme des frères. Si vous résistez à cet appel, vous serez traités comme des révolutionnaires et des rebelles ; il est temps de choisir. . . (1). »

A huit heures du soir, les membres du Comité général firent parvenir leur réponse au camp du Pontet. Elle était négative.

Les \n.eu\ remparts d'Avignon (i793)

iBibliolhèque Municipale)

L'armée de la Convention prit immédiatement ses dispositions de combat. Carteaux la partagea en quatre colonnes qui devaient opérer simultanément sur le front est des remparts.

(I) Ar.-l,

Bouclios-.lu-Rliùne. Série L. Département. Liasse 9 i his.

Le 25, à une heure du matin, les conventionnels s'approchèrent du corps de la place et ouvrirent le feu. Les Marseillais qui s'attendaient à l'attaque rispostèrent vigoureusement. Ils possédaient des pièces de 18 et de 24, beaucoup de munitions. La canonnade cessa à 8 heures du matin.

Suivant l'expression de Napoléon, les soldats de Garteaux qui n'avaient pas poussé d'attaque de fond, s'étaient contentés de « voltiger autour des remparts (1). » La retraite fut ordonnée, elle s'opéra en bon ordre ; l'armée de la Convention, sans être inquiétée, rentra au camp du Pontet à 10 heures du matin.

Les pertes furent peu sensibles des deux côtés : quatre tués et dix blessés dans l'armée de la Convention qui perdit en outre deux obusiers, un chariot rempli de bombes et quantité de pelles (2).

En somme, c'était un succès pour l'armée départementale. Mais telle avait été la frayeur des commissaires civils, en entendant le bruit du canon, qu'ils demandèrent aussitôt la réunion d'un Conseil de guerre pour délibérer sur l'évacuation d'Avignon. « Ce Conseil, dit Michel d'Eyguières, n'aurait dû être composé que de militaires. Il fut formé des officiers, des commissaires civils, des membres du Conseil général et du Comité général de la ville. » Et l'auteur ajoute avec mélancolie : « Quel assemblage étonnant pour délibérer sur des opérations militaires ! ... »

« Le Conseil divaguait, écrit encore Michel d'Eyguières, lorsque tout à coup parait un courrier extraordinaire porteur d'instructions de la part du Comité général : Dans le ras où vous seriez forcés, dit ce Comité, d'abandonner Avignon, ce qui ne nous parait pas présumable, vous vous replieriez sur la rive gauche de la Durance et prendriez les dispositions propres à empêcher l'ennemi de la passer (3). »

Le commissaire qui lisait ces lignes donne aussitôt aux

(1) M. Ghuquet. La Jeunesse de Napoléon. Tome III, page 158.

(2) Guibal. Le Mouvement Fédéraliste en Provence, page 230.

(3) Michel d'Eyguières. Histoire de l'Armée départementale, pages 84 et 85.

instructions reçues un sens tout à fait différent : « Voilà, s'écrie-t-il, que le Comité général nous ordonne de nous replier sur la Durance. »

La nouvelle est à peine connue dans la ville que la terreur s'empare des esprits. C'est la panique. Tout le monde se précipite aux portes du côté de la Durance, comme si l'annemi eût pénétré du côté opposé. « Les imaginations étaient tellement surexcitées, la frayeur, le désordre étaient si grands que si l'ennemi qui n'était campé qu'à une lieue était accouru, il eût enlevé toute l'armée (1). »

Il ne restait plus qu'une issue pour passer la rivière ; c'était le bac de Barbentane. On le franchit dans un désordre inexprimable. Une fois du côté opposé, au lieu de s'y fortifier, comme l'avait prescrit le Comité général, on continua de battre en retraite. Les commissaires civils donnèrent le signal de la débandade en s'enfuyant à toutes jambes. La frayeur qui les poursuivait se communiqua aux troupes. Elles se débandèrent, à leur tour, et s'éparpillèrent. « Tous les chemins qui vont de la Durance à Marseille, raconte Michel d'Eyguières, furent couverts de soldats courant avec une précipitation dont on ne peut se faire une idée (2). » En un clin d'oeil, l'armée départementale s'était fondue, volatilisée et cQla sans combat.

Au moment même où cette armée donnait les marques de la plus insigne faiblesse, elle recevait des secours. La garde nationale dn Rians accourait à Avignon. Elle venait de s'arrêter dans la localité d'Eguilles, toujours indocile, et en avait chassé les Jacobins après avoir livré un combat. C'est là qu'elle apprit le désastre. Elle se hâta de rebrousser chemin. Le département des Basses-Alpes avait mis en route une compagnie de gendarmerie. A Apt, cette troupe eut connaissance de l'événement; les habitants du lieu, nettement hostiles, la forcèrent à rétrogader.

