‹ Masques et bouffons; comédie italienneChapitre 39 sur 41 · I.KI.IO · texte numérisé non relu

I.KI.IO

nous avons dit que Charles Roma[>nesi, renonmié [)ar sa jolie li{jure, avait débuté à la Comédie italienne en 1694.

Ce rôle, après la mort de Charles Romagnesi, se transforma tout à coup, tant sur h s tliéàtres forains qu'en Italie, où il désijjiie un personnage ridicule sous le nom de Lean- (Iru il bcUo , et ce surnom de « beau Léandre », qui était bien mérité par C. Romagnesi, ne fut plus qu'une dérision pour le Léandre que l'on retrouve encore aujourd'hui dans la pantomime.

Nous n'osons assurer que ce soit Dubus de Chanville qui, aux spectacles forains, ait ressuscité en lui le Capitan. (À' type était usé ; la transformation n'a pas été malheureuse. Léandre a le privilège de faire rire.

11 semblerait à voir ce personnage arpenter le théâtre comme ferait un coq, en se pavanant, la tète perdue dans sa collerette; l'épée au flanc, la pointe en l'air, crevant les yeux de ses voisins ou s'embarrassant dans les jambes de son valet, que ce n'est pas là un amoureux, mais une sorte de matamore. En effet, ce beau Léaxdre {planche !25) est toujours fds de quelque Capitan , grand tueur de Sarrasins; il est, lui aussi, amoureux d'Isabelle ou de Colondjine; il daigne descendre jusqu'à cette petite, quand elle est tille ou pupille de Cassandre; mais, malgré sa Itelle fraise et ses manchettes de dentelle, son pourpoint tailladé à ventre arrondi, comme celui de Polichinelle ou du Matamore, l'épée de ses pères, ses titres et parchemins (ju'il porte toujours sur lui, il ne réussit jamais qu'à recevoir des coups de pied destinés à son ventre, mais qui, grâce à sa pronqjtitude d'évolutions, vont à une autre adresse.

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Il est Espajjiiul, iiidalfjO de lu cicillc roche. Il doit être l'iclie, à en jii[;er par les broderies d'urj^eiit qu'il porte sur ses vêtements jaunes un roses, et le bonhomme (^assandre s'y laisse toujours prendre. S'il parle, il ijlaise horriblement, bé{]aye parfois, se tient droit connue un pin (on suppose qu'il porte un corset); raconte à celle (ju'il veut épouser ses bonnes fortunes, qu'il a payées fort cher; se fait rosser par Arlequin, et fuit à l'approche de tout danjjer. Il est parfaitement ignorant de tout, hormis la science du blason. Maladroit, fort susceptible, il ne souffre pas que l'on passe avant lui, porte souvent la main à sa rapière, mais personne n'en a jamais vu la lame.

D'autres fois, il est vêtu en marquis Louis XV, mais il possède toutes les vertus de l'hidalgo sous sa perruque de chanvre, aussi bien que sous son poil court et roux.

Dans Cussandrc aux Indes, parade du théâtre des boulevards (1756), Léaudre est amoureux d'Isabelle. Cassandre partant pour les Indes a confié sa fille à la garde d'Arlequin, lequel se laisse séduire par Léandre, qui veut pénétrer auprès d'Isabelle. Après avoir fouillé dans les poches de l'amoureux, le valet y trouve : « Un livre à apprendre à lire, une tabatière de papier, un livre de civilité puérile et honnête, un cadran solaire avec une chaîne, une boîte à mouches, en fer-blanc, un peigne d'écurie, un gant de peau. » Tout cela ne vaut pas grand'cho^e; aussi Arlequin lui fait-il faire un billet de dix écus, moyennant quoi Léandre pourra parler à Isabelle.

Léandre, qui ne suit pas écrire, fait une croix sur une

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