ANTONIO V I C E N T I N I
(TUOnXHSl^h
Quand une nouvelle troupe italienne appelée par le Régent vint à Paris, en 171G, Antonio Vicentini dit Thomassin débuta avec toute la troupe, le 8 mai 1716, au théâtre du Palais-Uoyal, dans Vlmjaww furiimaio, par le rôle d'Arlequin.
AULKQLIN. 9(1
0 Le célèbre Dominique, qui s'était fait une si grande réputation en France, avait un défaut dans la voix aiuiucl il avait si bien accoutumé le public, qu'on n'avait pas sonjjé depuis sa mort qu'un Arlequin pût être supportable sans parler de la gorge et aflécter un ton de perroquet, v
Riccoboni et Tliomassin étaient très-inquiets de la façon dont le public recevrait un nouvel Arlequin, doué d'une voix claire et naturelle. Il y avait plusieurs scènes de miit dans l'Ih'iircHsc Surprise. « On en plaça une au commencement de la pièce. Lelio appelait son valet Arlequin, qui d'ai)ord ne répondait pas, puis, par intervalles, paraissait se rendormir cbaque fois après avoir répondu. Lelio allait le clierclier, l'amenait sur la scène, dormant tout debout. Arlequin, réveillé, répondait et, se laissant tomber jtar terre, se rendormait. Son maître le réveillait de nouveau : Arlequin dormait sur son bras. Enfin le public, favorablement disposé par cette scène, après avoir ri et applaudi pendant un quart d'beure sans que le nouvel Arlequin eût prononcé une parole, n'eut pas le courage de le cliicaner sur sa voix lorsqu'il se fit entendre. »
Vicentini était né à Vicence, et jouait en Italie depuis longtemps, quand Riccoboni lui fit des oil'res pour l'amener à Paris. IMarivaux fit pour Tbomassin plusieurs pièces, entre autres la Surprise de l'Amour, en 17^2, et /(' l'riuee travesti , en 17'2i. Il n'y avait plus alors à improviser, c'était la comédie sosiemtia, et Arlequin n'avait plus qu'à faire valoir l'esprit de l'auteur. jMarivaux, tout en conservant à ce type sa couleur originale, le fait paraître tantôt pétillant d'esprit, tantôt tout à fait stupide. C'est un mélange de
Sganarelle, de Sancho Pança, de (]rispiu et de Fijjaro. Dans le Prince inivesii , Arlequin est valet du prince de Léon, qui se cache sous le nom de Lelio. Il rencontre la princesse de Barcelone, amoureuse de Lelio, laquelle lui fait des questions sur son maître.
« La iTUNCESSE. Que clierclies-tu , Arlequin? Ton maître est-il dans le palais?
Arlequin. Madame, je supplie Votre Principauté de jiardonner l'impertinence de mou étourderie; si j'avais su que votre présence eîit été ici, je n'aurais pas été assez nigaud pour y venir ap})orter ma personne.
La princesse. Tu n'as point fait de mal; mais dis-moi, clierclies-tu ton maître?
Arlequin. Tout juste, vous l'avez deviné, Madame; depuis qu'il vous a parlé tantôt, je l'ai perdu de vue dans cette peste de maison, et, ne vous déplaise, je me suis aussi perdu, moi. Si vous vouliez bien m'enseigner mon chemin, vous me feriez plaisir; il y a ici un si grand tas de chambres, que j'y voyage depuis une heure sans en trouver le bout. Par la mardi! si vous louez tout cela, cela vous doit rapporter bien de l'argent. Pourtant, que de fatras de meubles, de drôleries, de colitîchets! tout un village vivrait un an de ce que cela vaut... Cela est si beau, si beau, qu'on n'ose pas le regarder; cela l'ait peur à un pauvre homme comme moi. Que vous êtes riches, vous autres princes! et moi, qu'est-ce que je suis en conqiaraison de cela! Mais n'e.ît-ce pas encore une autre impertinence que je fais, de raisonner avec vous comme avec ma pareille?... Voilà votre camarade qui rit, j'aurai dit quelque sottise.
IIm;iii;.\si;. Tu n'as jioiiif dit de sottise; au contraire, tu luf parais de bonne liumeur.
