‹ Masques et bouffons; comédie italienneChapitre 7 sur 41 · TRIVELIN · texte numérisé non relu

TRIVELIN

\ou3 êtes un poltron.

Oh! parlez mieux, l'ami, je suis prudenl.... Mais, pour assassiner Pantalon, point d'niïaire.... Je ne puis voir sans peine égorger un cochon , Comment pourrais-je , hélas ! massacrer Pantalon ! »

Domenico Locatelli, qui jouait au théâtre du IVlit-

Bourbon les rôles de ïrivelin, était venu en France

en 1645 [planclic 5). C'était un excellent comédien. H a

com})Osé en français Rosaure, impératrice de Conatantinople ,

pièce à grand spectacle, qui fut représentée en 16o8. Après

une carrière brillante, il mourut en mars 1671.

# « La Parque souvent très-cruelle,

0 justes cieux! quelle nouvelle!

Par un tour traître et fort \iiain,

Nous vient d'enlever Trivelin ,

110 LA COMKDIK ITA I.IKN.NE.

Oui, dedans la Lruiipo italique,

Était un si charmant comique.

Elle a fait ce tour, par dépit.

Comme je crois, de maint répit

Qu'il fallait que la mauricaude.

Oui ne veut pas que l'un la fi'aude,

Accordai, sans nul doute, à ceux

Qui voyaient ce facétieux ;

Lequel, leur inspirant la joie,

Lui ravissait ainsi sa proie.

G vous, qu'il a fait vivre ainsi.

Daignez donc, en lisant ceci,

Faire pour lui qurlque prière,

C'est le moins ([ue \ous puissiez faire. »

Pierre -François Biancolelli, né en 1G8I, connu sous le nom de Domin'ujuc que portait son père, fit ses études au collège des Jésuites. Au sortir de ses classes, il se lia avec Joseph Tortoretti (Pascariel) , qui courait alors la province, et entra dans sa troupe. Il débuta avec succès dans les Trivelin, h Toulouse. Il alla ensuite à Montpellier, où il épousa la fille de Tortoretti, dont il était devenu amoureux à Paris, et pour laquelle il s'était fait comédien.

Il passa ensuite en Italie avec sa {ènmic, et joua à Venise, IMilan, Parme, Mantoue, Gènes, puis revint en France et joua en province jusqu'en 1710. 11 vint de nouveau à Paris, et joua jusqu'en 1717 aux foires Saint-Germain et Saint- Laurent, après quoi il entra dans la troupe italienne du Piègent. IJiaucolelli fut auteur de plus de quatre-vingts pièces pour le répertoire italien. II mourut à Paris en 1754.

ARLEQUIN. ii:

TRUIFALDIX.

La première création de ce personna{j[e eut lini vers 1550, dans la troupe d'Angelo Beolco (Ruzzante). II représente le valet rusé et menteur, sous le nom de Truffa (le fourbe). Ce type devint populaire en Italie, et, vers le milieu du dixseptième siècle, il devint une des variétés de l'Arlequin, sous le diminutif de Tri-fiamuno.

Dans 1(1 Vacearia de Ruzzante, Truffa est valet de Flavio, jeune amoureux, et dans la Rhodiaiia du même auteur, valet de Roberto, qu'il aide dans ses amours :

« Vous pouvez vous fier entièrement à moi, lui dit-il, car bien que vous me voyiez sous ces habits de paysan , je ne suis cependant pas de basse extraction. Je ne me découvre qu'à vous seul, bien certain que vous ne divulguerez pas mon secret. Sachez que mon vrai nom est Gasparo, fds de Roberto San-Severino; j'ai été forcé de fuir mon pays par amour pour une belle dame dont j'étais épris et dont les parents en voulaient à nui vie. J'ai voyagé en Italie, en Orient et en Occident, où j'ai appris plusieurs langues, ce qui m'a été fort utile par la suite. Finalement, étant à Venise, je me suis énamouré de la sœur de ma patrone, nommée Lucretia, et, afin de pouvoir lui parler en secret, j'ai pris l'habit des paysans; et ne vous offensez pas si, seul avec vous ou en compagnie, je me sers du langage correspondant à mon habit. »

Vers 1758, Sacchi jouait en Italie et surtout à N'euise sous le nom de Truffuliliuo , caricature bergamasque, des

118 [. \ roMKDiK iT m.iknm:.