Cependant le Comité général, à Marseille, quoique surpris, se ressaisit assez vite. Le 27 juillet, il fit paraître une procla-

(1) Michel d'Eyguières. Histoire de V Armée départementale, page 8€

(2) Michel d'Eyguières. Histoire de l'Armée départem.entale,page 87

mation pour exhorter les volontaires à rejoindre leurs drapeaux. Le même jour il écrivait au Comité d'Aix : «... N'oublions pas qu'il vaut nriieux périr les armes à la main que d'attendre la hache des bourreaux (1). »

Mais les chefs de l'armée n'avaient plus foi au succès. « Quelques officiers, écrit le commissaire civil Rostand, se sont conduits de la façon la plus lâche et la plus méprisable. On cite le cas d'un capitaine qui, non content d'avoir intimidé sa compagnie, a encore eu la bassesse de désorganiser, par ses propos, une compagnie de chasseurs. Les volontaires d'Aix, ajoute ce commissaire, sont totalement découragés (2).»

Malgré ces mauvaises nouvelles, le Comité général ne se laisse pas abattre ; il fait, au contraire, preuve d'énergie. Il ordonne d'arrêter les fuyards, de les rassembler et de les conduire à Aix où l'armée doit se réorganiser. Il annonce en même temps l'arrivée de la garde nationale de Rians, qui, après avoir fait un détour, est revenue sur les lieux, et celle de 259 soldats de ligne qu'envoie de Toulon le contre-amiral Trogofï(3).

Le 29 juillet, un nouveau bataillon de 700 hommes est organisé. Il est créé, le même jour, un escadron d'artillerie volante (4). « Point de milieu, s'écrie le Comité général, c'est le moment de vaincre ou de périr ». Dès le 25, il avait déjà réquisitionné les célibataires de 18 à 40 ans. Maintenant, il effectue la levée en masse et décide qu'il sera formé 48 compagnies par rang de piques, en commençant par le n* 5. Puis, pour vaincre les défaillances, il vote à chaque volontaire un secours de 500 livres et promet à « ceux qui seront grièvement blessés » une somme de 1.000 livres réversible sur la tête des enfants ou de la veuve « en cas de décès». Le 31 juillet, il invite les armateurs et iiégociants à désarmer leurs navires pour accélérer l'expédition des frères d'armes qui volent vers l'ennemi (5). »

(1) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. District. d'Aix. Liasse 24.

(2) Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Section d'Aix. Liasse 28.

(3) Archives municipales. Série H. non classée. Lettre de Trogolf ; autographe.

(4) Archives des Bouches-iu-Rhône. Série L. Département. Liasse 112.

(5) Archives municipales. Série H, nou classée.

Il manquait un chef pour diriger les troupes. Spontanément, un ancien colonel du régiment Artois, infanterie, de Villeneuve-Tourelles se présente et ofïre ses services. Nommé maréchal de camp sous la Constituante, il a préféré donner sa démission plutôt que de continuer à servir la cause de la Révolution. Le 29 juillet, il est investi du commandement suprême. Il quitte Marseille le même jour, et se rend à Aix où déjà 4.000 hommes, soit par la force, soit par la terreur, sont rassemblés. Le 1" août, il prend la direction des troupes.

Quatre nouveaux commissaires sont adjoints au commandant de la force armée. A leur arrivée à Aix, ils font paraître une proclamation : «... Rassurez-vous, citoyens, disent-ils, l'armée est ralliée. Marseille s'est levée en masse et accourt pour nous renforcer. Les braves guerriers vont retourner à l'ennemi. Tout le département du Var s'ébranle ; Toulon nous envoie d'excellents artilleurs, des troupes.

« Levez-vous, citoyens, ou craignez le sort des infortunés habitants de l'Isle ; les maisons y ont été saccagées, les moissons incendiées au milieu du carnage. Bientôt vous apprendrez qu'Avignon a subi le même sort...

« Venez vous ranger sous nos drapeaux. Un général aussi recomrnandable par son civisme que par ses talents dirige l'armée ; des officiers expérimentés marchent sous ses ordres. Nous sommes dans l'abondance des munitions de guerre et de bouche. Venez, hommes du Midi, ou craignez pour tout ce que la nature vous a donné de plus cher... (1). »

[U Archives des Bouches-du-Rhône. Série L. Département. Liasse 112.

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