ARi.Knri.N. {•ardi! je ris toujours : que voulez- vous? je n"ai rien à perdre. Vous vous amusez à être riches, vous autres, et moi je m'amuse à être gaillard; il faut bien que chacun ait sou aumsette en ce monde. »
Avec son maître, Arlequin ne se montre pas moins critique et profond.
« Lelio... Je veux bien te confier que je suis un homme de condition, qui me divertis à voyager inconnu dans tous les États. Je suis jeune, c'est une étude qui me sera nécessaire un jour.
AuLEQLiN. Ma foi, cette étude-là ne vous apprendra que misère : ce n'était pas la peine de courir la poste pour aller étudier toute cette racaille. Qu'est-ce que vous ferez de cette connaissance des hommes? Vous n"a}>prendrez que des pauvretés.
Lelio. C'est qu'ils ne me tromperont plus.
Ableq,uln. Cela vous gâtera.
Lelio. D'où vient?
Arleoiln. Vous ne serez plus si bon enfant, quand vous serez bien savant sur cette race-là. En voyant tant de canailles, par dépit, canaille vous deviendrez.... Adieu, de quel côté tournerai-je pour retrouver notre cuisine? »
Puis viennent des scènes d'un hou comique entre Arlequin et Frédéric, courtisan ambitieux qui veut séduire Arlequin. Celui-ci redevient alors le valet balourd, opposant à ses tentatives la probité grossière et ingénue du paysan.
102 LA COMKDIK ITM.IKNM:.
« Aui.KnriN. Pardi! vous me traitez comme votre enfant,
il n'y a pas à tortiller à cela. Du bien, des emplois et une
jolie fille; voilà une pleine boutique de vivres, d'argent et
! de friandises : par la sanjjuienne! vous m'aimez beaucoup,
i pourtant!
FuÉDÉuic. Oui; ta physionomie me plaît, je te trouve un bon garçon.
Arlequin. Oh! pour cela, je suis drôle comnie un coffre : laissez faire, nous rirons comme des fous ensemble; mais allons faire venir ce bien, ces emplois et cette jolie fille; car j'ai hâte d'être riche et bien aise. »
Frédéric lui demande un petit service, c'est celui d'espionner son maître, et de venir lui rapporter ses paroles et ses actions. « Observe tout soigneusement, et, en attendant que je te récompense entièrement, voilà, par avance, de l'argent que je te donne encore.
Arlequin. Avancez-moi encore la fille, nous la rabattrons sur le reste.
Frédéuic. On ne paye un service qu'après qu'il est rendu, mon enfant, c'est la coutume.
Arlequin. Coutume de vilain que cela!... J'aime mieux vous faire mon billet comme quoi j'ai reçu cette fille à-compte : je ne plaiderai point contre mon écrit... INfais tenez, j'ai opinion que vous voulez me donner un office de b'ipon; car qu'est-ce que vous voulez faire des paroles du seigneur Lelio, mon maître, là?
FuKDKiuc. (7esl une simple curiosité ([ui me prend.
Aiu.KQUiN. Ilom.... il y a de la malice là-dessous; vous avez l'ail' sournois : je m'en vais gager dix sols contre
VOUS que vous ne valez rien.... Allez, vous ne devriez pus tenter un pauvre garçon (jui n"a pas plus d'honneur qu'il lui en faut, et (jui aime les filles. J'ai bien de la peine à ni'enipèclier d'être un co(piin : faut-il que l'honneur me ruine, qu'il m'ôte mon bien, mes emplois, et une jolie fille! Par la mardi! vous êtes bien méchant d'avoir été trouver l'invention de cette fille.
FuÉuÉRic. Songes-tu bien que je t'offre ta fortune, et que tu la perds?
Arlequin. Je songe que cette commission-là sent le tricot tout pur, et par bonheur que ce tricot fortifie mon pauvre honneur (|ui a pensé barguigner; Tenez, votre jolie fille, ce n'est qu'une guenon; vos emplois, de la marchandise de chien : voilà mon dernier mot, et je m'en vais tout droit trouver la jjrincesse et mon maître.... pour leur conter mon désastre et toute votre marchandise.
Frédéric. IMisérable! as-tu donc résolu de me perdre, de me déshonorer?