rôles senil)lal)les à ceux (rArlcccliinu. (loldoui et ralihr Cliiari s'étaient vantés dv chasser du lliéàtre la coincdin (Icir (irtc el les )n(isijm's ilv cuir; Sacclii, Voyant la comédie nationale disparaître, partit de Venise avec sa troupe et ses amis, le Brighella, le Tartajjlia et le Pantalon, pour chercher fortune au delà des mers. Mais le tivndjlement de terre de Lisbonne les chassa du Portu{jal; Sacchi revint alors à Venise avec sa trouj)e, et, en 1701, le théâtre de San- Sainuel, fermé depuis (•in(j ans, fut nettoyé, et la réouverture se tit par l'.hnuur des trois oraïu/rs , fable en cinq actes, de Carlo Gozzi. Le ^enve Jiabesco (merveilleux), ayant Gozzi pour soutien, fît fureur à Venise jusqu'en ITlii), époque à laquelle une troupe rivale de celle de Sacchi, s'enq)arant des pièces et des acteurs du pauvre imprésario, fit tondjer son théâtre au profit de celui de 8anl-An;|elo, maljjré l'essai de comédies souicnucs et apprises qui fut fait par Sacchi; « mais, dit M. Paul de Musset, la décadence et la dispersion de la troupe Sacchi n'en étaient pas moins iné^ vitables. TrulTaldin prenait de l'àjje et perdait ses jambes. Pour surcroît de complication, ce vieux fou s'avisa d'être amoureux de la Piicci (la maîtresse de Ch. Gozzi), et malgré ses soixante-dix ans, il donna de l'ombra^je à notre poëte, (jui voulait bien se contenter du titre d'ami, à conchtion de ne jjoint voir d'amant en titre. Un jour, Go/./.i trouva sa belle occupée à tailler du satin blanc pour taire une robe. (Tétait un cadeau de Sacchi, et la jeune première, avec la naïveté italienne, aurait bien voulu conserver à la fois les aunes de satin et sa vertu. La chose étant décidément impossible, elle garda le satin. »

La donnée du pcrsonnajje que Sacclii représentait consistait à être poltron, battu et trompé. Vantard, trèsorgueilleux de sa naissance et traitant tout le monde de l)àtard, il n'en était pas moins, la plnpart du temps, le soufï're- douleur de la pièce. Sacclii était un admirable improvisateur, aussi les rôles qui lui étaient destinés ne sont-ils pas écrits dans les pièces de Charles Gozzi.

« Personne, dit celui-ci, ne pourra écrire le rôle de Truflaldin, pas plus en prose qu'en vers. Il suffit au Sacclii de connaître l'intention de l'auteur pour improviser des scènes supérieures à toutes celles qu'un écrivain pourrait lui tracer. »

Les parties de la pièce où Trntraldin, ainsi que les autres masques, doit agir, ne .-ont indiquées que i)ar : « Trufl'aldiiio entre, fait ses plaisanteries, » ou liien, simplement : « 11 entre, puis sort. » Dans certaines pièces, cependant, son rôle est plus explicite.

« Tritfjaldin : Vous me demandez ce que je suis et ce que je sais taire. Je vais vous le dire et vous raconter sincèrement ma vie. Je suis sorti de l'iiôpital des Enfants trouvés. Laissez-moi un peu penser à mon arbre généalogique! A coup Hn", il y a (juelque probabilité que je suis fils de roi, car j'ai toujours senti dans mon sang une grande supériorité. Dans l'hôpital, on voidut m'apprendre à lire et i\ écrire. 31ais ma grandeur d'àine ne put jamais s'abaisser à cette mcscjuinhé; par suite d'une certaine férocité royale, il m'arriva même de rompre le crâne au magisler. Après quoi je me sauvai, et, grâce à mon héroïsme, je me lis mendiant. Pris par des corsaires, je fus vendu comme

120 h V coMEDii': itaijen.m;.

esclave. Les Turcs, saisissant dans ma physionomie les signes certains de ma noble ori(jine et admirant la majesté de mon ventre, m'évaluèrent sur le marché la sonmie de cinquante philippes. Mon acheteur ayant éprouvé dans divers travaux combien j'étais monarchiquement porté à les mépriser tous, me revendit pour cinquante livres. Le troisième acheteur m'attela avec un àne. Là je devins si célèbre par mon indifférence pour toute es])èce d'occupation, hormis celle de manger, que le dernier acheteur me revendit pour vingt-sept livres et demie. Enfin, je fus décoré d'un honorable coup de pied au derrière, et sortis ainsi de la servitude avec honneur et gloire.... J'y étais aussi déplacé que des poissons sur un i)ré ou du fromage dans une bibliothèque. Après tout ce que je viens de vous dire, vous pouvez facilement voir à quel emploi je suis propre. »

I^*^»fc. ^ . ,, '

PILCINELLA, PUNCH, H VNSWURST, MEO-PATACCA, MARCO-PEPE, IL SITOXNO, lURRICHINO.

