‹ Martin et Bamboche ou Les amis d'enfanceChapitre 59 sur 104 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

BASQÜINE, BAMBOCHE, DURIVEAD .

bamboche, courant <ï £fa.tquinr, sans voir Duriveau. Bcuqoine!... ma chère Hasqumc! ( Elle est prfte à t'évanouir, il la soutient.) Cest toi !... c*cst bien toi !... après cinq ans d'abmqco !... Tu pleures, lu sanglollcs !... b cause d'hier, ptul-elro?

BASqciMB, te ranimant.

Hier !... Tu étais là, hier?

BAMBOCHB.

Oui, j’y étaisl

BASQCINB.

Eh bien ! b , devant monsieur...

Tiens ! je no l’avais pas vu, ce mousieür.

M9Q0IMÉ.

Raconte ce qui s’est passé... dis tout, jo lé Veux... je t’en prie,

Pourquoi donc quo je ne dirais pas tout? voilé l Hier, c’était ta fin des cinq jaunets du père la Fressure... j’avais bien dîné... j’étais sur le boulevard avec un cure-dent... bon genre... jo ma Uto le gousset, il n’y avait pas de quoi prendra une stalle à l’O-

C cra... et puis on y chante trop... j’étais en face des Funamules... voilà mon affaire... plaisir moins ennuyeux, h meilleur marché... et je m’y connais un peu .. ça so rapproche de mnn premier métier... J’enlro, et je m’amuse bien jusqu'à neuf heures... des pommes, de la bière et Pierrot... il y avait do

Î uoi .. c'est-à-dire, je me serais bien amusé, si dans une logo avaiil-scéne, Il n'y avait pas eu quatre jeunes gens avec des mains beurre frais qui avaient l’air d’avoir pitié do noire plaisir, qui riaient tout liant quand la pièce nous donnait envie de pleurer , et bâillaient encore plus haut quand nous htms mettions h rire. Il n'y a rién d'embêtant comme d’être contrarié dané se* sentiments au spectacle... Aussi, avec quelques vrais amateurs, nous avions plus d'une fois déjà crié après eux : À la porte! à U portel Ihns l’cnlr’acto, je sors pour faire une nouvelle provision do pommes, pas tant pour moi quo pour la logo aux farauds... Quand je rentre, j 'entends dans le corridor que les uns sifflaient, que d'autres applaudissaient... la grande piice, lu Fie d'argent, était commencée, et c’ctnit après b débutante qu'oit en avait... Je rentre, je m'assieds... on criait: Bravo! on criait : A bas! on criait : Laissez-!* donc parler!... Cendant ce temps-b, j’avais distribué mon demi-quarteron h mes voisins... jo regarde.*, jo regarde encore... je jure do surprise! (bus le tintamarre ou ne m'entend pas... C'e*tèllel que je disais... C'est bien elle!... Et ceux d’alentour me demandaient : Qui, elle? Pendant que !cs sifflets pI les huées allaient de plus belle, surtout du cêtéde la logo, où le plus jeune des tarauds mettait ses mains do chaque cêlé do sa bouche pour faire plus de bruit en criant... l'actrice interdite essayait de parler, «avançait... reculait... Sac., cello feiï-b tout b* monde m'entend... Laisscz-lui jouer son rêle, tns do gamine ! J'avais des crispations dons tous les membres et de b sueur daus les cheveux. Tout à aap, jo vois mon gredin do b loge qui jette quelque chose sur la acèuo. La pauvre enfant

AH un pas... un pois fulminant éclate... un second pas... un second pois fulminant... On rit... on hurle, et la logo plus fort quo tous... Je me linre... je rao penche sur la galerie, haletant, furieux... la petite s’est avancée vers la rampe, et avec tant do résolution, quo tout le monde se tait... même moi... Elle est pâle, ses lèvres tremblent, mais sa voix est ferme cl sonore... Elle lève la main vers la loge, et son doigt désigne le plus acharné des quatre... on aurait entendu voler une mnucho : On m'applaudirait autant qu’on me siffle, dit-elle, si j'avais voulu être la maîtresse do monsieur... En finissant de parler, elle tombe lo bras toujours étendu... Ce n’est plus une salle... c'est un sabbat de tonnerres... mais avant tout, j'ai crié à la pauvre enfant qui succombe : Basquine, mo voilà! J’ai sauté dans le parterre, j'ai marché sur les têtes, sur les dos, dans l'orchestre, j'ai pris la première chose que j’ai trouvée... un musicien avec sa contrebasse : j’ai fait du musicien un marchepied, de la contrebas un marteau, et fai tapé avec sur la loge et son contenu. Je voulais aller è loi, ma pauvre Basquine! mais, bah 1 un commissaire, deux sergents de rjlte, frois gardes municipaux, je suis empoigné, et avec lo restant de ma contrebas», on me fourre au violon. Ce matin, la brave commissaire m’a mis à la porte, j’ai couru, j'ai cherché, j’ai su où tu étais, et je suis venu pour te dire que je t’aime, et pour te demander s’il faut quo jo lo tue?

BASQUINE

Cet homme, lu lo connais?

Je le crois bien, de sa qualité, ça se nomme un gredin à rouer de coups, et de soa nom ça s’appelle Scipion Duriveau.

DURIVEAU.

Mon fils!

BAMBOCUB.

Votre fils I Ma foi, je ne m’en dédis pas... et ma canne est à ■on service.

BASQUINE

Mon omit... (Silence.)

duriveau.

Je suis confondu, anéanti... j’étais venu presque pour ordonner, je uo puis que prier, demander surtout le silence, que le monde, que Régina surtout ignore...

basquine.

Pourquoi, mademoiselle Rcgina?

du ni veau.

Cesi elle qu’il devait épouser.

BASQUINE

Eliot ce bon ange, si pur ci si doux !... Ce mariage ne se fera pas, monsieur le comte.

DURIVEAU.

Que dites- vous?

BA5QU1NE

Jo n'ai pas besoin de mettre votre fils au pilori et je puis me taire avec des étrangers, mais laisser mademoiselle Rcgina tomber aux mains d'un pareil Ijoramo, savoir qu’elle livre honneur et bonheur à sa merci, non, jo ne le souffrirai pas... J'irai la trouver, je lui dirai tout... Si vous mo fermer les portes de votre hôtel, je l’attendrai dans la rue, je l’attendrai dans l’église, cl quand le prôtro demandera si quelqu’un connaît un obstacle à ce mariage jo m'élancerai, je m’écrierai: Moi I je m’y oppose, parce que cette fille est un auge ; parco quo cet hommo est un infâme !

bamboche, avec joie et admiration.

Hein ! comme c’est elle ! commo c’est ma Basquine! Qu'en ditesvous, monsieur lo Comte?

duriveau, avec noblesse.

Je dis, monsieur, quo je m’étonne, que j’admire, et quo je suis honteux de ma démarche... Mademoiselle, oubliez ce que j’ai pu vous dire au commencement do celle entrevue; jo vous en demande pardon ; je vous quitte lo coeur navré do duulour, mais soyez persuades que je saurai remplir le devoir rigoureux qui m f est imposé... Encore une fois pardon... (/I safue et te retire.)

Page 1