Arlequin. Bon! quand on n'a point d'honneur, est-ce (ju'il faut avoir de la réputation? »
Thomassin exécutait parfois des tours de force et de souplesse très-extraordinaires. « Il faisait, en dehors, le tour des premières, secondes et troisièmes loges : mais le public, qui s'intéressiiit très-fort à la vie de cet aimable acteur, lui fit retrancher ce lazzi ', qui était trop péril-
' Le mot lazzi, devenu français, est pris généralement dans noire langue pour plaisanterie, bon mot. En italien, il est plus généralement employé pour exprimer les fantaisies de la pantomime. Dans tous les anciens librctli, on le trouve comme désignant une scène muette.
leux et qui effrayait toujours les spectateurs jjIus qu'il ne les amusait. »
a Sa (jaieté naturelle et les grâces de sa balourdise auraient suffi pour charnier le public, quand même la nature n'en aurait pas fait un excellent acteur, ce qui peut être pris dans toute l'étendue de ce terme : vrai, naïf, ori- {jinal et pathétique. » Au milieu des rires qu'il excitait par ses bouffonneries, il surprenait et arrachait tout à coup des larmes. « Souvent, après avoir commencé par rire de la façon dont il exprimait la douleur, on finissait par éprouver l'attendrissement dont il était pénétré. »
Comme Dominique, Thomassin ne lit, en fait d'élèves, que de très-mauvaises copies, et « l'on ne voyait que de pitoyables débuts dans les rôles d'Arlequin » jusqu'au jour où Carlin vint lui succéder.
Thomassin avait épousé Marguerite Rusca, qui jouait les rôles de sttivanie sous le nom de Vioi.kttk. Il mourut après une longue maladie, le 19 aoùl l"\), âgé de cinquantesept ans. Parmi plusieurs enfants qu'il a laissés, et qui ont paru sur la scène italienne-française, le plus connu est madame de liesse, épouse de l'acteur de ce nom.
Le 8 octobre 1759, Antonio Cattolini débuta, pour la seconde fois, dans le rôle d'Arlequin, sur la scène italienne de Paris, mais il ne fut pas reçu.
Le 21 novembre de la même année, Antonio Constantini, frère du célèbre Angelo Constantini, qui avait créé les Mezzeiin à Paris, débuta dans l'emploi des Arlequins. 11 joua « avec beaucouj) de vivacité », donna quelque espérance de réparer la perte que le théâtre avait faite dans la
personne de Thomassin; mais il ne (iiit pas ses promesses, et ne fut pas reçu pour les rôles de Ziuini. 11 resla au théâtre jusqu'en 1742.
Le faible début de Tliéodorak, en 1757, ne fut pas plus heureux en 17-W. — Tliéodorak, ana{j,ramme de Cadorci , était Alsacien.
« Il est incroyable ce qu'il parut d'Arlequins en l'espace » de trois ou quatre années; il semblait qu'ils sortaient » des cendres de Thomassin : mais, semblables à ces ombres » qui se forment des exhalaisons des tombeaux et que le s moindre bruit dissipe, le sifflet du parterre les faisait » bientôt disparaître. »
En 1741, .loachim Vicentini, dernier tils de Thomassin, âgé de dix-huit ans, débuta dans les Arlequins le 26 août; « mais comme les talents ne sont pas toujours héréditaires, il ne fut pas reçu à la Comédie-Italienne, » et alla jouer en province.
La même année, « le sieur Molin débuta aussi par le rôle d'Arlequin, et ne fut pas mieux accueilli. Il retourna en Itrovince. »
CARLO BERTINAZZI (C-ARMX).
Enfin, le 10 avril I74I, Carlo Rerlinazzi, né à Turin
en 1715, fit ses débuts et fut reçu dans la troupe, au mois
d'août 17-42, après avoir obtenu plus d'une aimée de succès
et surpassé les espérances qu'on avait fondées sur sou talent
dans le fameux personnage d'Arlequin. Ce brillant début
fut ainsi constaté par l'auteur du Mercure : « Le jeudi, I. u
ion LA COMEDIK ITALIENNE.