« Brrrrr.,.. Brrrr Oui, incs enfants! c'est moi! moi

Polichinelle avec mon [jros bâton, me voilà! petit bonhomme vit encore ! ,)e viens pour vous éyayer, le plus a[>réablement ({ue je pourrai, car certains quidams m'ont dit que vous étiez tristes ! Tristes, morbleu! et de quoi? La vie u'est-elle pas une a/jréable chose, une bonne plaisanterie, une vraie farce de comédie, dont le monde est le théâtre, et où il y a tle quoi rire, allez ! pour tant peu que vous vous donniez la peine d'y re^jarder? Voilà près de quatre mille ans, mes enfants, que je roule mes bosses sur la surface du globe, au milieu des hommes, qui ne sont pas moins féroces et sauvages que les tigres et les crocodiles; et voilà quatre mille ans que je ris, mais, parfois, à en avoir mal dans le dos. N'est- ce pas drôle, bien drôle,

122 I.A COMKniR TT VLl KN NK.

dites-moi, de voir sui' un si petit espace, qu'on apj)elle le monde, cette fourmilière de créatures qui, chacune prise à part, se croit la priviléfjiée de la nature entière? Demandez à un de ces atomes s'il changerait de peau avec son voisin? Non! soyez tranquilles! elle lui plaît trop, sou écorce! Mais demandez -lui s'il changerait de hourse avec ce même voisin. Oh! oui, si la sienne est plus ronde ([ue la mienne, dira-t-il. Et chacun se démène, va, vient, amasse, remue, roule, grouille et pense au lendemain plus qu'à la veille. H semblerait, à les voir, qu'ils vivront toujours. Ils sont tous fous! Voyez celui-ci! il amasse et empile écu sur écu , attendant, pour s'en servir, l'heure de sa mort. Son fds se dépêche de tout éi)arpiller eu se d(umant beaucoup de peine aussi pour se ruiner le corps et la bourse; souvent il meurt avant d'y avoir réussi. C'est la loi, faire et défaire. Voyez celui-là qui s'alambiquc la cervelle à chercher un moyen de se faire remarquer de quelques autres malheureux, lesquels ne voudraient pas être dérangés de la voie qu'ils suivent, que leurs pères ont suivie, et que leurs tîls suivront. Il a eu une idée quelconque, l'idée de déranger ses voisins, qui le prennent, l'enferment, le font rôtir ou noyer, n'est-ce pas drôle? Ah! vous auriez ri de voir pendiller des milliers de carcasses humaines aux arbres des chemins, alors que je ne sais quel mvln avait passé dans la tête de quelques lunatiques, .le ne me suis jamais tant diverti qu'il y a une quinzaine de siècles. C'étaient des fournées entières de gens plus faibles que ceux qui étaient les plus forts en ce moment-là; c'était là leur tort. C'était très-drôle de les voir déchiquetés et mangés par les ani-

l'OLICHlNELLK. 123

maux féroces. Vous allez m'appeler grosse bête, balourd! disant que je n'ai pas compris ce que j'ai vu. Chut! mes enfants! mieux vaut prendre la chose en riant, car les fils de ces étripés s'en reven{jèrent bien plus tard !

î Mais ce qu'il y a de plus drôle, ce sont les femmes, ou la femme. Ah ! Vdilà un étran(>e animal ! Que de vanité, que de malice dans ces petits êtres pour lesquels je ferais encore des bêtises! Par Pluton ou par le diable! (c'est tout un, et je me moque de l'un comme de l'autre, car ce sont encore là des inventions humaines!) il fait beau voir l'honnne et la femme se rechercher, se tronq)er, se haïr, le tout ensemble. Les deux sexes se sont déclaré la guerre, et ne peuvent pourtant vivre l'un sans l'autre. Demandez à un homme ce qu'il pense des femmes. Il répondra : Ce sont des coquettes, vaniteuses et menteuses. A une femme ce qu'elle pense des hommes. Ce sont des égoïstes, des perfides ! Allons! allons! il y a du vrai de part et d'autre. Car, pour de l'or, vous aurez des uns et des autres tant et plus. Soyez riche et vous serez honoré, aimé, flatté; vous serez beau, jeune si vous voulez, vous aurez amour, considération, honneurs, etc. Soyez pauvre, vous ne vaudrez pas une botte d'oignons!

