ACTE PREMIER
seuil de ma porte pourquoi vous m'avez forcée à vous y amener par un moyen que je savais irrésistible, mais qui n'en était que plus humiliant?
GEORGES
Parce que je vous aime passionnément, de toutes les forces de mon être,
MARTflE, mouvement de pudeur.
Monsieur !
GEORGES, doucement.
Vous voyez bien ! (// fait un pas pour sortir.)
MARTHE, vivement, avec une émotion mal contenue, et presque à voix basse.
Ainsi, vous m'aimiez !... [Il revient lentement tandis que Marthe fait dans le hall quelques pas nerveux. Elle est en proie à une vive agitation et s'attarde, pendant qu entre eux pèse le silence à manier les pistolets, dont elle referme la boite d'un geste brusque.) ainsi vous m'aimiez, et cela vous poussait à me fuir !
GEORGES
A vous fuir, oui !
38 MAllTHE
Vous trouvez que cela s'explique ?
GEORGES
Cruellement. C'est d'une logique implacable.
Voyons ?
GEORGES
Ou vous ne m'aimerez pas, et alors qu'ai-je ù faire ici? Entretenir ma plaie, vous donner ma souffrance en spectacle. Ou vous m'aimerez. Dans ce cas, c'est votre vie jetée en pâture aux médisances, pataugeant dans le mensonge, écrasée dans cet étau : d'un côté, votre cœur ; de l'autre, les conventions, avec toutes les autorités conjugales, familiales et mondaines, que font agir ces conventions...
MARTHE, expression de défi.
Oh!!
GEORGES, ton d'insistance.
C'est votre vie déchirée, et ses lambeaux jetés au chaos. C'est la mienne noyée dans ce cloaque de l'adultère dont l'idée seule me soulève l'âme de dé-