10 avril ITil, les comédiens italiens lirenl rouverture de leur théâtre par une pièce italienne, en prose et en trois actes, intitulée Arlfijuin murt jxn- crdinic, dans laquelle le sieur Carlin Bertinazzi, né à Turin, àjjé de près de vinj;tliiiit ans, joua pour la première fois, avec applaudissements, le rôle d'Arlequin, qui est le princijjal personnage de la pièce. Le sieur Ilochard, qui avait t'ait le compliment au public, à la clôture du théâtre, lit aussi celui de l'ouverture et s'exprima en ces termes : « 31essieurs, ce jour, qui » renouvelle nos soins et nos honnnages, devait être mar- » que par une nouveauté que nous vous avions préparée; * mais l'acteur qui va avoir l'honneur de paraître devant » vous, pour la première lois, avait trop d'intérêt et d"im- » patience d'apprendre son sort pour nous permettre de » reculer son début. » — « Si votre nouveauté tombe, a-l-il dit, j'ai)prendrai comment le pu])lic siffle, et c'est ce que je ne veux point savoir; si elle réussit, je saurai comment on ap})laudit, et ferai peut-être une funeste comparaison de sa réception à la mienne. » — Pour ne donner à ce nouvel acteur aucun lieu de reproche, nous nous sommes entièrement conformés à ses désirs. Il sait. Messieurs, nonseulement ce qu'il a à craindre en paraissant devant vous, mais eu y paraissant après l'excellent acteur que nous avons perdu (Thomassin), (lo)U il va jouer le lunnr rôle Les sujets d'une si juste crainte seraient balancés dans son esprit , s'il connaissait les ressources qu'il doit trouver dans votre induljrence; nuds c'est en vain que nous avons essayé de le rassurer : il ne peut être convaincu de cette vérité que par vous-mêmes, et nous espérons, ^lessieurs, que vous
voudrez bien souscrire aux promesses que nous lui avons laites de votre part. Elles sont fondées sur une si longue et si heureuse expérience, que nous sommes aussi sûrs de vos bontés que vous devez l'être de notre zèle et de notre profond respect. »
C'est ainsi que l'on complimentait alors le public. Flatté de ce léf/cr discours, il accueillit avec indul^jence Carlin, qui du resie n'en avait pas besoin.
« La vi.'rilé n'est point flattée :
» Oui , Carlin paraît à nos yeux » Ce que Monius est dans les cicux , » Ce que Neptune est chez Prolhée. »
Carlin avait un jeu vrai, naturel et comique. Garrick, le voyant dans une pièce où il venait de recevoir une correction de son maître, menaçant ce dernier d'une main et se frottant les reins de l'autre, fut ravi de la vérité de cette pantomime, et s'écria : « \'oyez comme le dos de Carlin a de l'expression et de la physionomie! »
Carlin Bertinnzzi était, comme tous les grands bouffons, d'un caractère très-mélancolique; comme celle de Dominique, sa gaieté était ce que les Anglais appellent hmiiour; vile tenait à son esprit, et non à ton tempérament. On raconte que Dominique, atteint du spleen au suprême degré, alla consulter Dumoulin, médecin célèbre qui lui conseilla pour remède d'aller entendre Dominique à la Comédie-Italienne, parce qu'il faisait rire tout le monde. « llélas! lui répondit le pauvre acteur, je suis Dominique, et dès lors je me regarde comme un homme perdu. »
108 LA COMKDIK IT \ FJ i;> NK.
Aux talents du Lliéàlrc, (larliu joi{jnait des cctunaissances en divers {jenres et toutes les qualités d'un honnête homme.