j> J'aperçois d'ici certaines gens qui ne partagent pas mon opinion : libre à eux ! ils sont encore jeunes ! S'ils avaient, comme moi, vu des cités entières disparaître sous les cendres volcaniques, s'ils avaient eu leurs chaussures brûlées par les laves du Vésuve, s'ils avaient vu se ruer les peuples sanguinaires du Midi sur les peuples farouches du Nord, et réciproquement.... J'eus beau faire le gros dos, je vous assure que je m'en souviens, mes enfants!... S'ils

i24 LA COMKniK l'J A I.l KNN E.

avaient dit, comme moi, aux puissants de la terre leurs vérités en (rois mots, aux mitions les [Ans or{j'ucilleuses de la ttTre qu'elles n'étaient que des peuplades de ])rutes et de sauvages, ils penseraient diiïéremment , ils y rejjarderaient peut-être à deux fois avant de me contredire.

1) J'ai la conscience large et facile? Sans doute ! ce qui est aux autres est à moi, et je n'ai qu'à me baisser pour ramasser, à plein chapeau , l'cjr et les richesses de mes voisins. Vous trouvez cela mauvais? C'est ma manière de voir; je méprise tant les hommes, que je me soucie j)eu de ce qu'ils peuvent i)enser et dire de moi.

» Cependant n'allez pas me qualifier de voleur ! ce n'est pas le mot qui me blesse, c'est l'intention. Prenez garde! on ne m'a jamais insulté impunément et je ne suis jamais plus à craindre que lorsque je suis en belle humeur; à bon entendeur, salut! Vous n'êtes pas dignes d'entendre mes joyeux propos, car ce qui devrait vous faire rire a l'air de vous contrarier. Quoi ! voulez-vous pleurer, parce que (ont va mal? Regardez-moi! j'ai souffert autant qu'un autre, mais j'ai cuirassé ma bosse et mon cœur. ,Je suis le rire en personne, le rire trionq)hant, le rire du mal. Tant pis pour ces rangées de capucins de cartes qu'un souffle abat. Moi , je suis de fer et de bois, aussi vieux que le monde ! »

Polichinelle a raison de le dire, il a le cœur aussi sec que son bâton, c'est un égoïste dans toute l'acception du mot. Sous une apparente belle humeur, c'est un être féroce; il fait le mal pour le plaisir de le faire. Se souciant de la vie d'un homme comme de celle d'une puce, il aime et cherche les querelles, et se plaît fort dans les massacres.

POLICHINELLE. I2ô

Loin d'èlre l'antaroii, il ne se vante pas toujours de ses méchantes actions, et, lorsque vous l'entendez rire aux éclats, soyez sur qu'il a tué son liounne. Il ne craint ni Dieu ni diable, lui qui a vu passer, sous son nez crochu et verruqueux, tant de sociétés et de religions; mais, quand il le faut, il sait se taire sur ces matières-là.

Après son bâton , son satoii aux grosses crcauccs, connue il l'appelle, car c'est de cette monnaie-là qu'il paye ses dettes, ce qu'il aime le plus, c'est la bouteille et les femmes. 11 est l)ien vrai, comme il le dit lui-même, que pour avoir des femmes, il faut de l'argent, et il n'en a pas. Bien qu'il prétende n'avoir qu'à se baisser pour en prendre dans le coffre de ses amis, ses amis ne sont pas si simples; ils se cachent avec leurs richesses à son approche. Sans argent, il faut être persuasif auprès du beau sexe, et malgré ses bosses et sa figure peu faite pour séduire, il est si caustique, si persuasif, si entreprenant et si insolent, qu'il a des succès. « Je ne me fais pas d'illusions sur le compte de mon physique, dit-il, et je ne vous expliquerai pas mon secret, car je ne le connais pas; d'ailleurs, m'expliquerez-vous les femmes, vous, beau curieux? On leur plaît parce qu'on leur plait, il n'y a pas d'autres raisons. La femme est ini être bizarre et mystérieux, c'est la seule bonne chose en ce monde, après le vin et les coups. »

Il aime également toutes les belles , car il n'y en a pas une qui puisse se vanter de l'avoir fixé lon<;tenii)s.

12G LA COMEDIR ITALIENNE.

PUIXINELLA.

Ce fut vers l'an a40 de Rome que les Romains introduisirent chez eux le {jenre des pièces improvisées dites aicl lunes, avec les types principaux, Maccis, Bucco, Pai'pus et Casnar, parlant l'osque, le grec et le lalin.

