ACTE PREMIER
parfum, j'aime mieux le pétrole. Qu'est-ce que vous faites ici à cette heure ?
GILEQUAIN
Je vous admire. Et vous ? (// examine, railleur, le costume de la Berronnière. Récitant .) Dans ce simple appareil... d'un chauffeur que l'on vient d'arracher...
LA BERRONNIÈRE
C'est le moins que je vienne prendre des nouvelles de cette pauvre marquise... Et vous ne me voyez pas conduisant mon teuf-teuf en redingote et chapeau de soie. J'aurais l'air d'un huissier. Le chauffeur qui se respecte doit avoir la tenue de l'emploi. Du reste, c'est tout à fait admis. Madame d'Aiguerose y est faite, et j'ai déjeuné dans cet uniforme chez la baronne des Saules, avant-hier.
GILEQUAIN
Oh ! la baronne des Saules ! Elle vous aurait reçu en costume de bains !
LA BERROXXliiKE
Perdez donc l'habitude d'être rosse, sous prétexte qu'on vous appelle dans les gazettes le « jeune maître féministe ». Suzanne est une femme
charmante, du dernier moteur si vous voulez, mais...
GILEQUAIN
Vous l'appelez par son petit nom, à présent ?
LA BERRONNIÈRE
C'est plus court.
GILEQUAIN
Méfiance ! Vous savez que vous êtes chez d'Aiguerose, chauffeur actuel de la divine baronne... — pardon ! de son dernier moteur !
LA BERRONNIÈRE
Merci ! On voit bien que vous n'êtes pas de la maison depuis longtemps. Nous ne sommes pas chez d'Aiguerose.
GILEQUAIN
Bah!
LA BERRONNIÈRE
Nous sommes dans l'endroit neutre, la salle des Pas-Perdus. Chez le marquis, c'est là... (// désigne les portes de droite.) Chez la marquise, c'est là... [Même jeu vers les portes de gauche.) Quant à ce hall, il constitue le teiTain parlementaire.