‹ Martin Le Franc, prévot de LausanneChapitre 6 sur 13 · IS · texte numérisé non relu

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et rappelle les satires et les boutades d*Hippocrate, d'Homère, de Saluste, de Platon et d'Avicenne.

Puis le bon Robert du Herlin, <( selon son povre et petit entendement champêtre », croit mettre tout le monde d'accord en trouvant que les satires s'appliquent aux mauvaises femmes et les louanges aux bonnes. Car il y a au monde, ditil, de bonnes et de mauvaises femmes, comme de bons et de mauvais hommes. Saint Augustin n'at-il pas écrit: « Nulle chose ne fut ne jamais sera en ce monde meilleure, ne pire de la femme * ? » Si par Eve le monde a été damné, n'a-t-il pas été sauvé par la sainte Vierge ? « Par quoy m'est adviz que tous ceulx qui des femmes dyent aucuns maulx perdent de moult beaulx taires ^ ».

Inutile de dire que, malgré la tentative conciliatrice de Robert du Herlin, les attaques contre les femmes continuèrent de plus belle. La première moitié du XVI** siècle, plus encore peutêtre que la seconde moitié du XV®, est toute remplie de pièces pour ou contre le sexe fémi-

ninJ Plusieurs sont réimprimées dans les treize

Traduit plus tard en français :

Femme, plue, fume et .tensoun Enchacent honme de sa mesoun.

Voy. 77ie latin Pœms commonly attributed to Walter MapeSy edited by Thomas Wright. London, 1841, in-4, p. 83. Bulletin de la Soc. des Ane. Textes^ t. VI (1880), p. 76.

* Fol. 10 V».

' Fol. II v«.

volumes du Recueil de MM. de Montaiglon et de Rothschild. Nous avons déjà vu, à propos de Guillaume de Lorris et de Jean de Meun, le Girouflter aux Dames ; dans un autre poème, à titre semblable, le Rouzier des Dames S Bertrand Desmarins de Masan compare les femmes à un rosier. Il en dit d'abord tout le mal possible, insistant sur leur inconstance en amour et citant force exemples de femmes perverses. Puis, tout à coup, au beau milieu des injures à l'adresse du sexe féminin, un personnage nouveau, dame Equité, intervient et dit à V acteur :

Sus le genre masculin.

Parle ung peu par équité, Car certes le femenin Tu as assez tourmenté.

L'auteur, faisant un revirement soudain et complet, continue son poème en louant les femmes autant qu'il les avait maltraitées.

Femmes n'ont que gentillesse Hommes que meschanceté, etc.

Disons quelques mots encore de deux pièces du commencement du XVI® siècle, dans lesquelles le Champion de Martin Le Franc est mentionné : la Vray-Disant Advocate des Darnes^

* Ou Le Pèlerin d'Amours, Montaig., Rec, t. V, pp. 162-203,

poème dédié à Anne de Bretagne, et le Matiologue fort joyeulx,

Jean Marot, Tauteur de la Vray-Disant Advocate des Dames \ ne manque pas d'une certaine verve dans ses attaques contre les médisants. Il passe en revue une bonne partie des dames illustres qu'avait déjà citées Martin Le Franc, et, comme ce dernier, il voudrait que les femmes eussent une part dans le gouvernement, ou, tout au moins, eussent prelature. Il se demande quels livres on trouve entre les mains des adversaires du sexe féminin : à coup sûr pas le Champion des Dames, ou les Œuvres d'Alain Chartier, ou Valère- Maxime, ou Paul Oroze.

Qui chercheroit dedens voz garde-robbes,

L'on trouveroit le Rommand de la Rose,

MatheoluSy toutes fables et lobes,

Qui contre nous '^ et nostre honneur despose.

N'y cherchez pas Vallere, ny Oroze,

Le Champion, ny les Faitz maistre Allain ;

Hz n'y sont pas, par quoi je présuppose

Qu'a clerc innoble il fault livre villain ^.

* Montaig., Rec, t..X, pp. 225-268. L'auteur de la Vray-disant Advocate des Dames est Jean Marot; du moins Clément Marot l'affirme, éd. Jannet, t. I, p. 162. Lenglet-Dufresnoy en 1731 a imprimé cette pièce dans son édition des œuvres des Marot. Brunet, Manuel, VI, col. 1382, signale une édition goth., terminée par un acrostiche donnant le nom de Laurens Belin. Voyez Montaiglon. Cf. Harrisse, Excerpta Colombiniaiia, p. 186.

^ Ce sont les femmes qui parlent.

