I.KMO
adresse. Les conventions, entremêlées de la/./is, arrêtées, Arlequin va chercher Isabelle.
«■ Léanduk. Je m'en vais lui z'y faire un petit compliment étudié en impromptu. » Isabelle entre, suivie d'Arletpiin. Léandre, « sans ôter son chapeau », lui adresse le compliment suivant :
« iMamselle, l'admiration de votre beauté a rempli mon cœur d'amour pour vos beaux yeux; et si vous aviez du réciproque pour votre très-humble serviteur, il n'y a pas de plus t'heureux homme sur la terre que je le serais dans tout l'univers. »
Isabelle. Monsieur, on ne saurait trouver un compliment avec de la fleurette plus galante, et je vous dirai naturellement que vous me conviendriez assez pour serviteur, mais qu'il n'y a qu'une petite minutie qui n'est qu'une bagatelle, c'est que je suis fâchée que vous ayez la gale.
i^ÉANURE toujours le chapeau s?/r la tête. Mamselle, je vous assure que je ne l'ai plus, elle m'a quitté dès l'âge de seize ans. Ça serait beau vraiment z'à un gentilhonmie d'être galeux!
Isabelle. Monsieur, j'ai l'honneur de vous dire que j'ai vu par ma fenêtre que vous me faisiez les doux yeux. Il y aurait de la bienséance que j'eusse de l'amour pour vous, mais j'ai remarqué quelque chose qui rebrousse ma tendresse; enfin, si ce n'est pas la gale que vous avez, il faut que ce soit la teigne.
Léandre le chapeau sur la tête. Si c'était z'un homme qui me fît pareille z'avanie, je lui couperais le visage; mais
:ioO J.A (JOMEDIK ITALIKiNiNK.
comme c'est vous, iiiauiselk', le respect que je dois t'avoir pour mes amours fait que je vous respecte.
Isabelle /àisaH< la révérence à Léandre. Adieu, uiousieur. Ane je vous ai trouvé, âne je vous laisse.
Arlequin. Mamselle, cela ne doit pas rompre le marché.
Isabelle revient et fait encore la révérence à Léandre. Ane je vous ai trouvé, âne je vous laisse.
Arlequin rit et contrefait Isabelle. Ane je vous ai trouvé, âne je vous laisse. {Ils sortent.)
Léanuui: seul. Qu'est-ce que cela veut dire? Me voilà tout confondu. Ah ciel ! je n'ai pas t'ôté mon chapeau! me voilà perdu z'à jamais, pour toujours.... Est-il possible que moi qui ôterais mon chapeau z'à un chien , je ne l'aie point z'ôté à ma charmante maîtresse ! Elle ne voudra plus t' avoir de correspondance pour moi. Je suis dans une fureur qui me met dans le plus yrand chagrin.... Je n'ai plus qu'à m'aller noyer; et si j'avais du poison tout prêt, je crois que je me passerais mon épée z'au travers du corps! »
Polidoro, l'amoureux ridicule au quinzième siècle dans une comédie de Beolco (Ruzzante), est le véritable Léandre moderne, laid, disgracieux, malade, mais riche et connaissant le pouvoir de ses écus.
« En somme, dit-il, l'argent est le vrai moyen d'obtenir toute chose, et, la chose obtenue, de la conserver. J'ai pris mes précautions pour accaparer les faveurs de la belle, car je ne suis point de ceux qui consentent à être seuls pour la dépense et en compagnie pour le plaisir. »
Survient le petit valet de Celega l'entremetteuse.
LKLIO. S.-.l
PoLiuonu. Va devant, Forltino, et dis à ta palrniiiR' (|iif j'arrive, et qu'elle ne me fasse pas attendre; dépèche-toi !
FoRBiNO. J'y cours; mais donnez-nioi au moins ([uelque monnaie pour la bonne nouvelle que je vous ai apportée, au sujet de Flavio votre rival.
PoLiuoRO. Je ne donnerai que trop à ta maîtresse.
FoRBiNO. Que le cancre la mange! Je veux f[ue vous me donniez quelque chose aussi.
PoLiDORO. Va-t'en vite, coquin ! tu as appris à atïVonter.
FoRBiNo. Que la peste vous vienne ! Je payerais un écu , si je l'avais, pour que Flavio aille voir votre maîtresse avant vous, qu'il trouve l'argent qu'il lui faut et que vous restiez dans la rue à chanter la lodoUna!
PoLiuoRo. Pendard! si je vais sur toi !...
FoRniNO. Donnez-moi qjielque chose.
Poi.iDORo. Je te donnerai des giffles.
FoRBLNo. Celui qui voudrait du mal à Flavio serait un grand sot. Il vaut mieux que vous, qui de votre vie ne m'avez jamais donné la pièce!
PoLiDORO. Attends-moi! je veux t'en donner une qui en vaudra dix.
FoRBiNo. Un imbécile attendrait. Je vous présente mes respects, beau masque, et n'attends pas! »
Au siècle suivant, le nom de Polidoro est donné aux vieillards, comme dans»///' Affliti consolaii, d'Alfonso Romei de Ferrare , 1G04.
Dans une féerie burlesque qui a fait, à bon droit, courir tout Paris [les Pilules du Diable), Léandre s'appelait Sotiuez.
352 LA COMKDIE I T M.l K N NK.
L'acteur Laurent aîné, mime remarquable qui avait joué les Arlequins sur plusieurs petits théâtres, donna à ce personnage un costume , des mouvements et une physionomie tout à fait dignes de remarque et dans la véritable couleur de la farce italienne.