‹ Masques et bouffonsChapitre 43 sur 46 · LE L H · texte numérisé non relu

LE L H

l’entrée des faubourgs de la ville. » Et le voilà chassant ses cochons devant lui. Il passe sans difficulté à la suite de son troupeau, qu’il laissa à l’endroit désigné au jeune garçon.

Il court à la poste, mais il ne trouve pas la lettre de Quinault. Le courrier ne devait arriver que le lendemain. Ce retard fut cruel pour un homme qui n’avait pas mangé de la journée, qui ne connaissait personne dans la ville et qui n’avait pas un liant dans sa poche. Il va frapper à une hôtellerie, demande à souper et à coucher; mais sa mauvaise mine ne rassure pas l’hôtesse; elle veut être payée d’avance. Komagnesi avoue alors qu’il est sans argent, mais il assure qu’il en recevra le lendemain et pourra payer. Cette promesse paraît douteuse; il a beau employer toute son éloquence, c’est peine perdue : on allait le congédier, quand un boulanger voisin, touché de la harangue qu'il avait entendue, s’engagea à payer pour lui s’il manquait de parole.

Le lendemain, le boulanger alla à la poste avec Romagnesi; ils trouvèrent une lettre de Quinault qui s’annonçait pour le soir. En effet, Quinault arriva, et il serait difficile d’exprimer la joie de Romagnesi, « qu’il marqua par les plus tendres embrassements, mêlés de larmes de reconnaissance. » Quinault retint le boulanger à souper, quand il eut appris le service qu’il avait rendu à son protégé.

Le lendemain, ayant équipé un peu moins malheureusement son nouvel ami, Quinault partit avec lui pour Strasbourg. Comme la désertion de France inquiétait Quinault, il jugea prudent d’en informer le commandant de place et l’intendant de la ville. Il leur conta, en particulier, l’aven-

LA COMEDIE ITALIENNE

tare du jeune Romagnesi, le plus à son avantage qu’il put. La protection fut accordée, avec la certitude qu’il pouvait faire débuter son acteur quand il le voudrait. Au bout de quinze jours, Romagnesi débutait, et avait un très-grand succès. Ses inquiétudes cessèrent tout à fait, grâce à une amnistie qui fut publiée et à un congé en forme de son capitaine, qui en avait reçu l’ordre. Après deux ans passés à Strasbourg, Romagnesi quitta la troupe de Quinault pour entrer dans celle qu’Octave tenait à Paris aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, sous le nom d’Opéra-Comique. Il y remplit, toujours avec succès, les rôles d’amoureux. C’est là qu’il commença à écrire des pièces pour les théâtres forains, en 1716. Octave, ayant fait de mauvaises affaires, quitta son entreprise. Romagnesi alla jouer en province jusqu’en 1718, revint à Paris et débuta au Théâtre- Français; mais il n’y fut pas reçu, il alla à Bordeaux, Bruxelles, Cambrai, d’où il revint à Paris, et débuta, en 1725, à la Comédie italienne dans les Surprises de l’amour. Il fut reçu à ce théâtre « dont il soutint longtemps la gloire, tant par ses talents pour la déclamation que par le succès des pièces qu’il y donna », et qui se montent à soixante-deux.

« Romagnesi était grand et bien fait; sa voix était un peu sourde, et sa poitrine semblait peiner lorsqu’il débitait un couplet un peu long. Il était bon acteur dans tous les genres, mais il excellait surtout dans les rôles d’ivrogne, de Suisse et d’Allemand. »

Il mourut subitement à Fontainebleau, dans les bras de mademoiselle de Belmont, le 11 mai 1742. Le curé de

LELIO

Fontainebleau lui ayant refusé la sépulture, son corps fut inhumé à Paris dans l’église Saint-Sauveur :

« Comédien sensé, parodiste plaisant ,

» En traits fins et légers Rornagnesi fertile,

» Couvrit les plats auteurs d’un ridicule utile :

» Qu’on doit le regretter dans le siècle présent ! »

François Riccoboni, fils de Louis Riccoboni et de Flaminia, naquit en 1707 à Mantoue. Il continua les rôles de son père sous le même nom de Lelio ( planche 24). Il avait débuté le 10 janvier 1720, et avait, en 1729, quitté le théâtre en même temps que son père. Il y remonta avec sa mère en 1751, et y joua et y dansa avec succès jusqu’en 1756. A cette époque, il alla jouer en province, revint à la Comédie italienne l’année suivante, et quitta tout à fait le théâtre en 1750. Il fut auteur de plusieurs pièces italiennes, et mourut en 1772. Il s’occupait en outre d'alchimie. Il épousa Marie- Jeanne Laboras de Mézières, qui était actrice et littérateur, auteur de romans estimés.

Antoine-Louis Baletti, fils de Mario et de Silvia, fut reçu au Théâtre -Italien sous le nom de Lelio, pour la déclamation et la danse, le 1er février 1741. Sa mère Silvia fit, à l’occasion de son début, un compliment au public en lui demandant son indulgence pour un enfant qui, malgré les représentations maternelles, avait voulu affronter les dangers d’un premier début. Il fut reçu en même temps que Carlo Bertinazzi.

Le 25 février 1760, les comédiens donnèrent à son bénéfice une représentation de la Serva paclrona, pour le dédom-

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mager, autant que possible, d’un accident qui lui était arrivé sur le théâtre.

Au dernier acte de Camille magicienne, Pantalon amène avec lui des soldats pour forcer une tour où Camille tient enfermés Lelio et Flaminia; alors on faisait tirer une décharge de coups de fusil contre cette tour. Un des soldats destinés à l'assaut avait, en attendant, posé son fusil à côté de celui de la sentinelle du théâtre, qui était sortie pour quelque besoin. La scène étant arrivée plus tôt qu’il ne s’y attendait, il fut appelé et prit par inadvertance l’arme de la sentinelle, qui était chargée d’une balle dont il perça la cuisse de Baletti [Lelio). La représentation lut suspendue, mais l’accident n’eut pas de suites fâcheuses.

En 1759, Zanucci remplit les rôles de Lelio ou Mario sur les théâtres forains. Les principaux amoureux furent : Dulaudet (1714), Deshayes (1718), Raguenet (1750), Joly (1757), Brou (1740).

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