On ne connaît pas Fauteur du Monologue fort joyeulx auquel sont introduitz deux Advocatz et ung Juge y devant lequel est plaidoyé le bien et le mal des Dames ^ L'acteur qui récitait cette petite pièce dramatique remplissait à lui seul trois rôles différents : Tavocat pour les femmes, Gentil-Couraige, l'avocat contre les femmes, Mal-Embouché, et le Juge.

Après avoir renseigné le public sur sa personne et annoncé que, suivant les circonstances, il contrefait à souhait le c nouvelbt » c'est-à-dire l'ingénu, le « faulconnier » , l'amoureux, le « bien-disant » , r n homme en dueil », le docteur, l'orateur, il expose en quelques mots le sujet du Monologue fort joyeux, et aussitôt, remplissant le rôle de Mal- Embouché, il se livre à de violentes satires contre les femmes dont il énumère un grand nombre, entre autres celle de Putiphar qu'il appelle Puta. Sous le nom de Gentil-Couraige, au contraire, il plaide non moins vivement la cause des femmes ; jusqu'à ce que, remplissant le rôle de Juge, il termine le débat et demande aux deux avocats de produire leurs K escriptures ». Mal-Embouché met en avant le Roman de la Rose^ le Grant Matheolus^ et le Blason de Guillaume Alexis, et Gentil-Couraige produit le Triomphe des Dames de Juan Rodriguez de la Câmara, la Cité des Dames de Christine de Pisan et enfin (c pour euvre sumptueuse » le Champion de Martin Le Franc. Ce que voyant, le Juge donne gain de cause à Gentil-Couraige, avocat des femmes.

* Montaigl., Rec, t. XI, pp. 1 76-191.

Mentionnons encore, pour compléter cette énuniération déjà bien longue, la Résolution (V Amour s^^ petit poème anonyme de 55 huitains, satire obscure, violente et triviale des femmes, de Vénus, cette sotte déesse, et des amoureux, dans laquelle on ne retrouve pas les arguments ordinaires et les séries d'exemples qui remplissent les pièces de ce genre. L'auteur s'est plutôt formé, comme le remarque son dernier éditeur, à l'école de Villon et de Coquillart.

L'auteur du Predespoyr de l'Amanty au lieu de citer uniquement des exemples tirés de l'histoire sacrée, de la fable ou de l'antiquité, énumère des héros de romans de chevalerie l

Les poètes satiriques du XV® siècle reprochent souvent aux femmes de courir les églises et d'aller en pèlerinage, non pas pour sauver leur âme ou gagner des pardons, mais pour avoir occasion de montrer leurs toilettes et de tromper leurs maris. Elles faignent, disent-ils, de se rendre à confesse, et vont à tout autre chose ^^ C'est pour les défendre que le poète Maximien écrivit entre 1485 et 1491 VAdvocat des Dames de Parts touchant les pardons

^ Mont., Rec, t. XII^p. 307-326. Imprimé au XVe siècle, s. 1. n. d. (Paris, vers 1490).

^ Rothschild, Catalogue, 1. 1, p. 390, n<» 580. L'auteur de ce petit poème de 292 vers donne son nom en acrostiche Ampère de Vastan (départ, de l'Indre). Imprimé vers 1525. (S. 1. n. d.) petit in-8 goth.

' M. de Montaiglon renvoie à un passage du Livre de Matheolus, Liv. II, pp. 90-92 de l'éd. de Brux. Cf. le Rebours, éd. de 15 18, pp. 28 et suiv.; et Garin, édit. Crapelet de 1832, fol. XXVII sqq.

saine t Trotet '. Le Recueil de MM. de Montaiglon et de Rothschild contient une autre défense des femmes de Paris et de France : Le grand triiimphe et honneur des dames bourgeoises de Paris et de tout le royauhne de France ^.

Voyez encore dans ce Recueil, t. VII, une ballade sur la qualité des femmes^ avec refrain « Samson, David, Salomon et Virgile », ballade qui fait partie du Boutehors d'Oysiveté '; t. I et II, deux ballades, La Loyauté des femmes et La Loyauté des homfnes *; enfin, t. XI, deux pièces, qu'il faut mettre à part, Bigorne qui mange tous les hommes qui font le commandement de leurs femmes et Chicheface qui mange toutes les bonnes femmes *.

Je ne fais que rappeler Martial d'Auvergne et ses Arrêts d Amour ; Coquillart, ses Droits nouveaux et son Blason des armes et des dames ^ ; Antoine de la Salle et ses œuvres, particulièrement les Quinze joies de Mariage et les nombreuses pièces qu'elles ont inspirées, par exemple, les Ténèbres de mariage '^j le Sermon nouveau et fort joyeulx auquel est

* Montaiglon, t. XII, pp. 1-36.

* Id. t. VIII, pp. 322-328.

^ Montaiglon, t. VII, pp. 153-197, voÇ. p. 175.

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