On raconte qu'un beau soir d'été, (tù la chaleur était étoutl'ante, Carlin devant jouer dans deux pièces, Camerani, le semainier, vint lui dire qu'il n'y avait dans la salle qu'une seule personne et qu'il n'y avait pas lieu à donner la représentation. Carlin se mit à rire et dit qu'il fallait jouer quand même, puisqu'il y avait un pultlic. La toile se lève; Carlin paraît, tire son sahre de bois, fait le tour du théâtre, et après mille lazzis, qui faisaient rire aux éclats un gros monsieur assis dans un coin de l'orchestre, il s'avance sur la rampe et lui dit :
« Monsieur Toui-scul , nous sommes désolés, mes camarades et moi, d'être obligés de jouer par le temps qu'il fait devant une seule personne; cependant, si vous l'exigez, nous jouerons. » Le spectateur entra en conversation avec l'acteur, lui dit qu'il était de la province, qu'il n'était venu que pour le voir jouer et qu'il le priait de lui faire cette faveur. Carlin se résigna et conmiença son rôle. Tout à coup le ciel se couvre, l'orage gronde et la pluie tondre par torrents. La salle se remplit connue par enchantement, et en moins d'une heure la recette s'élève à î)()() livres, recette énorme à cette époque. A la tîn de la dernière pièce, Carlin s'avance de nouveau sur la rampe et cherche son gros monsieur, qui s'était tordu de rire pendant toute la représentation. « Monsieur Tout -seul, êtes -vous encore là? » demanda Carlin. Le provincial se lève et répond : « Oui, monsieur Carlin, et vous m'avez bien fait rire! — Monsieur
ARLEQUIN. lO'J
Tout-seul , je viens vous rciuercier de nous avoir ol)li{)és à jouer; jjrike à vous, nous avons t'ait une énorme recette. iMerci donc encore, monsieur Toui-scnl. — Enclianlé, monsieur Carlin; au revoir, » répondit le jjros provincial en enjambant sa banquette pour s'en aller, lit tous les spectateurs de rire.
Lorsqu'on hésitait à aflicher, soit à cause de la chaleur, soit pour quelque autre motif. Carlin disait à Camerani : « At'tiehons toujours; qui sait? peut-être que M. Toui-scul viendra ce soir. »
Carlin mourut à Paris en 1783, et jouait encore, peu de tenqis avant sa mort. Son àjje avancé ne lui avait rien fait perdre de sa vivacité, de son enjouement et de sa souplesse. On lui fît cette épitaphe :
(i De Carlin pour peindre le sort , Très-peu de mois doivent suffire :
Toute sa vie il a fait rire , Il a fait pleurer à sa mort. »
On a de lui, comme auteur, tes Métamorphoses d'Arlequiu.
La littérature moderne a fait de lui un personna{je historique. Un très-remarquable roman de M. de Latouche lui attribue une correspondance suivie avec le pape (élément XIV, dont il avait été réellement le camarade d'école. MM. Rochefort et Gustave Lemoine ont fait, il y a quelques années, une très-jolie pièce sur celle donnée. Carlin, i{jnorant que le nouveau pape fut ce même Laurent Ganganelli, son ami d'enfance, recevait sa visite, le tutoyait et jouait avec lui une scène dont Gan^anelli tenait le manuscrit en riant si fort, ([u'il oubliait de donner la réplique.
A propos du début d'un Arlequin au Théâtre-Italien, Collé, dans son Journal liisiorujm', parle ainsi des maîtres dans l'art burlesque ■: « Le lundi 21 courant (juin 1751), je fus à la Comédie voir un nouvel Arlequin qui y jouait depuis ])lusieurs jours. C'est un coquin assez léger, un saltimbanque, une espèce, de danseur de corde, un bateleur, un froid comédien; comme il n'est ici qu'en passant, les Italiens n'auraient pas eu la maladresse de le laisser monter sur leur théâtre s'il eût été meilleur, ou même eût pu balancer Carlin, leur Arlequin actuel. Ce dernier, qui est depuis quelques années en possession de ce rôle, ne s'en lire point mal, quoiqu'il soit souvent lourd dans l'action et toujours bête dans le propos, quoi qu'en disent les partisans de ce mauvais spectacle. Thomassin, son prédécesseur, était au moins aussi béte que Carlin, et même, si l'on veut, l'était davantage; mais il réparait ce défaut par un feu continuel dans l'action et des grâces inimitables. Ce comédien avait même une partie singulière dans un Arlequin, je veux dire le pathétique; il touchait jusqu'aux larmes dans certaines pièces, telles que la Double Inconstance, Timon, l'Islc des esclaves, et autres; ce qui m'a toujours paru un prodige sous le masque d'Arlequin. »
En 1777, Bigottini débuta dans les rôles d'Arlequin. Voici ce que Grimm dit à son sujet :
« Un jeune Arlequin de soixante et quelques années, le sieur Bigottini, a débuté sur le théâtre de la Comédie- Italienne, dans une pièce de sa composition, intitulée Arlequin esprit follet. Le jeu du sieur Bigottini n'a aucun rapport avec celui de l'acteur qu'il doit remplacer; il n'a
ARLEQUIN lit
ni la même {jràce ni la même finesse, ni la même naïveté : ses métamorphoses cependant sont in{>énieuses et variées; et ses mouvements, sans avoir la souplesse et le moelleux qui caractérisent les moindres gestes de Carlin, sont d'unL' précision et d'une prestesse singulières, llien n'égale la promptitude avec laquelle il change de costume et de masque; son talent à cet égard tient du prodige, mais c'est un genre de mérite qui n'amuse pas longtemps... Il n'y a que l'esprit qui puisse se varier à l'infini, il n'y a que la grâce dont le charme soit toujours le même, »
A la tin du siècle dernier, un des Arlequins les plus céièhres en Italie fut Golinetti.
