‹ Martin Le Franc, prévot de LausanneChapitre 1 sur 13 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Dans son cours sur la Littérature française du XV® siècle, lu au Collège de France en 1886, M. Gaston Paris a consacré une ou deux leçons à Martin Le Franc, et il se proposait de faire sur ce poète un travail plus étendu. Il a eu la bonté, dont je ne saurais trop le remercier, de m^abandonner une partie du sujet, et s'est contenté de publier dans la Romania (vol. XVI, 1887, pp. 423-437) un petit poème inédit de Martin Le Franc, la « Complainte du livre du Champion des Dames à son acteur >. Dans l'importante introduction qui précède cette complainte, M. Gaston Paris, après avoir retracé en quelques pages la vie du poète, a relevé, en les commentant, les nombreuses et intéressantes allusions littéraires qui se trouvent dans le Champion des Dames. Pour cette partie du sujet, je renvoie simplement à l'article de la Romania.

Quoique né en Normandie, Martin Le Franc se rattache à l'histoire de notre pays. Il assista aux séances du concile de Bâle, dont il fut un des plus

zélés partisans, et Félix V le nomma prévôt de Lausanne, charge qu'il occupa pendant i8 ans. C'est à Lausanne qu'il écrivit son Estrif de Fortune et de Vertu, et qu'il traduisit pour la Bible de Jean Servion un des prologues de saint Jérôme. Martin Le Franc n'en est pas moins presque inconnu chez nous.

De tous les écrivains du XV® siècle, il est certainement un des plus oubliés. La longueur du Champion des Dames et de l'Estrif de Fortune et de Vertu, la rareté de leurs manuscrits et de leurs éditions, en sont peut-être la cause. Quoiqu'il en soit, les critiques et les bibliographes qui ont parlé de notre prévôt n'ont vu pour la plupart en lui qu'un poète plat et vulgaire et qu'un lourd et somnolent prosateur. L'analyse des deux poèmes de Martin Le Franc et quelques citations suffiraient à montrer combien est injuste et faux ce jugement par trop sommaire : c'est ce que j'essaie de faire dans le présent travail, simple rédaction de quelques notes recueillies à Paris, pendant l'hiver 1887- 1888, à la Réserve des Imprimés et aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale.

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