ACTE PREMlEIi
goût!... car j'ai une ânic à part, moi, une âme ridicule, sentimentale et révoltée, qui s'est tremjrjée d'amour dans les misères qu'elle a souffertes et qu'elle a vues, qui s'est trempée de révolte en traversant les mondes et en rêvant sous les immensités... — une âme que vous ne comprendriez peutêtre pas, madame !
MARTHE, qui s'est exaltce à V entendre. Ah ! vous savez bien le contraire !
r.EOKGES
Ne me parlez pas ainsi !... Ne me parlez pas ainsi!... Ne me jetez pas du bonheur et de la lumière quand je n'en espère plus !...
.MAHTHE, à i'oix bassc .
11 faut toujours espérer 1
GEORGES
Ne me parlez pas ainsi!... Tous mes instincts d'homme, tout mon orgueil mutilé, vingt ans de souffrances, de luttes et de solitude, et toute l'adoration que j'ai pour vous aussi...
MARTHE, balbutiante.
Mon ami ! . . . Mon ami ! . . .
GEORGES
Tout cela surgirait en moi comme une tempête, et je commettrais quelque folie!... Oui, vous avez raison, oui, je vous aime, parce que, dès la première fois que je vous ai vue...
MARTHE, haletante.
Si loin, déjà !...
GEORGES
Si loin !... une vie de silence, de rêves et de sanglots s'est écoulée depuis... il y a si loin, deux ans... vous rappelez-vous?...
MARTHE, lUCDie jCU.
Je me rappelle... Je me rappelle...
Parce que, dès la première fois que je vous ai vue, j'ai senti derrière votre regard aussi la flamme de vie et de révolte !... Il y avait dans vos prunelles bleues une tendresse infinie, du mépris et du courage... des choses lointaines et invisibles pour toute cette vanité qui vous entoure...