C'étaient presque toujours des sujets clianqièlres, les mœurs des paysans de la Campanie, puis les ridicules des habitants des petites villes. C'est Pappus piiricriiiis, connue qui dirait Pa)>l<ilu)i cconduit ; Muccus soldai; Maccus dcposilairc tcsfamcntairc; le Médecin; les Peintres; le Boulamjer; Pappus (Kjrieola , etc. Les atellanes possédaient deux sortes de bouffons, deux sunniones. Le Maccls : vif, spirituel, insolent, un peu féroce; et le Bucco : suffisant, flatteur, fanfaron, voleur et lâche. Le Pulcineli.a moderne a ces deux caractères tout à la fois : c'est un mélanjje de bravoure et de lâcheté, de vanité bête et d'insolence spirituelle.

On prétend ({ue ces deux caractères différents avaient été attribués de même à Maccus, le paysan osque, aussi célèbre et aussi aimé alors que Pulcinella l'est aujourd'hui.

« Le Maccus, personnage osque, dit J>L Ferdinand Fouque, a pour caractère la sottise, rimpcrtincucc, le désordre, comme son nom l'indique; — car, en grec, ij.av.-Mxéai signifie faire le bouffon, radoter, être fou.... Le Maccus, dans les atellanes, répond quelquefois à l'Arlequin, mais le plus souvent au Polichinelle. C'est un Maccus que la statuette en métal conservée au musée du marquis Capponi. Il a une espèce de manteau qui lui descend

aux [jcnoux, et des sandales aux pieds; sa tète est rasée, son nez est {;ros, courbe et crochu.... Ou trouve encore un .Alaccus sur une cornaline : il est vêtu de pourpre; ses pieds sont nus; sa tète est rasée; son nez lui tombe sur la bouche et lui couvre le menton, ce ([ui lui donne un air stupide; sa posture est flegmatique, et ses bras, qu'il tient croisés sur sa poitrine, sont entortillés dans son habit. Il représente un ^laccus philosophe comme dans la comédie intitulée Policliiiicllc travesti oi docteur (Pulcinello tinto dottore).

» Bucco est d'ori[}ine osque.... Par son nom et par sa tigure, il ressemble au parasite de la grande comédie. Son caractère est un composé de hauteur et de bassesse, de ridicules et de folies. Il fait le plaisant au besoin, l'impertinent selon les circonstances; souple, ofticieux, insinuant, bouffon, bavard, paresseux, gourmand, famélique, il a tous les vices qui cadrent avec les mœurs d'une nation corrompue; aussi connaît- il le secret de plaire aux grands et de se rendre nécessaire : il étudie leurs penchants, se prête à leurs fantaisies, sert leurs passions, favorise leurs entreprises libertines.... Le Bucco avait des joues monstrueuses et une bouche démesurée. »

Pulcinella descend donc en ligne droite de Maccus; mais comment le nom de Pulcinella a-t-il été substitué à celui de Maccus? C'est une question à peu près résolue aujourd'hui. On sait que le ^laccus avait le nez crochu, les jandjes longues, le dos légèrement voûté, l'estomac proéminent, et qu'à l'exemple de tous les anciens mimes, il égayait autant par ses gestes et ses cris que par ses bons mots.

las L\ COMEDIE ITALIENNE.

La spécialité de Maccus était d'imiter avec la bouche le cri des oiseaux et le piaulement des poulets, au moyen d'iuu^ sorte d'ajipcau ({ui devint la praïujuc , le sf/hcrlo ou pivriin. Ot instrument ne devait pas être de son invention; il l'avait pris aux schœnobates ou joueurs de marionnettes grecs, qui avident inventé ce sgherlo pour imiter, faire la charge, pour ainsi dire, de la voix des véritables acteurs passant par le porte-voix du masque, et ])Our en reproduire le son métallique. Maccus fut donc surnommé, à causé de ses cris de volaille effarouchée, peut-être aussi à cause de son nez en bec et de sa démarche bizarre, Puli.us cam.inackis, puis, par contraction, Pllcino, et Pli.ci.nkm.a.

En 17:27, on trouva sous terre, à Piome, une figurine de bronze qui est au nmséc (-appoin, et qui rappelle Maccus.

tt .>Fais ce qui paraîtra peut-être singulier, dit l'abbé de » Saint-Non dans son voyage de Naples, en 178^, c'est de » retrouver ici un Polichinel absolument semblable au » nôtre pour les traits essentiels, la bosse devant et der- !) rière, à l'exception de (pielques petites différences d'ajus- » tement qui ne sont qu'une affaire de mode; car, en Italie, » où le Polichinel joue encore un bien plus grand rôle que «sur nos théiîtres, il est habillé autrement que le nôtre, » mais il lui ressemble pour le masque et pour le caractère » (il donne le dessin de cette figurine). Cette figure bizarre ï est prise d'après un bronze antique ([ui a été trouvé à » Piome en 17'27 : l'ori'jinal est conservé dans le nniseuin ï du nuirquis Capponi , qui l'a fait graver avec la plus

