ACTE PREMIER
pour la calmer, de véritables conversations à la folle enfant... Au croisement de la Muette et des Acacias, à la seconde même où nous allions passer, voilà cet imbécile de La Berronnière qui débouche en pleine vitesse avec sa locomotive.
LA BEnUONMÈRE, Satisfait.
Il fait un virage épatant !...
MARTHE, l'imitant par dérision.
Il fait un virage épatant!... [Sele^'ant.) Résultat, Josiane dérobe, un trait casse, et voilà le couple qui emballe dans des foulées de Grand-Prix. Nous passons comme un tonnerre. On crie. Je ne distingue plus les arbres qui courent à mes côtés... Des formes vagues de bicyclettes et de voitures se rangent comme au passage des pompiers... Je crie à Willy : « Sciez! sciez la bouche ! » Tendu comme un arc, il me répond entre ses dents : « Trop tard, je n'ai plus d'aclion, mais surtout, ne sautez pas, ne sautez pas !... » A cet instant même, je vois, à ma gauche, un cheval qui galope dans le même sens que nous, à dix centimètres à peine de mes gardeboue... Une bête superbe, d'une générosité inouïe ! Son cavalier l'éperonne, je les vois nous gagner, et
dès ce moment, je n'ai plus peur... Je regarde... Je regarde sans comprendre, me disant : « Que veutil et que va-t-il faire ?» A présent, ilestdead-head avec Josiane, dont il a saisi la bride, et soudain, comme sa monture fléchit, il saute en voltige... je vous le donne en mille !... il saute en voltige sur Josiane ! et nous mène dans un taillis où l'attelage s'est abattu sans que personne se fît grand mal !... [Frémissante.) Ah ! c'est le spectacle le plus prodigieux de ma vie !
GILEQUAIN
Vous savez qui c'est, cet arréteur de chevaux emportés ?
MADAME VALDON
Est-il de notre monde ?
MAUTHE
Georges d'Espar. Vieille famille angevine, éteinte du reste. Le docteur le connaît fort bien.
LE DOCTEUR
Un savant, un sauvage. Mais un homme !
GILEQUAIN
Eh bien, vous vous trompez, ce n'est pas