Les principaux acteurs qui jouèrent les Arlequins sur les théâtres forains sont :
En 1698, Bahron, fils de la demoiselle Babron, ouvreuse de loges de la troupe italienne de 1645, Il débuta au Jeu de Bertrand dans les Arlequins, courut la province et revint à la foire en 17:27).
En 1700, Philippe Lalauze, dans la troupe de la veuve 3Iaurice, devint son associé et passa en province en 1716. Il revint en 17:20 et se mit avec Bestier, dont le spectacle n'existait que par tolérance. L'année suivante, il s'associa avec Maillard, Baxter, Alard et Sorin, qui avaient obtenu le privilège de l'Opéra-Comique.
Eu 1712, Michu de Bochefort, peintre, dans la troupe d'Octave.
En 17:21, Cadet, fils du maître machiniste de l'ancienne Comédie-Italienne à rOi)éra-Comique.
En 17:21, Baxter, Arlequin anglais, célèbre danseur,
112 LA COMKDLK 11 VJJK.N.M:.
oliliiit le privilège de l'Opéra-Coniiqne de la foire, fit de mauvaises aflaires et se retira dans un erinitajje où il mourut dans la dévotion en 1747.
En 1754, Lebicheur était peintre de profession ; il épousa la sœur d'IIalliot, peintre de l'Académie. 11 joua en province et entra comme Arlequin dans la troupe d'Honoré. Il imitait, à s'y méprendre, Thomassin. Il mourut en \"'i.
De 1704 à 1708, Dolet, qui voya^jea en Italie avec Constantini, s'associa avec Laplace, entra dans la tronpe d'Octave, monta, en 17:2:2, un jeu de marionnettes, pnis entra à l'Opéra-donuque, qu'il ne quitta qu'en 1725.
En 1700, Nicolet père et fds, entrepreneurs de la salle (les Grands-Dansews (la Gaîté).
En 1786, le petit Moreau, haut de ([uatre pieds.
En 1702, l'Italien Lazzari, directeur du petit théâtre auquel il donna son nom.
En 1804, Laporte, et Lepeintre aîné qui débuta dans les Arlequins sur le théâtre des Jeunes Artistes.
Le personnage d'Arlequin, ([ui a subi autant de variations dans le type ([ue dans l'orthographe de son nom, qui d'Harlcquino, est devenu Aricchino , Arlichiuo et aujourd'hui Arleccliino, est tant soit peu passé de mode en Italie. JMcneghino et Stenterello l'ont remplacé. Cependant on le retrouve encore dans les théâtres de marionnettes. Là il est vêtu d'haliits à carreaux jaunes, rouges et verts; il porte toujours son masque et sa mentonnière noire, simulant la ])arbe; mais, peut-être pour indiquer son grand âge, ses moustaches et ses sourcils sont devenus blancs.
En France, ce type est à peu près fini. Son esprit du
ARLEQIIIV. 113
siècle dernier est retombé dans ses jambes. II n'est pius qu'un mime de tradition , plus ou moins gracieux. Cossard et Derruder [planche A) ont sauté et dansé ses derniers succès.
Les principaux acteurs qui renq)lirent encore les rôles d'arlequins, turent, en Italie :
Fremeri, en 1():24.
Belotti, en 1G25.
Girolamo Francesco, en 1650.
Astori, Venise 1720.
Bertoli, en 1750.
Ignazio Casanova, de Bologne, en 1754.