» {grande exaclitiicle, ainsi que l'histoire de ce grand per- » sonnagc, dont on ne peut disconvenir que les titres et la » généalogie ne soient de la première antiquité :

« Yetiis histrio personatus in Esquiliis repertus an. IT^T » ad magnitudinem œri archetypi expressus, cui oculi et » in utroque oris angulo Sannœ seu globuli argentaei sunt. ï Gihbus in pectore et in dorso, inque pedibus socci. » Ilujus generis nioriones et ludiones, verbis gestuque ad B risum movendum composili, locuni habuerunt in jocu- 1) laribus fabulis Atellanis, ab Atella Oscoruni opido, inter j- Capuani et Neapolini, ubi prinuun agi cœperunt deno- D niinatœ. Unde honiines absurdo habitu oris et reliqui » corporis cacbinnos a natura excitantes, etiamnum pro- » deunt; liuir nostro persiniiles et vulgo 1*llli(:im:ll.e dicunï tur, a Pli.i.ice.no tbrtasse : qua voce Lampridius in Severo sAlexandro, Pllllm g.vi.linacelm appi'llat. Pulcimkll.t: ï auteni speciatim excellunt adunco, prominentique naso, » ro?trum pullorum et pipionum imitante, s

[Muser (lu marquis Ccippoui , à Pinnic.)

Louis Riccoboni donne à la tin de son Histoire du iltcdirc italien le dessin de cette même figurine. Il est à remarquer qu'elle a, dans cbaque coin de la bouche, une petite boule qui ne peut appartenir qu'à une sorte de stjiicrlo ou de pratique.

<t Dans mon Ilisioire du ihcâtre italien , dit-il en parlant » du Mimus ccuiunculus, j'avais fait des conjectures sur le B personnage de Polichinel des Napolitains, et je l'avais » cru un Mimus aihus, en lui donnant une dérivation aussi

130 I- \ coMKDii; iT \i.ir.\M:.

» ancienne que celle de notre Arle(|uin; mais connue je » n'avais point trouvé de preuves qui, en quelque façon, «eussent autorisé mon opinio)), lorsque je liis prêt à » l'iniprimcr j'en su}»i)riniai le chapitre. Si, dans ce temps- » là, j'avais connu le monument dont je viens de parler » (la Jijfurine de bronze), j'aurais travaillé sur Diomède » et sur Apulée, pour en taire autant (jiie nos savants

» d'Italie ont fait le n'en demande point davantajje pour

» m'assurer que je ne m'étais point trompé lorsque j'ai » cru le Policliinel descendu en droite ligne du Miimts » (ilhits de la comédie des atellanes. »

Dans un article snr la comédie italienne (G. Sand), daté de 1852, on lit : « Le plus ancien de tous les types, » c'est le Poiicliinel napolitain. Il descend en droite ligne » du MaccKs de la ('anq)anie, ou plutôt c'est le même per- » sonnage. Le 3Iaccus antique ne figurait point dans la » comédie régulière, mais dans ces espèces de drames sati- » riques fort anciens qui s'appelaient aicllancs , du nom de y> la ville d'Aiclla , où ils avaient pris naissance. Une statue » de bronze retrouvée à Rome en 17'27 ne peut laisser de » doute sur l'identité de Maccus et de Poiicliinel. Le Poli- » chinel des atellanes porte, comme son descendant, deux » énormes bosses, un nez crochu connue le bec d'un oiseau » de proie, et de grosses chaussures reliées sur le con-de- » })ie(l, (jui ne s'éloignent pas trop de nos sabots modernes. » Il a l'air railleur, scepticpie et méchant : deux boules B d'argent, i)lacées aux coins de ses lèvres, lui agrandissent » la bouche et donnent à sa physionomie (]uelque chose » de bas et de faux, expression complètement étrangère à

POLICHIXELLK. i:!l

» ccllf (lu l*(ilicliinel moderne. Otte (lilîéreiice dans l'cxté- » ritiu' des deux persunnajifes me })arail accuser une dille- » rence plus profonde entre les caractères. L'acteur des » anciens devait être quelque chose de plus has, de plus » haineux que le Polichinel moderne : comique surtout par » ses difl'ormités, je me figure voir de loin une espèce de B Thersite populaire aux prises avec l'oppression de l'esclaù vage et de la laideur. Polichinel, c'est déjà la révolte; il » est affreux, mais il est terrible, rigoureux et vindicatif; » il n'y a ni Dieu ni diable qui le fasse trembler ipiand il B tient son gros bâton. A l'aide de cet instrument, qu'il » promène volontiers sur les épaules de son maître et sur » la nuque des officiers publics, il exerce une espèce de » justice sommaire et individuelle , qui venge le faible des » iniquités de la justice officielle. Ce qui me confirme dans B cette opinion, c'est que dans les farces napolitaines on » trouve deux Policliinels : l'un, bas et niais, véritable lils » de Maccus; l'autre, hardi, voleur, batailleur, bohémien, » et création plus moderne. »

Quand les théâtres païens furent détruits, et avec eux les tragédies et les comédies, on sait que les tiirllinics continuèrent sur les places publiques; le Polichinelle y figurait, ainsi que l'Arlequin, qui était aussi très-aimé des Romains.

Pendant tout le moyen âge, à l'époque où l'on ne représentait sur les théâtres que des mystères, Pulcinella disparut. Ce n'est qu'au seizième siècle, à la renaissance des théâtres, qu'un comédien nommé Silvio Fiorello tira ce personnage de l'oubli, et introduisit Pulcinella dans les

i:iL> LA COMKDIK ITAI.I KN Ni:.

])arades napolitaines. Kioivllo était v\\vï' (Vuwv troupe de Cdiiiédieiis. 11 jouait Iiu-mème sons le ikhh du capitaine .AIatamouk, et contîa le rôle de Pi LLii;iNn;i.i,i) (rduniie on l'appelait alors) à Andréa Caleese, d'abord tailleur, surnommé le Ciiurio, (jai imitait dans la periéetioii raeciiit et les nuinières des paysans d'Accrra, i)rès de A'aples. Le (auceio mourut en l()ô().

r^e costume de Pulcinella a peu v.lrié dejuiis André Caleese. Pillici.nuci.i.o, c'est ainsi qu'il est encore appelé an commencement du dix-septième siècle, porte une sorte ()(.' blouse blanche ample, serrée à la taille par une ceinture <le cuir dans laquelle sont passés un sabre de bois et une escarcelle; son pantalon est larjje et plissé; souliers de cuir. Il ne porte pas de collerette, mais il a un cliillon d'étofîe blanche, bordé d'un [jalon vert, qui lui sert de tabaro; il porte le demi-masque noir à lon{jues moustaches et à barbe; sa tête est couverte d'une calotte blanche et d'un immense chapeau {jris, dont les ailes sont relevées de chaque côté et forment une casquette démesurée, de la forme de celle que l'on portait encore sous Louis \l.

C'est ainsi qu'il était représenté par Argieri, né à lîome, et connu à Paris sous le nom du Pulichiiicl romain. Au bas d'une image qui le représente, on lit : « masque burlesque qui parle la langue des paysans napolitains, et qui est veslu de toile blanche, contrefaisant la beste et le slupide. ■»

Au milieu du dix-septième siècle, Plixim-i.i.a change tout h coup de costume sur le théâtre de la Comédie- Italienne à Paris, en l()i5. Barbancois, le l'iilciiwlld de la troupe de Mazarin, imile .lu})illes, le Policliiiicl i'vunçdis de KiiO. Il

POLICHINELLE. i:i3

})iviiil la veste et le paiilalon aux couJeiirs ronne ci Jinnii' [jaloiiiii'' de vei't , mais il (torle la t()([ne et le iiiauleaii Iraditidiiiiels à (oui type italien (plaitclic (j).

En 1G!>7, ^lieliel-An^fe da Fraeassano exa[]ère les deux liosses du eostunie, et se coifl'e d'un feutre ijris orné de deux plumes de ('(hj, ee ([ui le rend tout à fait semblable au PoUchincl de la foire. C'est ainsi que l'a représenté "NValteau.

Au connueneeiuent du dix-huitième sièele, il suhit aussi en Italie riiilluenee française; car, sous le nom de Pulciiicllo, Coleson, ([ui eut une si grande vojjue à Florence, à Venise, à Milan et à Paris sur les théâtres forains, le représente avec un ventre qui garnit tout son large Aétenient boutonné de haut en l)as. Il porte le demi-masque noir, à nez protubérant avec une grosse verrue, la collerette et le chapeau gris à haute forme et à larges bords; le pantalon est large et un peu court. 11 est toujours vêtu de toile blanche, et porte ini gros bâton à la m;iin. ('e personiKige, appelé encore à Bolojjne Piuuicinei.la, me fait l'effet d'être plutôt romain que napolitain, car le costume de celui de INaples s'est peu modifié depuis sa création. D'après lîiccoboni, ce personnage épais et lourd {planche 7), serait le second Pulcinella napolitain, le type du Inilordo. «Les comédies napolitaines, dit-il, à la ])lace du Scapin ï et de l'Arlequin, ont dfux lN)licliinels : un fourhe, et i> l'autre stupide. Dans le pays, l'opinion connnune est que » c'est de la ville de Bénévent, qui est la capitale des Sam- » nites des Latins, qu'on a tiré ces deux caractères opposés. T> On dit que cette ville, qui est moitié sur la hauteur d'une

131 LA COMKDll' ITALIENNE.

» nioiita{>iu', et moitié au lias, produit di-s Ikiiiiihc^ d'iin B caractùre tout différent. » Bénévent est bûtie eoiimie lîerj;aine, où nous avons dit ([iic la même tradition existait pour Arlequin le Stupide, représentant les habitants de la ville basse, Bri^fhella le Spirituel, eenx de la ville haute. Pulcinello serait alors le type de la balourdise et de la [grossièreté, un di{;ne descendant de îMaccus; tandis ([ue le Poi.LiciMELi.A napolitain serait le lin, le rusé, le sensuel rejeton de Bucco. Ce type devint européen. En France il devint Polichinelle; en Aiijjleterre, Pi.ncii, par abréviation de PuNcniNELLo, et Jack Pinuix;; en Allema;{ne, IIanswuust (Jean Saucisse) et Pulzi.m:i.i.a; en n(dlande, Tom:i:i.cek; en Espagne, don Christoval Pulichinela, et, jusqu'en Orient, le Karagheus n'est qu'un Polichinelle.

Pulcinella est, tour à tour, et selon la pièce, maître, domestique, uui{j;istrat, poète, danseur, mais \ms acrobate; au fond, c'est toujours le même caractère. En ce qui le concerne, la pièce se plie à son rùle, et non lui à la pièce. Quelquefois, mais rarenierd, on l'a vu marié à une Pn.ci- .NEi.LLNA, et avoir femme et enfants; mais cela n'a Muère lieu ({ue dans les théâtres de nuirionnettes. Dès que l'on s'éloigne de Naples seulement de trente milles, le type cesse d'être le portrait du INapolitain. « 11 y a trente ans, nous disait un homme d'esprit, il n'y avait pas à A'ajdes un seul individu qin n'eût ([uelque chose d(> Pulcinella. Cela se perd un peu aujourd'hui, nuiis il en reste encore suftîsamment. »

A Najiles, Pulcinella a élu domicile au théâtre de San-Carlino. « C'est là, dit M. Fréd. Mercey, que soir et

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matin il est le liôros d'aventures J)Oii(r()nnes et merveilleuses. Kii etlel, quoique le Polichinelle de Sau-Carlino ne soit pas de bois, il ne t-e repose jamais, et quand on a annoncé pour le matin et pour le soir quelque pièce nouvelle, r/iocosissiina iii mue le sue scène, rieca di lii:<iiri (ivciii)iieHli... cou Pulcinclla, Pulcinella doit être sous les armes et gambader mort ou vivant. Voulez-vous avoir une idée de ces pièces, divcrlissanles d'un houl à l'autre cl riches d'cvéucmenis hizarrcs, pièces qui ne doivent cependant leur succès qu'à Pulcinella? Xous allons en analyser quelques-unes, choisissant de préférence celles qui font le mieux connaître le peuple napolitain.

» Pulcinclla chef de brigands. La scène se passe dans les Palabres. Pulcinella, qui a fait de mauvaises affaires dans le commerce, se livre à une autre industrie : il exploite les grands chemins... Pulcinella a tout ce qu'il faut pour être un excellent chef... 11 est sans seru})uk' et sans pitié, il professe le plus souverain mépris })()ur la vie des honmies... Le nouveau chef a des projets sur une meunière des environs de Nicastro, qui, outre ses appas, a, si l'on en croit la renonmiée, un grand sac rempli d'écus dans son armoire. Pulcinella laisse sa bande dans la forêt voisine, et, suivi d'un seul de ses compagnons, il va faire une visite à la meunière. Pour ne pas lui donner d'ond)rage, il fait cacher son camarade derrière un buisson et se présente seul à la porte. C'est un dimanche; le brigand a choisi ce jour-là, parce qu'il sait que le meunier est à l'église de la bourgade voisine, et que la meunière reste seule au logis avec un enfant. Pulchiella se présente comme un

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